AIGUILLES.
AIGUILLES.
Un ouvrier pince 15 à 20,000 aiguilles tant à côtéJcs unes des autres que bout à bout dans une toile ser-rée, et en fuit un rouleau qu’il étrangle et lie par lesdeux extrémités. Il met ce rouleau sur une table et lefait rouler en avant et en arrière, en appuyant dessusavec un bâton ou une règle qu’iL fait aller et venir;puis il trempe ce rouleau dans un seau d’eau, le remetsur la table, et le fait rouler de nouveau pendantquelques instants. Alors la crasse se détache successi-vement, et l’aiguille est assez nettoyée pour l’opérationsuivante.
Sixième opération. On porte les rouleaux d’aîguillesprès des poêles il recuire, on ouvre et on développeces rouleaux. Deux ouvriers à chaque poêle, l’un d’uncôté, l’autre de l’autre, disposent les aiguilles encoremouillées sur la table de fonte du poêle, et en fontchacun deux rangées parallèles, épaisses de B à 10 mil-limètres euviron, longues de 5 à 6 décimètres. Leurbesogne est de rouler sans cesse les aiguilles sur elles-mOmes, en appuyant dessus avec une règle de fercourbée, les pressant et les ramenant, afin que les ai-guilles supérieures descendent au-dessous, que les in-ferieures remontent au-dessus, et que toutes soientchauffées uniformément. Quand on juge que le recuitest terminé, ce que l’on reconnaît à la couleur d’unbleu nuancé que prennent les aiguilles, on les poussehors de la table du poêle, et on les jette dans une sé-bille placée au bas.
Septième opération. Ces aiguilles ainsi mêlées et sansordre, sont aussitôt rangées parallèlement les unes auxautres par une opération semblable à la seizième de lapremière série.
Huitième opération. Comme la trempe a déformé unepartie des aiguilles, il faut les redresser. On les prendune à une entre l’index et le pouce de la main gauche,et en les roulant on reconnaît celles qui sont cour-bées ; on les redresse aussitôt sur un tas d’acier àl’aide d’un marteau particulier, et on les jette dansune boîte. Ce marteau a un manche très court etplacé obliquement, afin que l’ouvrier qui le tient trèsprès de la tête, puisse le manœuvrer aisément sanstrop coucher le poignet, et ne donner que de petitscoups.
Neuvième opération. On arrange ensuite les aiguillesjetées dans la boîte en exécutant pour la quatrièmefois la seizième opération de la première série.
Observatioris. Il y a quelques variantes dans les pro-cédés précédents : ainsi la trempe peut se donner dansun bain de plomb chauffé au rouge. A l’Aigle, on jetteles aiguilles rougics h blancdansun baind’huilecliaudc,d'une chaleur supportable à la main. Ensuite, pourdégraisser les aiguilles, ou les vanne avec de la sciurede bois; enfin le recuit s’opère dans un fourneau sem-blable à ceux qui servent a brûler du café, mais garnià ^intérieur de pointes très saillantes pour diviser lesaiguilles et les empêcher de s’accumuler.
Troisième série d'opérations. — Polissage.
Le polissage est l’opération la plus longue dans lafabrication des aiguilles. On fait la cannelure, on percele trou eu un clin d’œil ; mais il faut beaucoup detemps et une dépense assez notable de force et de ma-tière pour rendre la surface de l’aiguille lisse, unie etbrillante. Il est vrai que la lenteur de l’opération estcompensée par la multitude d’aiguilles qui la subissentà la fois. On perce les aiguilles une à une, on lespalme par vingtaines, on les trempe par milliers; maison les polit par centaines de milliers, et même par mil-lions. Les paquets ou rouleaux soumis au polissageeu contiennent jusqu’à 500,000 chaque, et la mêmemachine, que dirige un seul homme et qu’un cou-rant d’eau fait agir, polit en même temps vingt ou
trente paquets, c.’est-à-dirc dix ou quinze millions d’ai-guilles.
