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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

tliodes qui ont été proposées jusqu’à ce jour pour es-sayer les garances, garancines, colonnes t etc. Ellessont basées sur des principes variés et dont on faitusage souvent concurremment pour contrôler les ré-sultats les uns par les autres. Nous comblerons ainsi lalacune que présente l’article garance contenu dans lesecond volume de cet ouvrage.

Les observations do M. Pernod sont utiles à consi-gner. L’auteur admet que la garance et la garancinepourraient être falsifiées soit par des substances astrin-gentes renfermant une quantité plus ou moins grandede tanin, soit par certains bois de teinture; il proposeun procédé simple et facile pour déjouer une pareillefraude.

On plonge dans une dissolution de sulfate de fer, par-tiellement oxydée par l’air atmosphérique, une feuillede papier blanc peu collé que l’on sèche d’une manièrecomplète en l’exposant à l’air ou mieux à une doucechaleur; on verse ensuite sur ce papier une petitequantité d’alcool à 87 ou 88 degrés, et pour l'humecterle plus uniformément possible on le suspend par un an-gle. Ainsi préparée, cette feuille est placée sur unefeuille de verre et saupoudrée, à l’aide d’un tamis desoie assez fin, d'une très-petite quantité de la poudre àessayer, en ayant soin, lors du tamisage, de placer letamis très-près de la feuille de papier, précaution né-cessaire pour le cas où les substances méfiées à la garance seraient ou plus fines ou plus légères que celle-ci.

Lorsque l’alcool est complètement évaporé, on lavele papier à l’eau commune et l’on observe la couleurqu’il a prise.

Si la garance est pure, on n’a qu’une colorationrouille ou brun clair; est-elle falsifiée, des taches parti-culières produites par la poudre étrangère apparaissentavec une couleur qui trahit 1 1 nature de l’addition. Eueffet, ces taches sont bleues si l'adultération a pourcause une poudre renfermant du tanin ; elles se pro-duisent quand même la poudre étrangère ne cède rienà l’eau (tels seraient, par exemple, l’écorce et le fruitdu pin), attendu que l’alcool qui mouille le papier,mouillant aussi ees substances, en isole facilement lamatière astringente.

Si l’on veut rechercher la présence d’un bois coloré,tel <pie le bois de Rrésil. le cainpêehe, le cuba , etc.,on imprègne le papier de biehlorure d’étain au lieud’employer le sulfate de fer, puis on le place sur unelamo de verre et on le saupoudre comme il a été dit.Les moindres parcelles de campêche marquent en vio-let, lo brésil en cramoisi ; le cuba se révèle par unecoloration jaune.

« Ce procédé est, en somme, simple et facile à exé-cuter au moment de la réception des marchandises. 11est bon que de semblables moyens soient mis à la dis-position de l’acheteur, si l’on veut en finir avec la fraudecommerciale qui, jamais en aucun temps, n'a été plusgénérale qu’elle n’est aujourd’hui. Le plus souvent,une expérience aussi simple que celle de M^ Pernodsuffirait pour mettre en garde contre la sophisticationqu’encourage l’acheteur par son apathie. »

Lorsque l’on s’est assuré de la nature de la falsifi-cation, il faut rechercher dans quelle proportion elleaffecte la valeur de la marchandise. On a pour at-teindre ce but différents moyens approximatifs. Nousallons les exposer en rappelant d'une manière som-maire les principes sur lesquels ils repo^cut.

Lorsqu’on ajoute aux garances, dans le but d’enaugmenter le poids, des matières étrangères telles quede la brique pilée, des sables et des argiles, il suffit dedélayer la garance suspecte avec 100 à 150 fois sonpoids d’eau. La garance reste suspendue sur l’eau, etles impuretés dont la pesanteur spécifique est beau-coup plus considérable tombent au fond; on peut enévaluer la quantité approximativement par décantation.

Une seconde méthode plus exacte consiste à fairecinération d’un poids donné de matière. On comparele résidu sous le double rapport des proportions de laqualité (toutes choses égales d’ailleurs) avec celui quelaissent les garances pures d'origine connue.

