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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE,

r 8b

lcmand Fuch veut dire Ilenard, nom de l’inventeur,circonstance fortuite, mais parce qu’elle rappelle la bril-lante couleur des fleurs qui composent le genre fuchsia.

Le bichîorure d’étain hydraté peut concourir à laformation du rouge d’aniline, comme la liqueur fu-mante de Libavius .

Le bichîorure d’étain n'est pas le seul agent qui,chauffé sur de l’aniline, la transforme en fuchsine.

Lorsqu’on porte h la température de l'ébullition unmélange de 2 k .3 de protonitrate de mercure et i k .2d’aniline anglaise, on observe qu’nprcs une heure de 'contact la masse prend une consistance à peu près jsirupeuse et la couleur rouge violacé de la fuchsine ; june quantité considérable de mercure réduit s’accumule !au fond du vase, et on le sépare par décantation. La jniasse ronge, coulée dans des pots de grès, est misedans le commerce par MM. Monnet et Dury sous lenom d'azaiéino, d'après le brevet de M. Gcrber-Keller.

Les propriétés physiques et chimiques de ces subs-tances prouvent l'identité complète de la fuchsine etde IVizaléine.

C’est encore de la fuchsine qui prend naissance dansle contact à la température de 200° de l’aniline avecle protosnlfate d’étain, le fluorure d’étain, le nitrated'urane, le nitrate de peroxyde de fer, l’iodoforme etl’iode. Dans toutes ces circonstances, la production deJa fuchsine se constate de la manière la plus nettetant par l’application qu’on en peut faire à la teinturedes fibres textiles de nature animale (laine et soie), quepar la mise en évidence des caractères essentiels qui ladistinguent.

A la liste des corps que nous venons d’indiquer ilfaut on ajouter d’antres, le bichîorure de mercure, leperchlorure de fer, le protochlorure de fer. le proto-chlorure de cuivre, le bisulfate d’étain, le protosul-late de mercure, le dcutosulfate de mercure, le deu-tonitratc de mercure, le nitrate d’argent, le bifluorured’étain, le bifluorure de mercure, le bibronmre demercure, l’iodurc d’étain, le chlorure d’urane, le chlo-rate de mercure, l’iodate de mercure, le sesquichlorurcde carbone, tous ces corps agissant à la températured’environ 200°. Nous généralisons les circonstancesdans lesquelles se forme la fuchsine en disant queIrotJ éléments concourent toujours à la produire : l’unest physique, c’est la chaleur, et que, tandis que deuxde ces agents l 'aniline et la chaleur dont le degré cor-respond au point d’ébullition de l’aniline, environ 200°,sont invariables et constants, le troisième est essentiel-lement variable, comme on en peut juger d’après lesnombreux brevets qu’on a voulu greffer sur le premierbrevet de MM. Renard frères et Franc. Il n’y a riend’étonnant qu’on ait pu remplacer l’un quelconque desagents que nous venons d'indiquer par l’acidenitrique(brevet Depouilly et Lanth). ou l'acide arsénique (bre-vet Girard et Pelaire), ou l'oxyde puce de plomb (Gi-rard et Delaire, cristallinëîne). MM. Renard frères etFranc, dans leur brevet du 8 avril et les additions quis’y rattachent, renoncent eux-mêmes à décrire toutesles substitutions possibles lorsqu’ils disent : « étantbien entendu que quelles que soient les manipulationseffectuées, quels que soient les corps employés, nulne peut fabriquer la matière rouge extraite par nousde l’aniline, sans porter atteinte h notre droit d’inven-teurs, qui a pour base première, pour but exclusif etpour résultat définitif, non pas un procédé, ni unesubstance quelconque, mais bien la nouvelle matièrerouge résultant de nos travaux. »

Le tribunal de la Seine a confirmé ces prétentionspar un jugement en date du 31 août 1860, conformé-ment aux conclusions d’un rapport d’expert Pcrsoz. deLuvncs et Salvétnt, dont nous extrayons la majeurepartiedesrenseignements que nous avons reproduits ici.

