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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TEINTURE,

TEINTURE.

OU

recourant aux matières colorées inaltérables à l’air !comme le bleu d’outremer, le cinabre, les sesquioxydesde fer et de chrome, le phosphate de cobfilt fondu, etc.

Ces mêmes observations ont conduit M. Chevreul àfaire le rabat des teintes rabattues au moyen des cou-leurs de bon teint qui sont complémentaires. Avec l’in-digo de cuve, la garance, la gaude, on fait des couleursgrises ou rabattues, qui ont une résistance bien supé-rieure à celle des gris faits au moyen des astringentset des sels de fer. On commence à produire aujour-d'hui. d’une manière industrielle, de ces couleurs so-lides qui résistent en raison de la grande intensité deleur nuance. Au reste, le lilatenr fera lui-même cesnuances en lilant des mélanges voulus de fibres blnn*

< lies et de fibres teintes en nuances foncées de couleursdéterminées.

Couleurs de grand et de petit teint.

Quelle que soit la nature de la matière textile qu’onveut teindre en uni, soit en fil» soit en tissu, les indus-triels divisent les teintures en couleurs bon teint , et encouleurs mauvais temt. A l’époque des jurandes et desmaîtrises on distinguait, et ces désignations se sontperpétuées, les nuances de grand et de petit teint, d’a-près leur origine ; cette division était complètementinexacte, incertaine, puisque des expériences de tousles jours ont fait voir qu’une couleur, selon la manièredont elle est appliquée ou fixée, peut contracter unecombinaison intime avec la fibre , ou n’y adhérer quefaiblement, rester inaltérable daus certaines circons-tances, ou s’altérer et disparaître entièrement dansd’antres.

Nous ajouterons encore que plusieurs des sels dépo-sés mécaniquement sur les tissus ne résisteraient pasaux moyens d’épreuves que nous allons décrire, bienqu’ils résistent parfaitement aux influences de la lu-mière et de l’air. D'ailleurs, dans un autre ordre d'idées,M. Chevreul a démontré l’influence de la nature de lafibre, mise hors de doute par ses nombreux travaux.

Nous citerons encore, pour corroborer cette opinionsur l'insuffisance des moyens d’essai pour classer lescouleurs en grand et petit teint, un dernier fait tiré del’action du campêche. Lorsqu'on a formé des laquesviolettes en préparant l’étoffe avec un sel d’alumine, et enteignant, la couleur résiste à l'eau, mais s’altère à l’air ;quand on prépare unecouleur d'application au moyen duprotochlorure d’étain, la laque résiste à l’air, mais elledisparaît dans l’eau bouillante; enfin traitée parlechro-mate de potasse, elle se sature d’oxygène, et dans cesconditions, elle résiste non-seulement à l’air, à l’eau,mais encore aux autres agents atmosphériques.

Lorsque Dufay fut chargé par l'administration supé-rieure de. travailler au perfectionnement de l’art de lateinture, son premier soin fut de reviser les statuts,ordonnances et règlements des teinturiers en ce quiconcerne particulièrement la distinction des teinturesen grand et bon teint d’avec les teintures en petit teint ,Les règlements révisés furent surtout ceux des au-nées 1069 et 1671. D’après son travail :

Une couleur.est réputée de bon teint lorsqu’ellelésiste au soleil et à la rosée des nuits, douze’jours d’étéet dix-huit jours d’hiver ; elle est réputée de petit teintlorsqu'elle est plus ou moins effacée dans les mêmescirconstances. Cette règle une fois admise, on jugeune couleur A en exposant à l'air un petit morceaud’étoffe teint en une couleur B que l’on sait être depetit teint, comparativement avec un morceau de l’étoffeteinte en couleur A jusqu’à ce que la couleur soitdevenue ce qu’elle devient par une exposition au soleilpendant douze jours d’été. Ce résultat obtenu, on com-pare À et B; puis on conclut. Dufay choisit ensuitepourétudier la résistance des couleurs de grand et petitteint les débouillis tels que l’alun de Rome , le tartre ’

rouge et le savon blanc, d’après lu considération de nepas décolorer les étoffes de grand teint, et de réduire,autant que possible, les couleurs de petit teint à lamême apparence que le fait l’exposition de douze joursau soleil d’été. Ces principes furent confirmés parIlellot (pii n’apporta que de légères modifications Ilsservent encore de base à la distinction des couleurs encouleurs de grand et de petit teint que les arts ontconservées.

