ARTESIENS.
ARTESIENS
Souvent l’eau se maintient dans le trou fort 5 , h une cer-taine profondeur au-dessous de la surface, et doit êtrealors élevée à partir de ce niveau au moyen de pompes.Quelquefois enfin, ces trous sont forés dans le but touta fait contraire, et servent à faire infiltrer dans descouches perméables des eaux superficielles dont on estembarrassé ; on leur donne alors le nom de puits absor-bants ou boitouts.
Les nappes d’eau souterraines paraissent former devéritables courants d’une largeur considérable, qui cir-culent dans les vides ou fissures de certaines couches,comprises entre des couches «l’une imperméabilité com-plète ou relativement beaucoup plus grande. Les cou-ches perméables sont ordinairement composées de sa-bles plus ou moins désagrégés, et quelquefois de rochessolides calcaires ou autres, criblées de fissures; desorte que l’eau pénètre, pour ainsi dire, la couche en-tière, qu’il est presque impossible de traverser sans luiouvrir une issue. Nous faisons ici une restriction parcequ’il y a quelques exemples dans lesquels, de plusieurstrous forés à peu de distance les uns des autres, les unsont rencontré des sources jaillissantes et les autres neles ont pas atteintes ; ainsi : à Jilingel dans la vallée deTernoise, de trois sondages entrepris en 1820, le pre-mier a procuré une belle fontaine, jaillissante ; les deuxautres, au contraire, n’ont pas donné une goutte d’eau,et cependant, les trois trous sont très voisins ; des phé-nomènes analogues se sont présentés à Litiers, Saînt-Vol et Suint-Venant; à Béthune , un trou de sonde foréjusqu’à une profondeur de 33"', a ramené au jour unbeau jet d’eau limpide, tandis que dans le jardin de lapropriété contiguë un autre trou de sonde foré jusqu’ilune profondeur de 57 m , n’a pas rencontré le moindrefilet liqui'le. Pour expliquer ce phénomène, il faut serappeler que quelquefois la couche perméable est uneroche compacte présentant de grandes fissures dans les-quelles l’eau circule, et qu’aîors il peut arriver que dedeux puits forés voisins, l’un rencontre une de ces fis-sures et donne de l’eau en abondance, tandis que l’autren’en rencontre aucune quoique foncé à une profondeurplus considérable; si cependant on poussait ce dernierjusqu’aux limites inférieures de la couche perméable,on serait à peu près certain de rie plus trouver de filetsliquides isolés, mais bien une véritable nappe souter-raine.
Les eaux qui pénètrent une couche aquifère, consti-tuent, comme nous l’avons dit, un véritable courant ali-menté par les eaux des rivières, des lacs sous lesquelspassent les affleurements supérieurs de la couche, oupar les eaux pluviales, et qui se déchargent sous formede sources, aux points les plus bas de ces affleurements,lesquels peuvent se trouver cachés sous le lit des fleuves,ou sous celui de la mer : le lit souterrain du courant estd’ailleurs fort large, mais ordinairement très encombré,puisqu’il n’est formé que des cavités et des fissures quipénètrent la couche. La vitesse du courant est quelque-fois considérable; ainsi nous voyons dans la savantenotice de M. Arago, sur les puits artésiens, insérée dansl'Annuaire du Bureau des Longitudes , que des ouvriersperforaient le terrain près db la barrière de Fontaine-bleau , dans un établissement connu sous le nom de bras-serie de la Maison Blanche . Comme d’habitude, les pro-grès de ce travail étaient lents; mais voilà que tout àcoup la sonde s’échappe de leurs mains; ils la voients’enfoncer brusquement de 7 m ,50. Sans la manivelleplacée transversalement dans l’œil de la première tigeet qui ne put passer par le trou déjà fait, la chute sefût probablement continuée encore. Lorsqu'on essayade retirer la sonde, il devint comme évident qu’elle étaitcomme suspendue ; que sa pointe inférieure ne reposaitpas sur un terrain solide; et qu’enfin, un fort courantl.\ poussait latéralement et la faisait osciller.
