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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

M. Arnaudon dans cet article, bien que les résultatsqu’il annonce n’aient pas encore été sanctionnés par lapratique.

11. Roi'gk m: souüiio (sorghine).

lorsqu’on laisse fermenter les tiges du sorgho (sov

rjhiim saerharatum ), après qu’on en a retiré le jus sucré,de telle sorte que la température ne s’élève pas trop, onobtient au bout de quinze jours, s’il 11 e s’est pas développéde fermentation putride, une masse d’une couleur rougeou rouge brun. On la dessèche, puis 011 la fait moudre.

Pour isoler la matière colorante 011 fait infuser lupoudre pendant douze heures dans l’eau froide ; le ré-sidu, traité par une lessive de soude très-laible, perd lamatière colorante qu'on précipite sous forme de flo-cons rouges, en neutralisant au moyen de l’acide sul-furique; on la recueille sur un filtre qu’on lave etqu'oufait ensuite dessécher; la couleur rouge, ainsi pré-parée , se dissout facilement dans l'alcool, dans lesliqueurs alcalines, dans les acides faibles, etc.

Pour teindre, avec elle, la laine et la soie, on faitusage des mordants d’étain ordinairement employés;M. Winter a trouvé que les teintures rouges au sorghorésistaient très-bien à la lumière et aux savonnagesmodérés, même à chaud.

D’après les renseignements les plus récents, l’ex-traction et l’utilisation de la matière colorante du sor-gho seraient connues et pratiquées industriellement enChine , où la culture de cette plante se fuit sur unetrès grande échelle.

Lu culture du sorgho, qui tend à se répandre enFrance , peut donc un jour ajouter aux substances tinc-toriales et rémunérer encore le cultivateur en partiedéjà couvert de ses dépenses par sa récolte en alcoolou en sucre.

12. Peganum iiakmala ( harmaline ).

M. Gobel a décrit sous le nom a harmaline une subs -tance qu’on rencontre dans les semences du pejanumharmal 1 , et qui se transforme, sous certaines influencesdéterminées, en une matière colorante rouge. "C'est àtort que MM. Monnet et Oury donnent cette désigna-tion au produit dérivé de l’aniline trouvé par M. Perkin.

MM. Schlmnbergcr et Dollfus ont publié dans le Bul-letin de la Société de Mulhouse une note intéressantesur la matière colorante extraite du peganum harmala.Comme pour l’orcéine des lichens, la matière coloranten’existe pas toute formée dans la semence qui contientune matière colorable ; c’est cette dernière qui se trans-forme en ce nouveau principe que MM. Gobelet Fritchavaient découvert.

Lorsqu’on humecte avec 15 parties d’eau et 7 par-ties d’ammoniaque liquide 10 parties de graine depeganum harmala , il suffit de quatre à cinq ’joui'Sd’exposition au contact de l’air pour obtenir la forma-tion du principe colorant. O 11 fait macérer dans l’alcoolqui se charge d’abord d’une couleur jaune foncéeverdâtre. On décante, et le résidu comprimé pourextraire toute la partie liquide est traité par une nou-velle quantité d’alcool qui fournit une liqueur d’unrouge foncé pur; quand on épuise complètement lesgraines par ce même traitement alcoolique, on trouve,après distillation de l’alcool, 16 p. 100 du poids de lagraine eu matière colorante sèche composée de deuxsubstances, l’une rouge et l’autre jaune, qui se séparentau moyen de l’ammoniaque, qui dissout la seconde enprécipitant la première. La matière colorante rouge a reçule nom à'harmaline. Nous l’appellerons harmaléine.

