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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

Le rose de cavthame, très-brillant Sur 6oie, n’a mal-heureusement pas une solidité très-grande. Il passe àla seule exposition à l'air. Il paraîtrait néanmoinsqu’on peut le fixerait soleil. M. Rondot a vu pratiquercette opération en Chine , et quelques documents, extraitspar M. Stanislas Julien de Y Encyclopédie japonaise, ren-dent vraisemblable cette pratique, contraire à ce que noussavons des propriétés de l’acide carthamique et de safugacité. Nous verrons plus loin comment on a purendre plus solide la couleur de l’orseille.

4 4. Carmin de pourpre (acide urique, murexide.)

Le guano, dont l’usage comme engrais est des plus im-portants, estde\enula30urced’une intéressantematièretinctoriale depuis qu’on a su transformer en murexidel'acide urique que cette substance contient. En présencede l’application intéressante qui vient d’être faite à lateinture des dérivés de l’acide urique, la Société deMulhouse a proposé comme sujet de prix la prépara-tion artificielle et directe de l’acide urique, autrementqu’en en faisant l'extraction des matières animales.

La murexide découverte par MM. Liebig et àVoeli-ler, dans leur travail classique sur l’acide urique, estdevenue dans ces derniers temps d’une importance assezgrande par son introduction comme matière colorantedans l’art de la teinture et la fabrication des indiennes.Il en est résulté que la préparation (le ce corps, ainsique cello.de l’acide urique dont la murexide provient,a pris le rang d’une opération industrielle, se prati-quant déjà maintenant sur une échelle assez large.Nous allons passer en revue la préparation de l’acideurique et les circonstances dans lesquelles a lieu satransformation en murexide.

Acide urique. — Les matières premières dont on ex-trait l’acide urique sont les excréments de serpents,d’oiseaux et surtout le guano, riche en urate d’ammo-niaque. Les excréments de serpents renferment del’acide urique presque pur, libre ou combiné à de l’am-moniaque; mais ils sont trop rares pour servir autre-ment qu’à des expériences de laboratoire. C’est duguano qu’on retire presque tout l’acide urique utilisémaintenant en industrie. Voici du reste la méthodeproposée par M. Stadeler pour découvrir l’acide uriquedans les matières qui le contiennent. On précipite laliqueur au moyen de l’acétate basique de plomb. Onforme un urate insoluble qu’on décompose par l’hydro-gène sulfuré ; l’acide urique, séparé du sulfure deplomb par filtration, cristallise en tables hexagonales.

D’après M. Broomann, on épuise à chaud le guanopar de l’acide chlorhydrique étendu. On laisse déposerles matières insolubles et on soutire le liquide clair etencore tiède, avec lequel qji traite de la meme manièrede nouvelles quantités de guano, jusqu'à ce que l’acidesoit à peu près saturé. La dissolution contient le car-bonate et l’acétate d’ammoniaque, les phosphates dechaux et de magnésie-, le phosphate ammoniaco-ma-gnësien, le carbonate de chaux, une certaine quantitéd’oxalate de chaux, etc. On peut utiliser cette liqueursoit comme engrais, soit pour la préparation des selsammoniacaux, des phosphates et des oxalates.

Le résidu qui n’est pas dissous dans l’acide hydro-chlorîque est de nouveau traité à chaud par de nou-velles quantitésde cet acide, puislavé, égoutté et séché.

IL renferme surtout de l’acide urique, mélangé desable, d’argile, de sulfate de chaux et de matièresorganiques (albumine, mucus, etc.) d’une couleurjaunâtre. Il peut servir directement à la préparation dela murexide.

Si l’on veut purifier davantage l’acide urique, onpeut faire usage soit d’acide sulfurique, soit d’alcalis,ou de sels alcalins étendus. L’acide sulfurique concen-tré dissout facilement l’acide urique, surtout en chauf-fant de60à80degré3. Par le refroidissement on obtient

quelquefois de gros cristaux d’une combinaison d’acideurique avec 6 équivalents d’acide sulfurique. Lorsqu’onétend d’eau cette solution sulfurique, l’acide uriquese précipite de nouveau à peu près pur, et on n’a plusqu’à le filtrer, le laver et le sécher.

