Buch 
Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
Entstehung
Seite
602
JPEG-Download
 

C02

TEINTURE.

TEINTURE.

et azoté, insoluble dans l’eau et les acides ; il se dis-sout dans les alcalis qu’il colore en vert: l’alun et leperchlorurc d’étain le précipitent de cette dissolutionalcaline, en formant des laques d’un vert foncé qui,desséchées, conservent leur nuance et résistent à l’ac-tion de la lumière.

Cette matière verte, qu’on pourrait nommer cimi-reine, est différente, ainsique l’a fait observerM. l’er-soz, de celle du nerprun ; néanmoins elle pourrait êtreutilisée si ses qualités à la lumière lui communiquentles avantages qu’on recherche, surtout pour les vertsapplicables à la teinture des soies.

29. Veut i>e Chine {vert de nerprun, lo-kao).

Nous avons étudié, jusqu’à présent, les substancesrouges, violettes et bleues. Il eût été difficile, il y aquelques années, de mentionner une seule couleur di-rectement verte ; toutes les nuances, quelque variéesqu’elles fussent, étaient préparées dans l’industrie pardes mélanges ou des superpositions de couleurs trans-parentes jaunes et bleues.

Des recherches récentes vont nous donner l’occasionde faire connaître une singulière substance, dont lascience a constaté la nature et les propriétés, et quel’industrie peut reproduire avec des éléments indigè-nes. Cette matière, découverte en Chine , a fixé l'at-tention sur une série de matières tinctoriales des plusconvenables pour l'obtention des nuances vertes quiprennent un éclat très-vif, même à la lumière artifi-cielle. De travail que nous allons analyser réunissanttoutes les données scientifiques et tous les documentsindustriels peut servir de base aux recherches nouvel-les qu’il serait convenable de tenter sur d’autres ma-tières analogues, susceptibles de donner des nuancesplus ou moins vertes. Nous commencerons par présen-ter une courte notice historique sur le lo-kao, ouvertdo Chine ; nous la ferons suivre de l’exposé des carac-tères chimiques de la matière telle qu’on la connaît.

Les renseignements qui suivent sont extraits de lanotice remarquable publiée sur ce sujet par la chambrede commerce de Lyon , et qui contient à la fois lesobservations dues à MM. N. Kondot, Eursoz et Michel.

Lors de la distribution aux diverses chambres decommerce des produits apportés de Chine par les délé-gués français, la société de Mulhouse reçut, entre autresproduits, divers tissus écrus, blanchis et teints. Un deces tissus, teint en vert, qui présentait cette particula-rité, qu'il avait un envers d’un vert jaunâtre et un en-droit d’un vert bleuté plus foncé, appela l’attention deM. Daniel Koeehlin-Schouc, qui le signala comme teintpar un vert particulier jusqu’alors inconnu; il insistapour que des renseignements fussent recueillis sur.*ette fabrication chinoise.

Le document le plus complet fut fourni par un sa-vant missionnaire, le R. P. Hélot, qui a étudié surplace la méthode employée pour obtenir cette teinture.Voici le résumé de ce procédé, tel qu’il est présentédans la notice sur le vert de Chine , et la teinture envert chez les Chinois, par M. Natalis Kondot, p. 70 :

« L’écorce fraîche du hong-pi la-chou, d’abord bouil-lie, reste infusée pendant deux jours; l’infusion de l’é-corce sèche dure dix jours. » (D’après ce renseigne-ment, la matière serait dans la plante à l’état solubleet non coloré). « On opère avec deux bains séparés, onajoute de l’eau de chaux à l’tm et à l’autre. On plongeles toiles sept à dix fois dans le bain de hong-pi , ensuitetrois fois dans celui de pi-pi ; on fait sécher après cha-que immersion. On étend les toiles à la tombée de lanuit; mais l’action du soleil est indispensable, la toilen’est teinte que du côté qui a été exposé au soleil. »»

Telle est la communication qui devint le point dedépart de M. Michel, de Lyon , pour scs recherchessur les matières colorantes des nerpnlns indigènes. Les

plantes employées par les Chinois, et que M. Decaisnoa reconnues comme appartenant à la famille des ner-pruns [rhamnus utilis et rhamnus chloroforus) , n’exis-tent pas en France . M. Michel a dû faire ses premiersessais sur des nerpruns indigènes, se rapprochant, au-tant que possible, des indications du R. P. Hélot.

