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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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686 TEINTURE.

pourpre; les seconds conduisent à des nuances orangeset jaunes. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet quiprésente un grand intérêt de nouveauté. Mais avantd’abandonner l’étude de la murexide, nous devons jajouter qu’il serait intéressant de voir abaissé consi-dérablement le prix de l’acide urique; le résultat nesemble devoir être atteint qu’autant qu’on le prépare-rait artificiellement et directement, au lieu de l’extraireavec plus ou moins d’économie des matières animales.

Il y aurait, dans des recherches dirigées dans le sensque nous ne faisons qu’indiquer, espérance d’un profitconsidérable.

La murexide constituait probablement la célèbrepourpre des anciens. D’après M. Lacaze-Duthiers, lesmurex , dont on a tiré le nom de murexide, contiennentune substance colorante renfermée dans un organe par-ticulier qu’on retrouve dan3 d’autres mollusques, princi-palement dans les hélix ; elle ne se colore en pourpre quepar l’exposition à l’air au contact des rayons solaires.

15. Créosote (acide rosolique ).

Il y a quinze ans, j’avais constaté dans des chauxavant servi longtemps à la purification du gaz dehouille la présence d’une matière particulière ca-pable de produire une magnifique couleur rouge-ce-rise ; cette matière, ou du moins une substance équi-valente, a été retrouvée et proposée comme matièreapplicable à l’art de la teinture; il y a tout lieu depenser que ce principe n’est autre que l’acide roso-lique de Runge.

Acide rosolique — D’après M. Smith, lorsqu’on traitela créosote par un mélange de soude caustique etd’oxyde de manganèse à la chaleur de sa volatilisation,il se forme du rosolate de soude soluble dans l’eau,qu’on décompose par un acide; ce corps est d’une ma-gnifique couleur rose ; malheureusement jusqu’à pré-sent il n’est pas inaltérable à l'air, et l'acide carboniquesuffit pour l’altérer. Cette circonstance a rendu jusqu’àprésent son application de la plus grande difficulté. Cepoint a fixé l’attention de plusieurs chimistes, etM. Dussart a publié sur ce sujet les observations sui-vantes :

Quand on répète les expériences de Range, on ob-tient en effet un corps rouge dont l’intensité de couleurs'accroît par la combinaison avec les alcalis, et quiforme une laque rouge avec l’alumine : mais la quantitéde ce produit est toujours faible. Les réactions del'acide rosolique font supposer qu’il est identique avecles produits de l’oxydation de l’acide phénique en pré-sence des alcalis; son existence se rattacherait doncaux composés si remarquables préparés par Laurent.L’acide de M. Dussart est un corps rouge très-friable,Lisible avec décomposition. Lorsque, après sa précipi-tation, on le sèche à 80° degrés, il se transforme iso-mériqncment et se présente avec une couleur vert-cantharide très-brillante ; la pulvérisation le ramène àson premier état; acide faible, il est peu soluble dansl’eau, très-soluble dans l’alcool et l’éther, soluble dansles carbonates alcalins sans déplacement d’acide carbo-nique, soluble dans les alcaiis caustiques avec unemagnifique couleur rouge-cerise précipitable par lesacides les plus faibles et ne formant pas de laque avecl’alumine. L’acidcextraitdelacréosote semble contenirdes matières qui sont la cause de la formation decette laque dans le cas où elle se forme. La chaux, labaryte, la strontiane donnent des sels moins solubles ;les sels métalliques précipitent des sels insolubles diffé-remment colorés. Distillé sur de la chaux potassée, ilrégénère de l’acide phénique en même temps qu’uneportion se détruit. L’acide sulfureux liquide ne le dé-colore pas. D’après les recherches de M. D.ussart,l’acide extrait de la créosote n’aurait pas la mêmecomposition.

TEINTURE.