Si la fuchsine est un produit constant de la réaction

individuelle de différents agents sur l'aniline à la tem-pérature en quelque sorte déterminée par le point d’é-bullition du mélange fixe, nous devons faire remarquerque suivant les circonstances et la nature de l’agentemployé cette fuchsine peut être obtenuo sensiblementpure, ou bien se trouver accompagnée d’un excèsd’aniline, d’une matière violette qui semble n’en êtrequ’une modification, d’une petfto quantité d'iiuiisine,avec la matière goudronneuse qu’accompagne toujourscette dernière lorsqu’elle vient à prendre naissance.

Pour comprendre qu’il puisse en être ainsi, nousrépéterons les résultats de quelques expériences quenous avons dirigées dans le but d’établir, s’il était pos-sible, la cause de la transformation de l’aniline enfuchsine.

Les chimistes qui jusqu’à ce jour ont abordé cettedélicate question répondent que la fuchsine résulted’un phénomène d’oxydation qui se produit soit direc-tement lorsque l’agent variable peut fournir l’oxygènenécessaire, soit indirectement lorsqu’on fait intervenirun composé brome, chloré, fluoré qui décomposel’eau pour mettre de l’oxygène en liberté. Au premierabord, cette opinion paraît assez fondée, mais (die nerend pas compte de la formation de la fuchsine, lors-qu’on remplace le nitrate de protoxyde de mercure parle sesquichlorure de carbone, par l’acide arsénique,par le sulfate de protoxyde d’étain, etc.

Les choses ne nous paraissent pas être si simplesqu’on le prétond. Et, d’abord, si dans la préparation dela fuchsine au moyen d : nitrate de mercure, tout lemercure se trouve revivifié, la fuchsine ainsi préparéen’est jamais pure, elle est toujours accompagnée d’uneforte proportion de résine et d’une faible quantité d’in-disine qui donne un ton plus ou moins bleu. L’actionest des plus complexes. D’antre part, quand on a re-cours à l’acide arsénique, la fuchsine se produit sansréduction de l’acide arsénique, c’est-à-dire sans forma-tion d’aeide arsénieux, comme le fait voir l’expériencesuivante :

On prend 12 gr. d’aeide arsénique pur qu’on a faitdissoudre dans 12 gr. d’eau, et on mêle le tout aveclOgr. d’aniline pure. Ce mélange introduit dans unappareil distillatoire est porté progressivement, dansl’espace de six à sept heures, de la température ordi-naire à celle de 100, 1 20, 160 et 180°. Une portion del’aniline, 2 gr. environ, échappe à la réaction et vientse condenser dans le récipient. Quant au résidu, il sedissout pvesqu’en entier dans l’eau, et l’arsenic seretrouve en totalité dans la liqueur à l'état d'acide «r-sënique. C’est à peine si l’on peut constater les tracesd'acide arsénieux.

On n’est donc pas fondé, d’après cette expérience, àdire que la fuchsine est le résultat d'une oxydationsubie par l’aniline.

Au reste, ce n’est pas le seul fait qui justifie cetteproposition; le nitrate d’aniline employé comme agentvariable de la réaction transforme l’aniline en fuchsine,sans qu’il se dégage la moindre trace de l’un de cescomposés nitreux qui apparaissent toujours et néces-sairement toutes les fois que l’acide nitrique ou les ni-trates interviennent dans une réaction comme agentoxydant.

Selon toute probabilité, le développement de cettematière colorante, si tant est qu’elle dérive unique-ment de la molécule aniline, résulterait d’une modifica-tion physique ; en un mot, ce serait un changement (l’é-tat moléculaire provoqué par l’agent chimique variableque l’on inet en présence de l’aniline. On s expliqueainsi comment, en faisant varier les conditions de tem-pérature et la nature de l’agent, on parvient à fairenaître un produit rouge pins ou moins violacé.

Nous avons actuellement plusieurs faits qui auto-risent une pareil’e hypothèse; c’est d’abord ce dérivé