AGRICULTURE.
AGRICULTURE.
Les observations précédentes s’appliquent à l’alimen-tation de tous les animaux domestiques. Arrivons auxfaits qui se rattachent d’une manière plus spéciale àcelle de la race bovine.
On nourrit le bétail, soit entièrement au pâturage,soit entièrement à l’étable, soit, enfin, en combinantces deux méthodes.
La constitution des bêtes à cornes, et la manièredont elles saisissent leur nourriture, ne leur permetpas de se contenter de pâturages aussi pauvres queceux qui peuvent suffire aux moutons et même auxchevaux. Elles ont besoin d’herbe touffue et d’une cer-taine longueur. Les meilleurs pâturages sont indis-pensables aux bêtes à l’engrais. Les vaches laitièresn’en exigent pas d’aussi riches; mais l’herbe doit êtrefine et formée de bornes plantes. Les pâturages com-posés de plantes aigres sont surtout funestes aux vacheslaitières et aux très jeunes animaux; il ne faut ymettre que les bœufs de travail.
Le nombre d’animaux à placer sur un pâturage doitêtre soigneusement examiné. Trop nombreux, ils segênent les uns les autres, et ne trouvent pas une ali-mentation suffisante. Trop peu nombreux, ils se pro-mènent en tout sens, fatiguent l’herbe, ne prennentque celle qui leur plaît le plus, et n’utilisent que fortimparfaitement le sol où ils sc trouvent. Dans les paysoù le pâturage est bien organisé, les herbages sont par-tagés par des haies, ou autrement, en enclos plus oumoins étendus, dans lesquels on'ramène les bestiauxquand l’herbe a eu le temps d’atteindre, depuis la dernière pâture, une hauteur de 0 m ,12 à ü"*,-18.
La surface de pâturage nécessaire à la nourritured’une bête à corne est excessivement \ariable. En gé-néral , on admet qu’il faut renoncer à entretenir autrechose que des moutons sur une pâture où une vachedu poids de 350 kilog. exige plus de Jhect.,50 de ter-rain, et qu’il faut consacrer aux bêtes à engraisser unterrain tel que la \ache dont on vient de parler n’aitbesoin, pour son entretien, que de Ohect.,30.
La nourriture à l’étable se compose de fourrage vertou sec, de racines fourragères, etc. Elle est générale-ment beaucoup plus économique que la nourriture aupâturage, et permet, en outre, de recueillir les fumiersqui se dispersent sur le sol, et sont en partie perdusdans l’autre méthode d’alimentation.
La ration journalière des animaux, eu foin, peuts’évaluer, pour les entretenir seulement, a 1/60 de leurpoids \ivant, ce qui fait environ, par an, six fois leurpoids de foin.
Produits du bétail. — Travail. On peut atteler lesbœufs, les vaches et les taureaux eux-mêmes avec quel-ques précautions. Les bœufs travaillent bien depuisleur quatrième année jusqu’à l’âge de neuf ou dix ans.On estime qu’une paire de bœufs fait les 3/4 ou les4/5 du travail d’une paire de chevaux dans les mêmesconditions d’âge et d’énergie. Le bœuf parcourt de0'“,80 à 1 mètre par seconde, selon sa taille. Il con-vient surtout dans les pays montagneux, et pour lestravaux qui exigent surtout un effort continu et régu-lier. Les moyens à employer pour conduire des bœufssont très différents de ceux qui conviennent aux che-vaux. Quand on veut introduire dans un pays l’usagede faire travailler les bœufs, il faut y amener un bonvier de profession; car un charretier arriverait diffici-lement à posséder la patience et l'habitude que néces-site l’emploi du bœuf, qui obéit surtout à la voix deson conducteur. La ration de travail ou d’entretiendu bœuf se calcule à peu près en fonction de son poidscomme pour le cheval.
