TISSAGE.
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des moyens ordinaires, sont peut* être plus près de serenouveler qu’on ne le pense. Voyons ce qui s’est passéde nos jours.
Les observateurs qui ont suivi pendant les cinquanteannées écoulées depuis Jacquard et les premiers tra-vaux de Breton les états successifs par lesquels letissage des étoffes de soie façonnées a passé, 'ont puremarquer combien les époques de progrès ont étécourtes et rares; le temps pendant lequel la fabrica-tion a été stationnaire ou meme rétrograde, relative-ment aux perfectionnements rapides des autres tissus,a occupé la presque totalité de ce demi-siècle. Cepen-dant le commencement de cette longue période avaitété fécond en améliorations de toute espèce, et la fa-brique de Lyon avait lait d'immenses progrès dus auxtravaux des Dutilleu, des Camille Beauvais, des CharlesDepouilly et Schirmcr; mais, comme les faveurs de lafortune n’avaient pas été en rapport avec la grandeurde ces efforts, une excessive prudence a empêché laplupart de leurs successeurs de pousser plus avant, etle^a fait errer timidement sur le terrain conquis parces hardis pionniers. Pourtant les inventeurs et lesinventions n’ont pas fait défaut depuis lors; maischaque fabricant a plus visé au certain qu’au progrès,et a surtout redouté les chances des essais que demandetoujours une invention, une innovation quelque légèrequ’elle soit.
Cette indifférence dans le choix des meilleurs pro-cédés à employer pour la fabrication des étoffes desoie façonnées se prolonge encore, et ce qui se passeà présent en donne une nouvelle preuve ; car, si nousconsultons les faits, nous voyons M. Mcynier, déjàconnu par d’ingénieuses et utiles inventions, imagi-ner en 4850 (brevet du 7 février 4851 ) un nouveaumontage de métier pour les grands dessins dans les-quels la découpure se lait par plusieurs fils à la fois;montage très-avantageux, sous le rapport de la com-position des dessins, pour opérer tous les cfîets detrame et qui dispense des lisses de rabat , dont l’em-ploi énerve la chaîne, complique et ralentit le tissage.La chambre de commerce de Lyon et vingt-cinq fabri-cants achètent le brevet, en 4852, pour que touspuissent profiter de ce grand perfectionnement. Qu’ar-rive-t-il? Depuis plus de trois années que l’emploi duprocédé de M. Meynier est facultatif, deux* maisonsseulement adoptent et mettent en pratique ce montagede métier, tandis que les autres s'en tiennent aux an-ciens errements pour obtenir les grands façonnés ; ilen est meme qui pensent arriver ainsi à des produitsexceptionnels, et que, pour cela, il suffit de multiplierles procédés ordinaires de fabrication sans craindred’augmenter outre mesure les embarras du tissage.Cette mauvaise direction, dans laquelle on se laisse en-traîner par la routine, n’a pas d’issue ; on sera bientôtacculé dans cette voie et forcé de rétrograder ; l’his-toire de la fabrique de Lyon a montré, on l’a vu, detels exemples dans le siècle dernier.
Ce n’est pas. la première fois qu’on a fait fausseroute en prenant des tours de force pour des progrès;ils éblouissent la foule, il est vrai; mais bientôt cesfantômes brillants disparaissent, entraînant avec euxles industriels qui se sont lancés à leur poursuite. Leprix de revient étant alors hors de proportion avecl’objet fabriqué et avec ce qu'il est raisonnablementpossible d’admettre dans le commerce, le produit nepeut entrer dans la consommation. Le progrès n’estpas encore là, et les hautes récompenses distribuées àl’industrie devraient tomber ailleurs; par exception,cela eût-il lieu, le jury manquerait complètement à samission, s’il laissait croire à un encouragement de sa] art à suivre cette fausse direction, en ne récompen-sant pas, au moins au môme degré, ceux qui mar-chent résolùmcnt dans la voie du progrès; cette voie
ne saurait être autre que la recherche des procédés lesplus simples, ou les plus faciles à employer pour arri-ver à chaque espèce de produits, meme aux plus beaux,afin d’en étendre l’utilité, d’en modérer les prix et, parsuite, d’en augmenter la consommation.
