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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE,

TEINTURE.

Purpurine. — La purpurine ressemble par son aspect Xl’alizarine ; sa couleur est seulement plus foncée, elletire un peu plus sur le rouge. L’éther en dis-out àpeine; la solution évaporée dans le vide laisse des cris-taux les uns ponceau clair, les autres ponceau foncé.Klle se dissout dans l’eau plus facilement que l'uliza-rine. L’ammoniaque, la potasse, la soude donnent avecce principe des composés de couleur groseille, qui sontprécipités en rouge par les eaux de baryte, de stron-tianc et de chaux.

La dissolution de la purpurine dans l’acide sulfu-rique est d'un rouge plus vif que celle de l’uliznrinc ;l’eau la précipite sous forme de flocons d’un jaunâtrefoncé.

L’alun dissout la purpurine en donnant une liqueurrose d'une très-belle nuance. La purpurine est très-fusible, et donne, par le refroidissement, une masse àcristaux radiés ; elle sc volatilise, et les cristaux qui secondensent sont plus foncés que ceux d’alizarinc subli-mée. Traitée par l’ammoniaque, la purpurine distilléedonne une dissolution d’un rouge violacé très-vif.

Pour obtenir la purpurine, on lave la garance àgrande eau, et on la traite ensuite par une dissolutiond’alun dans l’eau distillée. Cette dissolution, qui for-merait avec le carbonate de soude ou l'ammoniaque unelaque rose, précipite par l’acide sulfurique de la purpu-rine qu’on purifie .soit par sublimation, soit par descristallisations répétées dans l’alcool.

La purpurine donne des couleurs plus rosées quecelles extraites de l’alizarine, mais elles sont moinssolides.

Xanthine. — M. Knhlmann a donné le nom de xan-tliine à la matière colorante jaune de la garance ; ellese présente sous forme d’extrait de couleur orangéefoncée, très-soluble dans l’alcool et dans l’eau ; elle nese dissout que faiblement dans l’éther; les acides lafont virer au jaune citron, les alcalis à l’orangé rou-geâtre.

L’acide sulfurique précipite de sa dissolution unepoudre verte qui ne sc dissout pas dans l’eau. C’estelle qui communique à la garance son odeur particu-lière; elle possède une saveur légèrement sucrée avecun arrière-goût amer. Si les sels métalliques ne la pré-cipitent pas de ses dissolutions, elle donne, avec cer-tains oxydes métalliques, des laques rouges ou rosestrès-brillantes.

Pour préparer la xanthine, on évapore à siccitél’extrait alcoolique de la garance, puis on le fait di-gérer avec l’eau froide qui ne dissout que la xanthine ;elle entraîne une matière étrangère qu’on précipite avecl’acétate de plomb. On filtre, et dans le liquide clair onajoute de l’eau de baryte en léger excès; on obtientun dépôt formé d’oxyde de plomb et de xanthine. Cedépôt est lavé par de l’eau chargée de baryte; onajoute de l’acide sulfurique qui transforme l’oxyde deplomb en sulfate de plomb; on sature exactement parde la baryte l’excès d’acide sulfurique, il se dépose dusulfate de baryte, et ce mélange solide est traité parl’alcool après évaporation à siccité; l’alcool ne dissoutque la xanthine qui sc dépose par refroidissement etconcentration.

II est évident que ces trois matières sont les prin-cipes utiles des bains de garance, et qui fournissent lacouleur aux fibres textiles. On a donc cherché, par desmoyens variés et même fort détournés, des méthodespropres à les concentrer pour remplacer la garanceelle-même par des substances tinctoriales dérivées de lagarance, offrant au consommateur sous un petit vo-lume ces éléments en quelque sorte condensés, maisdans tous les cas dépouillés de la majeure partie deséléments étrangers. On sait, d’après l’article garance,que le commerce a fini par accepter la colorine, la ga-rancine et le gnranccux, qu’on prépare actuellement

pour les besoins de la teinture sur une grande échelle.On commence à faire pénétrer dans les ateliers desproduits qu’on peut regarder comme de l’alizarinopresque pure. Ou a lait de nombreux essais. Quelques-uns sont à la veille de recevoir une solution pratiqueconsacrée par l’expérience. Les diverses méthodesd'extraction reposent sur les diverses propriétés «L l’a-lizarine que nous vouons de mentionner. Comme on lerappelle dans le liépertoire de chimie (t. i, p. 43, Bar-resicill). Elles sont variées.