Les expériences ont été faites sur des toiles de cotonde 50 cent, de long, sur 33 cent, de large, bien net-toyées de tout apprêt. Les bains ont été préparésdans des casseroles de fer émaillé. Les toiles ontété plongées dans le bain, pendant un quart d’heure;elle» ont ensuite été étendues sur le pré ; le lendemain,elles ont été relevées, elles étaient sèches. Nous pou-vons suivre le détail et le progrès des opérations aupoint de vue de la teinture; ces étoffes, au sortir dubain, étaient à peine colorées en jaune roux très-faible ; dès la pointe du jour, elles acquirent une colo-ration très apparente à la surface supérieure.

Plusieurs espèces de nerpruns ont été mises en es-sais.

L’alaternc a donné des nuances gris fauve d’autantplus brunes que la densité du bain était plus grande etles opérations plus multipliées. La bourdaine a présentéles mêmes résultats, seulement le jaune dominait. Lenerprun purgatif a produit, le premier jour, une cou-leur claire d’un vert assez prononcé: le deuxième jour,la nuance a tourné au gris; le troisième, au gris-violet,qui, à mesure que les opérations se multipliaient, a prisde l’intensité. Cette nuance violacée a été ramenée su-bitement au vert par une dissolution faible et bouil-lante d’alun.

Ces expériences ont prouvé qu’on peut obtenir desnerpruns un principe coloré qui y existe à l’état inco-lore, et si nous les rapprochons de ce que nous savonsdes missionnaires, elles semblent concluantes en rai-son de la déclaration formelle du R P. Hélot, qui af-firme que la lumière est indispensable à la productionde la couleur verte ; la synthèse est donc sous ce rap-port venue confirmer ce que l’observation et les trahi-rions avaient enseigné.

Eu ce qui concerne l'influence do la lumière sur lacoloration verte extraite (les nerpruns, M. Michel, dansle but de lever tous les doutes, a fait des expériencesqui me paraissent irréfutables.

1° En immergeant dans un bain de nerprun deuxcoupons de la même étoffe, si l'un seulement est ex-posé sur le pré, comme on l’a dit, tandis que l’autre estsoumis pendant le même temps à l'action de l’air d'unecave très-obscure, le coupon qui a reçu la lumière setrouve coloré lorsque l’autre n‘a pas éprouvé la moin-dre modification.

2° La même épreuve, répétée dans des vases, l’unopaque, l’autre transparent, renfermant chacun un cou-pon trempé dans le bain de nerprun, a conduit aumême résultat.

En Chine , il parait qu’on emploie simultanément lerhamnus chlorophorus et le rhamnus utilis, le premierpour donner à la couleur de l’éclat et du brillant, le se-cond pour ajouter à la vigueur de la couleur. La pré-paration de la matière colorante qu’on a \oulu rap-procher des procédés suivis pour la fabrication del’indigo brut, s’exécute au moyen de toile grossière àsurfaces rudes, sur lesquelles la couleur se dépose enquelque sorte mécaniquement, et qu’on en détache pardes frictions répétées. Nous aurons occasion, plus tard,de revenir sur les procédés de teinture proprement dite;nous ne nous occupons ici que de la préparation du lo-kao supposé pur ; des teintures successives ont sur-chargé de ce principe les toiles dont nous avons parlé.On augmente la richesse de la décoction par des addi-tions d’alun ou de carbonate de soude, avant d’y plon-ger les toiles de coton. Ces dernières étant surchargéesde couleur par 15 à 20 immersions, suivies d’autant