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Complément du dictionnaire des arts et manufactures / par Ch. Laboulaye
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TISSAGE.

TISSAGE,

les métiers à clavier, à tambour ou cylindre d’orgues, jà cylindres percés ou avec relief, à bec de cane, àchapelet; enfin, les inventions tant vantées de Kegnieraîné (1755), de l'Ieurv-Pnrdois (177(i) et de Perrin(1778), de Paulet(l777) et de Claude ltivey (177U).

Cependant, on avait trouvé depuis longtemps unprocédé qui devait un jour l'emporter sur tous lesautres, et être universellement employé pour toutes lesespèces de tissus façonnés : l’idée de Uasile Uouchno(1725), bientôt fécondée par le chef d’atelier Falcon,mettait entre les mains des ouvriers le moyen le pluspropre à soustraire les métiers de grand façonné à lacomplication inextricable des nœuds et des cordes, eusubstituant à chaque lac une bande de carton percée detrous en des points déterminés par le dessin et enlacéeavec ses voisines, de manière à former une surface con-tinue et fioxible. Chaque corde de sjimple, ou mieuxencore chaque corde de rame ramenée vei ticalementsur le côté du métier au moyen d'un double cassin,était fixée, par son extrémité inférieure, à un long cro-chet vertical en fil de fer passé dans la boucle d'uneaiguille horizontale ; les crochets étaient placés surplusieurs rangs, et les aiguilles disposé.'* en autant decouclies superposées les unes aux autres; le tireur,étant assis, présentait successivement chaque bande decarton aux extrémités des aiguilles, pour repoussercelles qui ne correspondaient pas aux trous ; puis ilenfonçait une pédale qui faisait descendre, au moyend’une griffe, les crochets déplacés par ces aiguilles;c’était à très-peu près la mécanique en usage actuelle-ment, en la supposant renversée.

Un transport de lisage avec perçage accéléré des car-tons était la seule chose qui restât à trouver, afin de di-minuer la dépense et le temps nécessaire au montage desdessins. Ce ne fut qu’après vingt années de recherches(1748} que Falcon arriva à perfectionner son métier età compléter son œuvre, en inventant la machine à lireet à percer les cartons au moyen d’une transmissiond’emportc-pièces et de plusieurs abatages successifs,procédé qui resta un secret de famille jusque dans cesderniers temps. Malgré tous les avantages des mécani-ques à la Falcon, qui portaient 200, 400 et même600 crochets, malgré le privilège que leur accorda, en4744, le règlement sur les manufactures, il n’y en eutjamais plus de ccirt; quelques-uns de ces métiers tra-vaillaient encore à Lyon en 1817.

A peu près à l'époque de ces perfectionnements,c’est-à-dire il y a plus d’un siècle, Vaûcnnson, qui avaitinventé le premier métier mécanique pour les étoilesunies (1745), essaya également de supprimer le tireurde lacs. A cet effet, il so rapprocha du métier primitifdes Chinois, en supprimant cordes de rame, sample etcassin; puis, plaçant sur le métier, sens dessus des-sous, la mécanique de Falcon, il remplaça le tireurpar un inécauismc de son invention ; mais il eut letort d'abandonner la série ou chaîne de bandes de car-ton de cet inventeur, ou plutôt d’en revêtir un cylindreen bois également percé de trous. Ce cylindre effec-tuait à chaque coup ou descente de la marche un petitmouvement de rotation, et avait en même temps, aumoyen d’un chariot, un mouvement horizontal de va-et-vient, pour présente!* successivement de nouvellesrangées de trous aux aiguilles des crochets et repous-ser ceux de ces derniers qui ne devaient p&s être enle-vés par la griffe.