* I our extraire la matière colorante des racines degarance, on a tour à tour utilisé son peu de solubilitédans l’eau froide, sa presque insolubilité dans des li-queurs acides, et sa solubilité dans l'alcool, l’esprit debois, le sulfure de carbone, les huiles grasses, les al-calis caustiques ou carbonatés, et la solution aqueuseet bouillante d’alun. La racine de garance, fraîche etn’avant point encore subi cette espèce de fermentationmal connue par laquelle sa force colorante sc déve-loppe avec le temps jusqu’à un certain maximum, àpartir duquel elle diminue de nouveau, contiendrait,d’après les recherches de MM. Schunck et Uoehleder,une substance particulière qui, n’étant pas par elle-mêmeune matière colorante, formerait à l'ébullition avec lesacides étendus par dédoublement de l’alizarino et unematière sucrée particulière. De ce fait on peut tirer luconséquence que la préparation rationnelle do l’aliza-rine ou des extraits alizariques ne doit point porter surla garance en nature ou sur la garance lavée {fleurs degarance), mais sur la garance préalablement soumiseà l’élmllition avec une liqueur acide, c’est-à-dire surla garancine ou le carmin de garance. Cette conclusionest confirmée parles observations anciennes de M. De-caisne, et par celles plus récentes de MM. Gerber etDoîlfus.

Azale . — I’our préparer leur extrait purifié, qu'ilsnommèrent azale, MM. Gerber et Dollfus épuisent lafleur de garance par de l’esprit de bois bouillant, con-centrent les liqueurs ainsi obtenues et y ajoutent en-suite une certaine quantité d’eau pour en précipiterla matière colorante. Ils obtiennent généralementG,75 p. 100 d’extrait brut d’une couleur jaune bru-nâtre. En traitant ensuite la fleur de garance déjà bienépuisée par l’esprit do bois seul au moyen d’une nou-velle addition de ce liquide, rendu légèrement acidepar I p. 100 d’acide sulfurique, ils produisent de nou-velles liqueurs colorées, fournissant presque autantd’extrait que le premier traitement. Le résidu ligneuxne contenait alors plus de traces de matière colorante.

Alizarine commerciale. — D’après MM. Verdeil etMichel, l’alizarine presque pure est préparée par laméthode suivante :

On fait ramollir les racines de garance dans une eaulégèrement acidulée par l’acide sulfurique; on écraseentre des cylindres la pulpe acidifiée pour éliminerune certaine quantité de liquide ; on termine par l’ac-tion d’une forte presse hydraulique. Les racines ainsipréparées sont ensuite macérées pendant quarante-huitheures dans une solution failde de carbonate de soudeou de potasse marquant 2 à 4° Baume.

On sépare par l’expression le liquide alcalin chargéde matière colorante et on renouvelle la macération,mais en employant pour cette seconde opération uneliqueur alcaline moitié plus faible. On précipite la ma-tière colorante encore impure de ces liqueurs alcalinesen les sursaturant par un acide.

Le précipité recueilli sur un filtre, lavé avec un peud’eau, exprimé et desséché, est ensuite épuisé par del’esprit de bois ou de l’alcool bouillant. Les solutionsalcooliques clarifiées sont enfin concentrées dans unalambic pour retrouver l’alcool ou l’esprit de bois, etl’extrait purifié reste comme résidu dans l’appare:!