Les garances pures séchées à 100 degrés peuvent nerenfermer que 5 p. 100 de cendres inorganiques ; desessais nombreux ont fixé les limites supérieures dupoids du résidu que doit fournir une incinération com-plète. MM. Girardin et Labillardière ont constaté

8.80 p. 100 dans l'alizari de Provence avec son épi-derme; d'après M. Chevreul l’alizari du Levant contient

9.80 de cendres; suivant M. Schlumberger, l’alizarid’Alsace en renferme 7, et celui d’Avignon 8.75. — Onvoit, d’après ces chiffres, que la quantité de cendresn’est pas constante, mais qu’il est probable qu’on ne sotrompera pas beaucoup en admettant que ce qui dépasse9 à 10 est le résultat d’une sophistication. Certainséchantillons pris dans le commerce ont fourni jusqu’à25 p. 1^)0 de cendres.

Lorsque la falsification des garances se fait au moyendes matières organiques colorées ou non, les moyenssont moins rigoureux et dans tous les cas beaucoupmoins simples. On recherche surtout à doser le prin-cipe colorant propre à la garance, et les méthodes em-ployées donnent la valeur tinctoriale de l'échantillonsoumis à l’essai.

Dans l’uue de ces méthodes proposée par M. Meilleton prend 10 kilog. de garance; on fait dissoudre2 kilog. d'alun dans 20 litres d’eau marquant 60 de-grés centigrades ; on porte le tout lentement à l’é-bullition, qu’on maintient pendant une demi-heure. Ladécoction est jetée sur des toiles; on l’exprime forte-ment; trois traitements pareils suffisent pour épuiserla garance. On laisse reposer le liquide pendant quel-que temps, puis on y jette, avant le complet refroidis-sement des liqueurs mélangées, 625 gr. d’acide sulfu-rique à 66° étendu de deux fois son poids d’eaw. Il scprécipite d'épais flocons rougeâtres qui ne tardent pasà gagner le fond de la liqueur, celle-ci passe du rougepourpre au jaune verdâtre; on décante les liqueurssurnageantes, on lave le résidu à plusieurs reprises, etlorsqu'il est sec par son exposition à l’air libre, il formedes écailles luisantes d’un* jaune brun. Dans cet état,l'alizarine ne serait pas encore pure ; on fait chaufferle précipité non encore desséché dans une liqueur alca-line, formée d’une partie d'alizarine impure, une partieet demie de carbonate de potasse et douze parties d’eau.On sature le carbonate par l’acide sulfurique, et lenouveau précipité constitue l'alizarine que M. Meilletregarde comme l’alizarine pure et qu’il a proposé pourles usages de la teinture. Les belles garances SF ren-dent en général de 2 à 2 1,2 p. 100 (l'alizarine, quel-quefois 3 p. 109.

J'emprunte au traité de M. Persoz l’analyse qu’il aprésentée du procédé pratique suivi par M. Schlum-berger. Ce procédé consiste à teindre au moyen d’unpoids constant de garance une quantité donnée de toilemordancée, et à comparer cette toile teinte, puis avivée,à une gamme de teinture dont la gradation des teintescorrespond à des doses connues de garance. Dans cebut on prépare d’avance une certaine quantité de toilemordancée, en ayant soin, lorsqu'elle est épuisée etqu’on doit la remplacer, d’employer les mêmes mordantset d’opérer dans les mêmes conditions. M. Schlumber-ger se sert d’un dessin à fond d’un double rouge. Cefond doit, en outre, être à double violet avec noir et.blanc, quand on veut juger de toutes les nuances quefournît la garance. On se procure ensuite une petitechaudière de 2 décimètres de haut sur 3 à 5 décimètresde diamètre, scion le nombre d’essais qu’on se proposede faire. A 3 ou b centimètres du fond fie cette chau-dière, on fixe une grille sur laquelle on PO'C des flacons