ARMES A FEU
ARMES A FEU.
Cette invention de îM. Delvigne était extrêmementremarquable; l’écrasement de la balle assure l’effet desrainures, c’est-à-dire un mouvement régulier de ro-tation de la balle par l’effet des rainures héliçoïdalcs,et assure la régularité bien vérifiée du tir des cara-bines avec un mode de chargement plus simple. Leschasseurs de Vincennes , armés de ces carabines, pu-rent obtenir un tir efficace à 500 et même 000 mè-tres.
Une seconde invention, due sans aucun doute, indi-rectement pour le moins, à la polémique et aux re-cherches dont l’invention de la carabine Delvigne futla cause, est celle du colonel d’artillerie Thouvenin.Elle consiste à fixer dans la culasse du canon une tigedont l’axe est celui du canon. La balle introduite dansle canon s’arrête à la tige ; elle y trouve un appui so-lide placé dans l’axe même du canon, qui permet de laforcer dans les rayures sans la déformer irrégulière-ment.
De nouveaux essais vinrent bientôt permettre defaire un nouveau pas en avant, et ce progrès fut laconséquence, non d’une modification de l’arme, maisd’une nouvelle ftnmie de projectile.
La forme sphérique donnée à ceux-ci ne paraît pascil effet être celle que la théorie leur devrait assigner,pas plus qu’on ne construit un vaisseau à section cir-culaire, et il semble que la balle du fusil devrait avoirla forme du solide de moindre résistance, être de formeallongée.
Mais de semblables considérations ne peuvent s'ap-pliquer qu’aux armes carabinées. Dans un fusil à ca-non lisse, la balle a besoin d’un certain vent pourcompenser les irrégularités de calibre et entrer dans lecanon encrassé parle tir. La balle prend donc un mou-vement de rotation irrégulier par l’effet de l’impulsion,qui ne passe pas par le centre do figure comme cela alieu pour la résistance de l’air.
Dans une arme carabinée, l’existence des rayurespermet d’employer une balle d’un calibre plus voisinde celui du canon. Cet avantage tient à la facilité quetrouve l’encrassement de se loger pendant l’introduc-tion de la cartouche dans la cavité des rayures. Laballe de la carabine se trouvant ainsi, par l’existencemême des rayures et la diminution du vent, mieuxplacée relativement à l’axe du canon, reçoit de l’in-flammation de la charge une impulsion plus rapide.
Mais c’est surtout le mouvement de rotation autourde l’axe que les hélices font prendre à la balle qui as-sure la régularité du tir. En effet, quand il n’exbtepas à l’origine, il faudrait qu’elle fût de forme et dedensité parfaitementrégulièrespour que la résistance del’air n’engendrât pas un mouvement de rotation,mouvement différent pour chaque balle et chaquecharge, et par suite cause de déviation que l’habiletédu tireur ne saurait corriger. Mais il n’en est plus demême quand la balle tourne ; sa rotation la rend enquelque sorte parfaitement symétrique autour de sonaxe de rotation. Si en effet dans une de ses positionsla résultante des résistances sur les divers éléments nepasse pas par le centre de gravité et que vous la con-sidériez après une demi-révolution, la résultante sesera déplacée de telle sorte que l’ensemble des résis-tances effectives dans les deux positions passe par lecentre de gravité.
Si l’on remarque que dans la carabine Delvigne l’a-platissement de la balle augmente la résistance, quepour que la balle ne se déchire pas dans les rainuresla vitesse initiale ne doit pas être trop forte, on voitque les limites de vitesse initiale et les accroissementsde résistance venaient en compensation des avantagesqu’offrait un tir plus régulier à cause du mouvementde rotation. Il n’en est pas de même pour le systèmedont nous allons parler.
Balles cylindro-ogivales (l’extrémité de la baguetteporte cette forme en creux). Ces balles, terminées enpointe et ayant une masse plus grande que la ballesphérique tirée avec la même arme, perdent moins ra-pidement la quantité de mouvement dont elles sontanimées.
De la moindre résistance et de la plus grande massorésulte le grand avantage de *pouvoir, pour uneportée donnée, faire partir la balle avec une vitesseinitiale moindre, par suite sans déchirement de lapartie du plomb chassé dans les rainures, ou, ce quirevient au même, avec une vitesse de rotation plusgrande de la balle. Cette dernière condition s’obtientavec une rayure ayant un pas d’hélice plus court. Onobtient ainsi une arme ayant une portée de 1 ,300 mètreset avec laquellcon met, à 800 mètres de distance, vingt-cinq balles sur cent dans un panneau de 2 mèti*es dohauteur sur 6 mètres de base.
Balles à cannelures. Les balles cylindre-ogivales nepeuvent donner tous les avantages dont elles sont sus-ceptibles qu’autant qu’elles satisfont à une conditiondont on n’avait pas à se préoccuper avec les ballessphériques. Elle consiste en ce que la balle allongée nopeut conserver la pointe en avant qu’autant que sonaxe change de direction en même temps que chaqueélément de la trajectoire, de manière à être toujours ra-mené suivant la tangente à la trajectoire. Autrement larésistance de l’air varie avec l’angle de chaque élément,ne passe pas par le centre de gravité, et il en résulte unerotation du grand axe qui détruit tous les avantages dela balle allongée.
M. Tamisier, capitaine d’artillerie, eut le talent d’a-nalyser cet effet et de trouver le remède. Il pratiqua àla partie postérieure do la balle des cannelures circu-laires de 0"*,0007 de profondeur eu aussi grand nom-bre que cette partie, légèrement conique, pût en con-tenir, employant, comme jadis pour les flèches, la ré-sistance de l’air pour assurer la direction de la balle.
Tel est le dernier degré de perfection des carabinesde guerre, non encore utilisé assez complètement pourl’armement des troupes. M. Devismes a essayé de pro-fiter de la direction régulière de la balle pour y adapterune pointe d’aeier, qui ne s’écrasant pas augmentebeaucoup la pénétration de la balle.
firmes se chargeant par la culasse . L’emploi des fusilsà pierre de même que celui des fusils à piston ordi-naires, présente dans le service militaire plusieurs gra-ves inconvénients dont nous allons citer les principaux:le soldat est désarmé si la baguette est perdue, fausséeou cassée; le soldat en tirailleur, ayant tiré son coup,ne peut recharger qu’en se mettant à l’abri, et un in-convénient très grave, c’est que le fusil à silex commecelui à piston peut partir au repos; que la cartouchepeut s’enflammer au moment de la charge, et que degraves accidents peuvent en résulter.
Les fusils qui se chargent par la culasse offrent lesavantages suivants : une beaucoup plus grande promp-titude dans la charge, ce qui augmente en quelque sortele nombre des combattants, et la suppression de la ba-guette. Les accidents provenant de l’inflammalion dela charge au moment de son introduction dans le ton-nerre sont peu graves, les parties enflammées étantchassées en avant par la balle, de sorte que si par ha-sard, lors de son introduction, la cartouche s’enflam-mait, la balle ne bougerait pas.
Les fusils qui se chargent par la culasse sont dedeux espèces : — dans les uns, le canon se brise autonnerre, de sorte que le canon et la crosse ne sontplus eh ligne droite. Dans cet état, le soldat est dés-armé; il ne peut se servir de sa baïonnette. Cette dis-position défectueuse pour un fusil de guerre n’offreaucun inconvénient pour la chasse, au moins dans laplupart des cas; elle peut peut-être aussi être utilisée