Cinquante années s’écoulèrent sans que ce métier,exposé d’ajx>rd dans la collection du grand mécanicien,puis au Conservatoire des arts et métiers , fût employéou imité. Ce ne fut qu’après avoir pris un brevet dedix ans, le 23 décembre 1801, pour une machine destinéeà suppléer le tireur de lacs dans la fabrication des étoffesbrochées et façonnées, mécanique analogue à celle doVerzier, que Jacquard, venu à Paris , en 1803, pour '

j présenter son métier à fabriquer le filet de pêche, eutl’idée très-simple de rétablir, sur le mécanisme «leYaucanson, la séparatftn des bandes de carton deFalcon qui fonctionnaient parfaitement à Lyon depuissoixante-quinze ans, et dont l'application sur un cy-lindre limite toujours beaucoup trop le nombre deslacs ou la hauteur «lu dessin. Mais cette simple réunionou plutôt juxtaposition de deux inventions, dont l’unen'était jamais entrée dans la pratique, ne put marchercouramment dans les ateliers que lorsque le mécani-cien I»rctou l’eut sensiblement améliorée, 1° en s’asso-ciant, vers 1805, avec Jacquard pour inventer lesélastiques des aiguilles , en remplacement des talonsdes crochets , retirer les repères de la planche aux ai-guilles et les placer sur chacune des quatre faces ducylindre, afin de mieux diriger le développement descartons ; 2" en imaginant bientôt, lui seul, de renfer-mer les élastiques dans une boîte et, vers 1807, desubstituer un battant ou balancier au chariot de Yau-canson ; 3° en adaptant, an commencement de 1815, unepresse à la griffe pour écarter le battant à la levée etle rapprocher à la descente, de manière à serrer le cy-lindre contre la machine afin de repousser les aiguilles ;4° enfin en construisant, dès 1812, une machine àtransporter le lisage des dessins sur les cartons ; puisen inventant, vers 1816, sa machine à lire et apercerles cartons dans un système analogue à celui de Fal-con, mais perfectionné. Alors seulement la mécaniquedite ét la Jacquard put devenir d’uu usage avantageuxdans la pratique, et l'adoption de ce métier, qui d’abordavait été* très-lente, devint bientôt générale : là com-mence une ère nouvelle pour la fabrication de toutesles espèces de tissus façonnés.

Ce grand progrès ne fut obtenu, on le voit, qu’aprèsbeaucoup d'hésitation et de longs tâtonnements, quoi-que tous les éléments du système fussent connus depuislongtemps; ce fut faute de coordonner ensemble ceséléments, et de les simplifier en les adaptant les unsaux autres, qu'on resta tant d’années pour atteindre lebut ; mais simplifier c’est le lot du génie, tandis que lovulgaire croit iuventer lorsqu’il multiplie outre mesuredes moyens très-ordinaires. Combien de fois u’a-t-onpas pris de fausses directions, et même rétrogradé,pendant ces quatre-vingts années de tentatives di-verses, avant d’arriver à la véritable solution ! Falcontrouva d'abord de nombreux contradicteurs ; un seulfabricant le soutint vigoureusement; plus tard il futapprouvé, puis imité par Yaucanson dans le métierqui supprimait le tireur de lacs^ mais ce grand méca-nicien faillit lui même faire reculer la question, fautede bien connaître les besoins de la fabrication desétoffes façonnées, en fixant les bandes de carton deFalcon sur un cylindre qui n’aurait pu convenir toutau plus que pour l’exécution de petits dessins.

Trente années plus tard, un homme qui eut dansson temps une certaine renommée pour les améliora-tions qu’il apporta à la grande tire, de Lasalle, setrompa également, mais en sens contraire, dans lacroyance que le progrès consistait à faciliter lesmoyens d'augmenter indéfiniment le nombre des cor-des de rame et celui des coups de hauteur des dessins.On monta, à cette époque , des grandes tires à troismille deux cents cordes de rame et à quatre-vingts sam-ples; mais, à peine montés, ces immenses appareilsturent abandonnés; quelques-uns même n’ont ja-mais rien exécute, et ces essais infructueux furentbientôt complètement oubliés. Le progrès n’était paslà; ce ne fut qu’une leçon achetée chèrement par lafabrique de Lyon .

Ces alternatives presque périodiques, ces aberra-tions qu’on serait tenté de juger sévèrement aujour-d'hui, qui tantôt font négliger les procédés les plusavantageux, et tantôt jettent dans l’emploi exagé.é