Lorsqu’on ne peut ou ne veut juger la solidité d’ui.enuance soit parce que le soleil manque, soit parcequ’on est désireux de connaître immédiatement ’erésultat d’un essai, le teinturier s’adresse aux réactifschimiques ou plus rapidement aux épreuves anciennesque nous venons de nommer débouilli , on debout;entrons ici dans quelques détails qui complètent ceuxqui sont inscrits à l’article teixtuke de la 2e édition dece Dictionnaire.

Tour ccîtc épreuve on a reconnu qu’il est néces-saire de séparer en trois classes toutes les couleursdans lesquelles les laines peuvent être teintes, tant enbon teint qu’en petit teint, et de fixer la compositiondes débouillis, c’est-à-dire la dose des matières quidoivent altérer les couleurs comprises dans chacunedes trois classes.

Les couleurs comprises clans la première classe sontdébouilli'S avec l'alun de Rome ; celles de la secondeavec le savon blanc, celles de la troisième avec le tar;rerouge, c’est-à-dirc avec le tartre brut encore mélangéde la matière colorante qui se rencontre dans la lie duvin rouge.

Pour faire un débouilli, l’expérience et les conven-tions admises fixent la dose des composés chimiques,la quantité d'eau, le poids de l’échantillon, la tempéra-ture du liquide, la durée de l’opération dont les ré-sultats varieraient beaucoup sans cette précaution.

Le débouilli fait avec l’alun do Rome se prépare enmettant dans un vase de terre ou terrine 15 gr. ct’alundans 500 gr. d’eau. Lorsque la dissolution bout à grosbouillons, on y met 1 gr. de l’étoffe dont on veut fairel’épreuve; on l’y laisse bouillir pendant cinq minutes,on la retire, on lave à l’eau froide, on fait sécher, puison compare.

Pour le débouilli de savon blanc, on met seulement7 à 8 gr. de savon blanc haché dans 500 gr. d’eau ; onfait bouillir à gros bouillons, on jette l’échantillonet on maintient le contact pendant 5 minutes.

Le débouilli de tartre rouge se fait de même et avecles mêmes doses que celui d’alun : il faut seulementemployer le tartre en poudre et le dissoudre entièrementavant d’y plonger l’étoffe à classer.

On doit déhouillir avec l’alun les cramoisis de toutenuance, l’écarlate de Venise et les nuances qui s’yrapportent, les violets et les gris de toutes nuances,les pourpres et les bleus. A l’inspection de la couleuraprès l’épreuve, on juge par la couleur qui reste si lacouleur est de faux teint.

On débouillit avec de savon blanc les jaunes clairset foncés, toutes les nuances de vert et de jaune, lesrouges de garance, les bruns clair, cannelle, tabac, etc.

On débouillit au tartre les couleurs dénommées sousla désignation de fauve ou couleur de bois foncé ouclair. Quant au noir, il faut toujours en faire l’essaipar un débouilli beaucoup plus actif; car il faut voirsi l’échantillon qu’on veut classer a reçu le pied debleu qui lui donne de la solidité. Pour cette épreuveou met dans 490 à 500 gram. d’eau, 30 gram. d’alunde Rome , et 30 gr. de tartre rouge, on fait bouillir letout et on y fette l’échantillon qu’on maintient à l’ébul-lition tumultueuse pendant un quart d’heure; on lelave ensuite à l’eau fraîche. Il sera facile d<? recon-naître alors si l’échantillon à reçu le pied d'indigo, cardans ce cas il devra rester coloré sn bleu presque noir ;