L’opération principale du polissage se subdivise entrois autres séries d’opérations : la première consiste àformer les paquets ou rouleaux d’aiguilles ; la secondeà les placer sur les tables du polissoir; la troisième ànettoyer les aiguilles.
Les principaux instruments et les machines princi-pales qui servent au polissage, sont : 1° une tablegarnie d’une auge ou moule à faire les rouleaux oupaquets d’aiguilles; 2° une machine ou moulin à po-lir; 3° un tonneau à dégraisser, mobile autour do sonaxe; un van en cuivre; 5" un baril de cuivremonté aussi sur un axe.
Lorsque les aiguilles ont été trempée.-, recuites etdressées, on les porte dans l’atelier destiné à la confec-tion des rouleaux; on place deux ou trois carrés detoile qui ont déjà servi à cette opération dans l’auge,de manière qu’ils couvrent le fond et les côtés inté-rieurs, et qu’ils débordent en dehors; on augmentel’épaisseur de l’enveloppe avec plusieurs bandes de toilelongitudinales. Sur le fond, on étend une couche depetites pierres de schiste quartzeux micacé, ou de si-lex, ou d’émeri, ou de pierre calcaire compacte, ou.même de potée d’étain, quand on veut donner aux ai-guilles un poli blanc. On range par dessus, et dans lesens de la longueur du rouleau, une couche d’aiguillesépaisse d’un centimètre, et longue d’environ io centi-mètres, ce qui exige sept ou huit longueurs d’aiguillesordinaires. On recommence une couche de petitespierres, puis un lit d’aiguilles, et ainsi de suite jusqu’aucinquième lit d’aiguilles, que l’on recouvre d’un sixièmelit de petites pierres, et on verse sur le tout environ undemi-litre d’huile de colza. On replie alors la toile parles deux bords, puis par les deux bouts, et on ferme lerouleau dont on étrangle les deux extrémités. Quandun certain nombre de rouleaux ont été préparés decette manière, deux hommes les prennent successi-vement et achèvent de les lier ou de les serrer étroi-tement à l’aide d’une forte ficelleque l’on serre autour de chaquerouleau, de manière à lui faire dé-crire une suite de spires qui se re-couvrent mutuellement (fig. 9).Dans cet état, les rouleaux sont envoyés à l’atelier depolissage.
Le polissoir est composé de deux chariots roulantsur des madriers de chêne, au moyen de roues à rai-nures maintenues par des rails. Un des deux chariotss’avance pendant que l’autre recule. Chaque rouleau,enfermé dans un compartiment qui correspond à rundes montants verticaux du bâti en charpente, roulecontinuellement tantôt dans un sens, tantôt dans l’au-tre, soumis à la forte pression de la table du chariot.Les cailloux renfermés à l’intérieur s’écrasent peu àpeu, et leur frottement finit par donner à l’aiguille lepoli dont elle a besoin.
Lorsque les rouleaux d’aiguilles ont ainsi tournésur eux-mêmes entre les tables à polir, pendant dix-huit à vingt heures, on les enlève, on les délie, on lesdéploie ; on en retire les aiguilles toutes grasses et cou-vertes de cambouis ; on les verse dans une sébile, onles recouvre de sciure de bois ou de paille hachée, eton les introduit dans Je tonneau (fig. 10). Là, ellessont soumises à un mouvement de rotation prolongéjusqu’à ce qu’elles soient ressuyées et dégraissées surtoute leur surface, et que leurs trous soient débouchés.
Du tonneau, on les fait tomber dans le van de cuivrequ’on a eu soin de‘placer dessous. Le vannage s’opèrecomme celui du grain. La sciure vole, les pierres seséparent, les aiguilles restent au fond du vase : ellessont déjà ressuyées et presque sèches. On les versedans un tiroir, on les met en ordre, en exécutant pour
Eijr. 0.