MM. Arnaudon et Pcrsoz fils ont examiné ce pro-duit au point de vue de la teinture, ils ont pu le fixer ;l’acide libre donne sur la laine et sur la soie préparéespar l’alun une magnifique couleur jaune orangé ; lors-qu’on fait virer cette couleur dans un bain d’eau debaryte à 25 degrés centigrades, on obtient la couleurrougc-ccrisc caractéristique de ce principe qui semblelaisser à désirer quant à la solidité.

Les recherches récentes de M. JIugo-Mueller sem-blent devoir confirmer les idées de M. Dussart surl’origine de l’acido rosolique, qu’il rattache à l’acidephénique. Pour l’extraire en effet du goudron de gaz,on le traite par un sel de chaux qu’on épuise au moyend’une dissolution bouillante de carbonate d’ammo-niaque ; la dissolution filtrée présente une magnifiquecouleur carmin; lorsqu’on évapore à siccité, il se dé-pose une résine qui n’est que de l’acide rosolique im-pur ; on le purifie en le traitant successivement parl’alcool, l’hydrate de chaux, l’eau et l’acide acétique.Plusieurs traitements successifs abandonnent l’aciderosolique à l’état de pureté. C’est une substanceamorphe d’un vert foncé, possédant les reflets des can-tharides; sa poussière est rouge, mais elle prend unéclat doré lorsqu’on la frotte sur un corps dur et poli.Elle est translucide en lames minces; elle présente alorsune couleur rouge-orange.

L’acide rosolique précipité par l’eau de sa dissolutionalcoolique se présente sous forme de flocons rougeâtrespurs qui s’agglomèrent à 60° et se résolvent en un li-quide lourd d’un vert foncé presque noir. Ce liquide estsoluble dans l’alcool, l'éther, l’acide phénique, lu créo-sote et les acides acétique, chlorhydrique et sulfurique.Quand on emploie l’eau bouillante comme dissolvant,il sc précipite par refroidissement sous forme d’unopoudre rouge-cinabre. 11 est insoluble dnns le chloro-forme, la benzine et le sulfure de carbone.

L’acide rosolique est un acide très-faible; il ne sccombine qu’avec l’ammoniaque, et les alcalis purs for-ment des sels colorés en rouge ; mais ces combinaisonssont tellement instables, que l’acide carbonique de l’airsuffit pour les décolorer; la lumière solaire agit demême. Cette circonstance rendra probablement sonemploi dans l’industrie excessivement difficile ; cepen-dant il est possible qu’on puisse remédier au manquede solidité ; il paraît meme que les manufacturiers an-glais sont sur la voie, s’il est vrai qu’ils transforment,comme MM. Lowe et Calvert l'ont annoncé, les pro-duits du goudron de bouille en un» matière coloranterose capable de rivaliser avec les roses de carthame etles cramoisis de garance. Cette couleur, d’un prix encoretrès-elcvé, résiste, d’après les chimistes que nous ve-nons de nommer, aux savons et à la lumière. Avec Jesemblables qualités, ce principe, provenant d’une ma-tière première qui n'est certes pas rare, ne peut man-quer de trouver sa place dans la grande industrie. Aees colorations sc rattacheraient évidemment les com-posés de Laurent, sur lesquels nous avons insistélorsque nous avons voulu faire pressentir l'importancede l’avenir des arts chimiques dans leur application àl’art de la teinture.

16. Rouge d'aniline ( fuchsine, azalêine , acidefuchsique).

AlexandiC Ilervey, chimiste distingué de Glas-eow, a mis à profit dès 1857, la coloration que l’ani-line produit avec le ch’orure de chaux, et les manu-factures d’Angleterre sont parvenues à fixer cettecouleur sur les cis»us de coton. A de nouveaux titresl’aniline a pris dans la teinture une place importantedepuis qu’elle sert à produire la plus riche et la pluséclatante couleur rouge que l’industrie possède.

D’après M. Fritsche, lorsqu’on soumet à la distillationsèche l’acide anthranilique ou l’indigo dissous dans ja