Métier F. Durand — Nous ferons suivre cette inté-ressante notice de quelques mots sur une tentatived’un grand avenir due àl’mgénietix M. F. Durand, pourproduire, dans des conditions tout à fait semblables àcelle de l’espoulinnge, les tissus façonnés les pluscompliqués, et cela en s’appuyant uniquement sur lemétier à la Jacquard. Les tentatives faites jusqu'icireposent, en général, sur des'apparcils connus sous lenom de batlants-bro'heurs ; mais, comme ils ne peuventexécuter que des dessins disposés d’une manière spé-ciale et qu'ils exigent le concours d’ouvriers intelli-gents et habiles, leur usage présente de la lenteur etoccasionne en partie les frais qu’entraîne le travail desOrientaux.
Ce qui caractérise, au contraire, l’invention capitalede M. Durand, c’est do n’entrelacer le fil de couleur,destiné aux effets façonnés ou modelés, qu'au point oùil doit apparaître, sans que le travail soit plus difficileet que le métier présente plus de complication qu’unmétier ordinaire à la Jacquard. Loin de modifier celui-ci, l’inventeur a eu l’heureuse inspiration d’en étendreles services en le chargeant de nouvelles fonctions. Ala série des crochets ordinaires, destinés au mouve-ment des fils de la chaîne, pour livrer passage à latrame dans une direction uniforme et continue d'unelisière à* l’autre, M. Durand ajoute une autre sénje decrochets, destinés à faire pour la trame ce que ceuxdu .système Jacquard n'ont exécuté jusqu’ici qu’envue de la chaîne.
Ces crochets pour le service de la trame portent, àl’extrémité inférieure, une petite bobine. Lorsqu’unecouleur est demandée en un point quelconque, le cro-chet avec la bobine de la couleur demandée s’abaissespontanément à l’endroit convenable. Supposons, parexemple, que six fils, sur une chaîne de mille, doiventêtre entrelacés par un fil de couleur quelconque, ces filsseront soulevés comme à l’ordinaire par le mécanismeJacquard, et en regard du premier de ces six fils, à unohauteur correspondante au plan passant par le milieude l’angle formé par ces fils et ceux de la chaîne restésimmobiles, le meme mécanisme et le mémo carton quia fait soulever ces six fils feront abaisser 4° un crochet-bobine avec la couleur voulue; 2" un second crochet-bobine vide après le sixième fil. Les choses étant encet état, une navette, modifiée dans ses détails, estchassée comme à l’ordinaire; seulement cette navetten’a pas de cannette à son départ et n’est pas chargéede trame, attendu que dans sa course elle enlève labobine du crochet qui l’attend et développe ce fil jus-qu’à ce qu’elle rencontre le second crochet-bobine videqui lui reprend la bobine, puis les deux crochets re-montent spontanément à leur position initiale. Cesmouvements de la navette des crochets-bobines, de lalivraison et de la reprise de celles-ci ont lieu avec unorapidité et une précision vraiment merveilleuses. Poursimplifier l’exposé et faire saisir le principe, nous n’a-vons parlé que d’un élément; leur nombre, on le con-çoit, pourra se multiplier autant que de besoin.
Ce qui est important à signaler dès aujourd’hui, c’estl’apparition d’un système nouveau qui fractionne leseffets de trame et permet d’entretenir sur la mémoligne et dans la même direction, d’une manière conti-guë et avec une solidité irréprochable, une infinité depetites trames de couleur, ce qui était impossiblejusqu’à ce jour.
Cette invention paraît destinée à doubler la puis-sance du métier Jacquard, et datera sans doute commecelle qu’elle vient compléter.