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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE.

TEINTURE.

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substance colorante capable d’introduii c une troisièmecouleur dans le mélange qu’il en fera.

D’un autre côté, ne fera-t-il pas assurément du noirou des couleurs rabattues du ton qu’on lui demande,h’ il sait créer sur l'étoile des couleurs.mutuellementcomplémentaires, qui se neutraliseront d’une manièreexacte, s’il veut avoir du noir ou du gris normal, oudont l'une sera en excès, s’il désire une couleur rabat-tue ?

Ne sait-on pas que pour transformer en une étoffeblanche un tissu légèrement coloré, il suffît d’enneutraliser la nuance par sa complémentaire ; tel est leprincipe de ce qu’on nomme l’azurage des étoffes quiont une légère couleur rousse. L’œil juge mie étoffe ougénéralement une surface quelconque blanche quoi-qu’elle soit teintée d’une ombre légère, tandis qu’il lajugerait colorée, si cette teinte ombrée se réduisait enles deux teintes complémentaires qui seraient équiva-lentes. L’art de foire du noir en teinture donne lemoyen de neutraliser une couleur en y ajoutant sacomplémentaire; le blanchisseur emploie ce moyenpour qu’une étoffe, très-légèrement colorée, paraisseplus Hanche qu’elle ne le paraîtrait, s’il n’en avait pasneutralisé la couleur par la complémentaire de céllc-ci.

§ X. DE LA TEINTURE

considérée sous le rapport de la stabilité des couleurs.

Nous voyons, par ce qui précède, que les principesgénéraux sur lesquels se base l’art de la teinture re-posât sur l’observation des faits optiques, chimiqueset mécaniques tout à la fois, et nous rappellerons iciqu’il est impossible de regarder les phénomènes deteinture comme uniquement dus à l’affinité chimique,et qu'on n’eat pas plus fondé lorsqu’on les rapporte à desimples phénomènes mécaniques. Dans cette dernièrehypothèse, la matière colorante devrait se conduire dela môme manière vis-à-vis de la lumière, quelle que soitl'étoffe (laine, soie, coton) sur laquelle elle est appli-quée; or, on a remarqué, sous ce rapport, des différen-ces tranchées que nous avons déjà signalées à titre som-maire , mais sur lesquelles nous pouvons reveniracltiellcmcnt.

On s’explique les différences de stabilité d’unememe matière colorante selon qu’elle est appliquée surdes tissus de coton, de laine ou de soie, en prenant enconsidération les actions chimiques qui s’accomplissentau contact de la matière colorante et des tissus.

L’expérience a conduit M. Chevreul à poser lesconséquences suivantes, après avoir étudié la mômematière colorante dans scs rapports avec une étoffedéterminée qu’il plaçait simultanément dans le vide,dans la vapeur d’eau, sous l'influence de la lumièresolaire, à l’abri de la lumière solaire.

Nous commencerons par exposer les phénomènestrès-remarquables observés sur le bleu de Prusse sou-mis dans le vide à l’action de la lumière.

Lorsqu’on place des étoffes de coton, de laine ou de6oie dans un flacon dans lequel on fait le vide et qu’onl’expose à l’action de la lumière solaire directe, on voitces étoffes blanchir en perdant du cyanogène, ce qu’onpeut facilement constater en plaçant dans le flacon quicontient l’étoffe un petit tube ouvert rempli de frag-ments de potasse. Si le vide est humide, le cyanogènese transforme en une matière brune qui se dépose surl'étoffe et sur les parois du vase. Sous l’influence dela lumière solaire le bleu de Prusse se décomposedonc en cyanogène et protocyanure de fer. Les étoffesblanchies à.la lumière, exposées au contact de l’air, se.colorent progressivement. Rien de semblable ne seproduit si l’air ou l’oxygène sont remplacés par del’acifle*carbonique. Dans le premier cas , l’oxygène seportant sur une portion du 1er forme du peroxyde defi .T, ta. Mis que le cyanogène qui se sépare en propor-

tion équivalente convertit une certaine quantité deprotocyanure en percyanure qui reproduit du bleu dePrusse avec le reste du protocyanure.

Dans le vide, avec une température de 170° à 190°en dehors de la radiation solaire, les étoffes teintes enbleu de Prusse présentent les mômes phénomènes, sanstoutefois blanchir complètement, du us l’espace dequelques heures ; la décoloration est accompagnéed un dégagement de cyanogène. La coloration sereproduit sous l'influence de l’oxygène ou de l’airatmosphérique, et dans les deux cas on peut pro-duire sur la meme étoffe, un certain nombre de fois,cette succession remarquable de décoloration et decoloration tranchées.

Une étoffe de coton teinte en bleu se décoloreencore au milieu de l’eau distillée privée d’air, maisexposée directement à l’action du soleil il n’y a pasde dégagement gazeux ; l'eau seule forme du bleu dePrusse lorsqu’on y ajoute du carbonate d’ammoniaque,de l’acide chlorhydrique et du protosulfate de fer ; ily a donc encore ici dégagement de cyanogène.

A côté de ces remarquables observations nousallons placer les faits suivants que l’expérience apermis de constater, et qui sont de nature à guider leteinturier dans le choix des couleurs qu’il doit prendrepour l’application des couleurs simples, binaires outernaires sur un tissu déterminé.

Le carthame, le rocou , l’orseille, l’indigo, l’acidesulfindigotique sur la soie se conservent dans le vide.

Le curcuma s’altère dans le vide, mais moins quedans l’air.

Le curcuma et le carthame sont plus stables sur lecoton que sur la laine et la soie.

Le rocou l’est plus sur la soie que sur le coton et surla laine.

L’orseille est moins stable sur le coton que sur lasoie et la laine. La pourpre française est moins alté-rable encore sur laine et sur soie.

L’acide sulfindigotique est beaucoup plus stable surla soie que sur la laine.

L’acide picrique, qui gagne sur la soie par une expo-sition de trois mois an soleil, perd ensuite, quand surla laine il gagne, môme au bout de huit mois, en vi-rant à l’orangé.

Il faut ajouter ici, pour n’v pas revenir plus loin, quecertaines matières organiques ou minérales ajoutent àla solidité des couleurs adhérentes.

Nous reprendrons du reste ces faits pour citer desexemples, lorsque nous définirons les couleurs de grandet de petit teint.

Il résulte encore des recherches de M. Chevreulque l’intensité de la couleur exerce sur sa résistanceune influence notable. Cette observation est la consé-quence de ce principe posé par le savant académicien,« qu’à l<a rigueur, on pourrait blanchir des étoffes de li-gneux, lors môme que la matière colorante serait plusinaltérable que l’étoffe elle-môme, par la raison que lamatière colorée se trouvant en quantité très-faible onpourrait la détruire en détruisant une quantité propor-tionnelle de l’étoffe sans que celle-ci fût sensiblementaffaiblie dans sa ténacité. Cette remarque explique par-faitement comment des matières colorées telles quel’indigotine, les principes colorants de la garance, de lacochenille, de la gaude, etc., qui de tout temps ont étéréputées de bon teint, ne le sont plus à proprementparler lorsqu'elles ne sont appliquées qu’en faible quan-tité de manière à faire les tons les plus clairs des gammesdont les tons foncés sont avec juste raison déclarés degrand teint.

Grâce aux tons clairs qu’on prépare aujourd’hui dansl’atelier des Gobclins, par interposition ou imprégna-tion, on peut à la rigueur exécuter une foule de tonsclairs solides qui manquaient à l'ancienne palette, eu