En faisant bouillir l'acide urique impur avec unesolution étendue de potasse ou de soude caustique(I de soude pour 42 à 15 d’eau), on obtient de l’uratealcalin soluble; la solution filtrée, sursaturée par unacide, laisse de nouveau déposer l’acide urique.

Au lieu de sursaturer directement par un acide cctlodissolution, on peut la concentrer ju>qu’à ce qu’ellese prenne en bouillie visqueuse qu’on jette encorechaude sur une toile et qu’on exprime. La masse estensuite seulement délayée dans de l’eau bouillante etdécomposée par l’acide chlorhydrique. Le résidu filtréet lavé représente de l’acide urique presque pur. Lesbaux mères alcalines provenant de l’expression four-nissent, par l’addition d'un acide puissant, de l’acideurique impur, qu’on purifie par une nouvelle dissolu-tion dans une solution alcaline faible. 4 Oü kilog. debon guano peuvent fournir de 2 4/2 à 8 kilog. d’acideurique. Le traitement par l’acide sulfurique concentré,ou par les liqueurs alcalines, peut aussi être appliquédirectement au guano, mais avec moins d’avîmtage.

MM. Boettgcr et Landerer ont conseillé pour épuiserle guano de remplacer les alcalis caustiques par le bo-rax qui dissout moins de matières animales.

Murexide. — Nous commencerons par exposer enquelques mots les préparations sur lesquelles repose laformation de ce corps remarquable à plus d’un titre;nous trouvons la théorie parfaitement présentée dansle travail de Gerhardt auquel nous renverrons pour deplus amples détails (Traité de chimie, t. I, p.549j. Lesidées de cet éminent chimiste ont été pleinement con-firmées par les travaux plus récents auxquels la mu-rexide a donné lieu.

Les procédés à l’aide desquels on prépare la mu-rexide sont assez nombreux, même dans l’industrie;M. Kopp fait connaître les suivants :

4°D’après M. Broomann, on mélange dans des vasesen terre de petites quantités d’acide nitrique à 4 ,44 , pe-santeur spécifique avec de l’acide urique brut et desséché.Tour plus d’économie, on peut prendre le guano purifiédirectement par l’acide chlorhydrique. Les deux corpsréagissent l’un sur l'autre; l’acide urique se dissouten s’oxydant aux dépens de l’acide azotique; il se dé-gage du gaz dans lequel on peut reconnaître la pré-sence du bioxyde d’azote. On ne réussit qu’autant quola température du mélange ne s’élève pas trop. A ceteffet ou n’opère que sur de petites portions à la fois, etl’on place les vases de terre dans lesquels s’effectue laréaction dans une capsule rempl e d’eau froide pourtempérer la chaleur qui se dégage pendant la dissolu-tion.On ajoute donc alternativement de l’acide azotiqueet de i’aeide urique par petites parties à la fois, et l’onattend chaque fuis que l’action soit épuisée pour faire, une nouvelle addition. Quand on a traité toute la masseque l’on veut transformer, on abandonne le mélange àlui-même : au bout de quelques jours, il est pris en unemasse pâteuse assez épaisse. C’est de cette masse qu’ilfaut extraire la murexide.

On épuise par de l’eau chaude; il est nécessaire dene pas arriver à la température de 100 degrés centi-grades. Le lavage se fait avec très-peu d’eau pourobtenir des liqueurs aussi concentrées que possible.Elles sont jaunes ou rougeâtres; elles peuvent êtredécolorées par le noir animal purifié; mais cette der-nière opération n’est guère nécessaire. La solutionrenferme des dérivés de l’acide urique au nombre des-quels on cite surtout de l’alloxane, de l’alloxantine, dunitrate d’urée, des sels ammoniacaux et quelques autres