On a beaucoup ag té la question de savoir s’il estavantageux de faire travailler les vaches laitières. Ilest certain que le travail fait diminuer la productionde lait; mais il peut arriver que la perte éprouvée de
' ce côté soit compensée par le travail obtenu ; cela d-*-| pend du prix et de la quantité relative de ces deuxvaleurs. Il a été fait peu d’expériences positives à cetégard; voici l’une des plus nettes : huit vaches sem-blables, et nourries de la même manière, furent par-tagées en deux lots; les quatre premières, travaillantune demi-journée par vingt-quatre heures, produisirentchacune, en moyenne, 616 litres de lait, et perdirent6 kilog. de leur poids. Les quatre autres, re-tées àl’étable, donnèrent, dans le même temps, 638 litres celait, et gagnèrent 18 kilog. en poids. 11 est vrai que celait était moins butireux que celui des vaches de tra-vail. On peut calculer ce qu’avait coûté le travail ob-tenu en fixant le prix du lait et celui de la viandevive.
Production du lait. La laiterie forme souvent un deséléments principaux d’une opération agricole. Le choixdes vaches destinées spécialement à la production dulait est donc on ne peut plus important. Jusque dansces derniers temps, on n’avait, pour reconnaître àl’avance une vache laitière, aucun moyen positif; maisles judicieuses observations de M. Guenon l’ont con-duit à reconnaître d’une manière certaine si une vacheest bonne laitière, et même à estimer, jusqu’à un cer-tain point, la quautité de lait qu’elle peut fournir. Ilfaudrait de nombreuses figures et beaucoup d’espacepour indiquer les principes posés par M. Guenon;d’ailleurs, son ouvrage vient d’être publié, et l’on dopour le moment, laisser à l’auteur de cette remarquableet utile découverte le soin de l’exposer lui-même d’unemanière complète*
La quantité de lait fournie par une vache est extrê-mement variable ; elle dépend de sa nature, de sonâge, de l’époque de Tannée, etc., etc. Les observationsde différents agronomes sont tellement dissemblablesque Ton se demande si elles ont été faites d’une ma-nière comparable. Cette quantité est évaluée à 1,700 lit.par an, par M. Perrault de Jotemps, dans l'Ain , pourune vache pesant 4-00 kilog. et consommant I2 k 5, defoin par jour; à 915 lit. par M. d’Angevjlle, dans lemême département, pour une vache pesant 275 kilog.,et consommant 6 k ,3 de foin ; à 1,416 lit., en moyenne,par Mathieu de Dombaslc, dans la Mcurthe, pour desvaches consommant 10 kilog. de foin. On cite sou-vent des rendements de lait vraiment prodigieux ;ainsi, M. de Crud rapporte que des vaches ont donnéjusqu’à 40 lit. de lait par jour; Tliaür va même plusloin encore. En Normandie , j’ai souvent entendu citerdes faits semblables ; mais je n’ai jamais pu en obser-ver; s’ils sont vrais, ils sont tout à fait anormaux;un produit de 30 lit. paraît déjà un chiffre exlrême-j ment élevé.
i A Béchclbronn, M. Boussingault a jaugé très exno! tement, pendant un an, le lait de sept vaches laitières ;i elles recevaient, chaque jour, l’équivalent de 15 kilog.
■ de foin, et ce fourrage, quand clics n’étaient pas auvert, entrait pour une forte proportion dans la ration.Los vaches soumises à l'expérience pesaient respecti-vement 760, 659, 811, 715, 600, 700, 612 kilog.;elles ont produit, dans l'année, 2,938, 3,142, 2,235,2,235, 2,056, 1,596, 3,372 lit., ce qui fait 2,511 lit.,i en moyenne, par an et par vache, ou 6 l|t -,8 par jour,
; en moyenne, ou bien enfin, 8 1Il *,3 par jour de rende-ment, dont le nombre a été, en moyenne, de 302,5 pourchaque vache. Les observations ainsi faites peuvent être1 influencées par différentes circonstances; il vaudraitmieux mesurer le lait produit d’un part à l’autre.
La plus ou moins grande abondance de lait sembledépendre surtout de la quantité réelle d’aliments con-sommés; mais la qualité du produit dépend de 1a na-ture de ces aliments, et leur choix influe beaucoup surla finesse du beurre ou des fromages, et par suite surla valeur vénale de ses produits.