Ilarmalèine. — Cette matière est soluble dans l’acidesulfurique à î,6 sans subir d’altération; elle se dissoutégalement à froid dans l’acide acétique; elle est peusoluble dans l’éther. Elle se comporte vis-à-yis despréparations métalliques en usage dans la teinture desgarances tout autrement que l’alizarine, car elle ne

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précipite ni les Sels d’alumine, ni ceux de fer, ni ceuxd’étain ; elle teint directement les tissus de coton, delaine et de soie sans le secours d’aucun intermédiaire ;elle se l'approche sous ce rapport du principe colorantde l’orseille, avec laquelle elle présente une grandeanalogie sous le rapport de son origine et des circons-tances qui président à sa formation. 11 re-te encore àtrouver la matière curieuse qui, sous l’influence de l’air,de l’ammoniaque et de l’eau, donne naissance à l’har-malinc ; il reste encore à fixer la composition de la subs-tance incolore et de ses dérivés. Dans les conditionsde préparation que nous venons d’apprécier, elle n’offre,après son application sur les tissus, qu’une faible soli-dité. L’exposition au soleil la fait promptement passerau jaune, et le bain de savon bouillant la décolore com-plètement. Les récentes modifications apportées dansl’emploi de l’orseille, qui devient une coloration d’unecertaine résistance, feraient admettre la possibilité d’enaugmenter la solidité; il peut être possible de.ren-contrer une méthode capable d’enlever à l’harmaliucles inconvénients de sa fugacité.

13. Safranum [acide carthamique).

On pourra trouver a l’article cartiiame de ce Dic-tionnaire ce qui regarde l’histoire de cette matière tinc-toriale, la forme sous laquelle on la rencontre dan* lecommerce, sa provenance, ses diverses qualités, et lesprocédés dont on fait usage pour en extraite le prin-cipe colorant auquel on a donné le nom d’acide cartha-mique .'isons n’aurons plus ici qu’à décrire les propriétésde cette matière considérée dans son état de pureté.

Aride carthamique. I/acide carthamique se présentegénéralement sous forme de petites plaques mincesqui,\ues par réflexion, sont d'un jaune d’or avec desreflets verts; vues par transmission, elles sont rouges-.Insoluble ou presque insoluble dans l’eau froide, il sodissout dans l’alcool; à froi-1, la dissolution est d’unbeau rose; à chaud, elle est orangée; il est moins so-luble dans l’éther; l’oléine et les huiles volatiles ne ledissolvent pas. Les carbonates alcalins le dissolvent ;les acides, et notamment l’acide citrique et l’acidc acé-tique, le précipitent en flocons d’un beau rose. Les al-calis caustiques le dissolvent en l’altérant sous l'in-fluence do l’air. Quoique l’acide carthamique soitinsoluble dans l’eau froide, il y demeure si longtempsen suspension quand il est pur, qu’on aurah beau-coup de peine à l'en séparer. On le réunit au moyend’une chausse par filtration.

M. lVt-ïsser a vu que l’acide carthamique peut perdre,sous l’influence de l’acide sulfhydrique, une partie del’oxygène qu'il contient en se convertissant en un corpsincolore auquel il a donné le nom d 'acide carthameux.Cet acide se présente sous forme de petites aiguillesprismatiques d’une saveur légèrement amère, peu so-luble dans l'alcool, moins soluble dans i’eau. Il secolore à l’air en jaune clair. L’acide sulfurique le dis-sout sans le colorer. L’acide chlorhydrique et l’acidenitrique le dissolvent également sans coloration à l’aided’une légère chaleur. Pour sa transformation en acidecarthamique, il faut le double concours de l’air et desalcalis. Eu effet, il résiste bien à l’oxygène pur sousune cloche à mercure; mais il devient jaune d’abord,puis rose ensuite, lorsqu’on fait arriver sous la clocheune petite quantité de potasse. L’addition d’un jcidefait apparaître alors des flocons d’acide carthamique.L’ammoniaque se conduit comme la potasse, mais avecplus de lenteur.

L’acétate de plomb précipite l’acide carthameux àl'état de laque blanche, qui devient rose avec le con-tact do l’air. Projeté sur des charbons ardents, l’acidecarthameux se fond, se boursoufle, se décompose caexhalant une odeur piquante, mais sans laisser dorésidu.