Rendant le percement des puits delà gare de ${-Ouen,
MM. Flacbat rencontrèrent à une profondeur delil"V>fiune nappe souterraine, dans laquelle la sonde s’enfonvasubitement de U"',35. Le courant doit y être très fort caril imprimait à la sonde un mouvement oscillatoire trèssensible. Ce double résultat (l’existence et la force ducourant) peut se déduire aussi avec certitude d'un autrefait curieux : quand, en approfondissant le trou, la ta-rière chargée des débris des couches qu’elle avait atta-quées, passait en remontant, au niveau de la nappe ci-dessus, tous ces débris étaient emportes, et il n’était pasnécessaire de la ramener jusqu’àla surface.
ACormé , i7h , j(Seine-et-Oise ), la sonde arrivée dans le«plâtres, oscillait, dit M. Dcgouséc, sous l’action d’uncourant inférieur très rapide, comme le balancier d’unependule.
Enfin, le 30 janvier 1831, le tuyau vertical de lafontaine jaillissante de la place de la cathédrale à Tours .ayant été raccourci d’environ i m , le produit en liquide,comme de raison, devint aussitôt plus grand. L’augmen-tation fut d’environ un tiers; mais l’eau, auparavanttrès limpide, ayant reçu un accroissement subit de vi-tesse, se troubla pendant plusieurs heures ; % elle amenade la profondeur de 109 m , des débris de végétaux et descoquilles d’eau douces et terrestres ; tous ces débris res-semblaient à ceux que les petites rivières et les ruis-seaux laissent sur leurs bords après un débordement.Ces faits établissent d’une manière incontestable queles eaux de la nappe souterraine qui alimentent la fon-taine ci-dessus ne résultent pas, du moins en totalité,d’une filtration à travers des couches de sable. Pourqu’elles puissent entraîner des coquilles, des morceauxde bois, il faut qu'elles se meuvent librement dans de vé-ritables canaux.
Les couches que la sonde traverse avant d’arri-ver à la nappe jaillissante ne sont point complétc-tement imperméables, et par conséquent, absorbe-raient une partie des eaux montantes, si l’on n’avait soinde placer dans le trou de sonde un tuyau» d’ascensiondestiné à isoler les eaux ; ce tuyau doit s’appuyer sur lacouche imperméable immédiatement supérieure à lanappe aquifère, et la jonction entre le contour extérieurde ce tuyau, et la couche, doit être aussi exacte quepossible afin d’éviter toute déperdition. Sil’on prolongece tuyau au-dessus du sol, à tel point que l’eau nepuisse plus s’écouler par son orifice supérieur, elle at-teindra dans l’intérieur de ce tuyau, un niveau fixe,qui porte le nom de niveau hydrostatique du puits foré,et s’il n’y a pas de déperdition à la base du tubage, lahauteur du niveau hydrostatique au-dessus du fond dutrou de sonde, mesurera exactement la pression deseaux souterraines en ce point. Si le prolongement dutuyau ascensionnel offrait quelques difficultés on pour-rait déterminer aisément le niveau hydrostatique, enbouillant l’extrémité supérieure du tuyau par un tam-pon, et mesurant ensuite la pression à cette hauteur àl’aide d’un manomètre ordinaire, cette pression convertieen hauteur d’eau et portée au-dessus du tuyau, donne-rait la position du niveau hydrostatique. Par suite dumouvement même dont les eaux souterraines sont ani-mées, le niveau hydrostatique d’un puits foré est tou-jours inférieur aux affleurements supérieurs de la cou-che; d’un autre côté, il est supérieur aux affleurementsles plus bas de cette couche. Enfin il n’est pas inva-riable, puisqu’il dépend des charges d’eau, sur les orifi-ces d’alimentation et ceux d’écoulement «le la nappeaquifère. C’es charges varient avec les crues des coursd’eau qui recouvrent les affleurements sujiérieurs et in-férieurs de la couche, ou avec le niveau des eaux de lamer, lorsque les orifices d’écoulement sont au-dessousde son lit : Ainsi M. Baillet Je Belloi a constaté que leniveau de la fontaine jaillissante de Noyelle-surMer(Somme ) monte et baisse avec la marée; M. Aragorapporte qu’à Fulham, près de la Tamise , dans une pu-
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