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BROYER.

BROYER.

Pour bien comprendre les avantages des machines àtriturer les bois de teinture, il faut se rappeler quel-ques-uns des principes de l’art du teinturier, principesqui ont été si habilement établis par 1’uu de nos illus-tres savants français , M. Chevreul. Certes, nous nepouvons mieux faire que de citer ses propres paroles :

« Plusieurs matières colorantes propres à la teintureétant déposées par la végétation sur les parties ligneu-ses, et ces parties insolubles dans l’eau pouvant avoirune ténacité très forte, il en résulte que, si un bois deteinture n’est pas divisé suffisamment, l’eau dans la-quelle on le mettra, afin de préparer un bain colorant,ne pourra agir que très dillicilement sur la matièrequ’elle doit dissoudre, pour la céder ensuite à l’étoffequ’on veut teindre. Dès lors, si l’on veut enlever à lapartie ligneuse toute la matière tinctoriale, on se trou-vera dans la nécessité de prolonger beaucoup l’action duliquide. On voit donc qu'uuc division mécauique, qui apour effet de donner à la matière soluble la plus grandesurface possible, est extrêmement favorable aux opéra-tions de teinture par l’économie qu’elle apporte dans ladurée de la main-d’œuvre et dans la dépense du com-bustible, car c’est presque toujours à chaud qu’on traiteles bois de teinture. »

Feu Vallery avait pris un brevet en France , aujour-d’hui expiré, pour une machine fort ingénieuse qui ef-fectue cette.division avec une grande perfection. (Voyezextraits).

Les bois triturés par ce procédé fournissent pluscomplètement et plus promptement leur matière colo-rante, qui se trouve par cela meme moins altérée ; il y adonc économie de temps et de matière pour le teinturier,et amélioration dans la qualité du produit.

Cette extrême division, à laquelle est parvenu M. Val-lery, a permis d’employer, dans la teinture, certainsbois qui jusqu’alors n’avaient pu hêtre en raison de ladifficulté d’en extraire la matière colorante. C’est ainsiqu’aujourd’hui on consomme une immense quantité debois de santal, resté jusqu’à ce jour sans usage.

Quelques teinturiers prétendent au contraire que lespoudres de M. Vallery offrent de graves inconvénients :qu’elles s’attachent et sc fixent aux tissus, de sorte qu’ilest difficile, quelquefois même impossible de les enleverparles procédés mécaniques ordinaires Le fait est vrailorsqu’on opère sur certaines étoffes de laine avec certainsmordants et un excès de poudre, afin de monter lacouleur, mais les cas sont rares ; et d’ailleurs les indus-triels habiles ne doivent plus s’effrayer de pareils acci-dents, faciles à prévoir ou à réparer, quand le savoiret l’adresse viennent à leur secours.

Du reste ces accidents se reproduisent encore plussouvent avec les bois triturés par les procédés ordinai-res, particulièrement avec les bois réduits en poudre parle moyen des pilons, ou affilés sous une meule en pierre.Cela se couçoit d’autant plus facilement que ces pou-dres, composées de fragments aplatis irrégulièrement,allongés, fibreux, et très inégaux dans leur grosseur,s'enchevêtrent dans la laine, et vrillent avec elle parl’action de la chaleur du bain de teinture, et par l’affi-nité chimique elle-même.

Les bois réduits en minces copeaux, soit au moyende la hache, soit à l’aide de mécaniques circulaires ouhorizontales, qui agissent à la manière d’une varlope,n’ont peut-être pas les mêmes inconvénients, mais il enfaut un poids plus grand de ceux-ci que des poudrespour porter les étoffes au même ton de couleur.

M. Chevreul fait remarquer avec justesse que, si l’onne doit se servir des poudres de M. Vallery que long-temps après leur préparation, il faut les soustraire aucontact de la lumière et de l’atmosphère, parce qu’elless'altéreraient bien plus vite, à cause de leur divisionmême, par l’action simultanée de ces agents, que les boisnon divisés.

Il faut ajouter de plus que les bois réduits en poudrepar le procédé Vallery sont difficiles à falsifier, dumoins d’une manière avantageuse pour le vendeur, etc’est là un avantage qui 11 ’cst pas à dédaigner pour lasûreté des opérations de teinture.

IV. — Des précautions à prendre et des défauts à éviterdans le broiement de certaines matières , eu égard à l’éco-nomie publique et à l’hygiène. Afin de prévenir l’actiondélétère des poussières amilacées et autres, qui com-promet au plus haut degré la santé des ouvriers, etde rendre impossible toute volatisation de poudres,telles que celles provenant de la pulvérisation dublanc de plomb, du jaune de chrome, du ver-millon , du vert-de-gris, qui pourraient occasion-ner la mort, il faut triturer les corps vénéneux etnuisibles à la santé dans un moulin ou dans un bocurddit volatisateur , lequel sera établi dans un bâtimentbien aéré, construit selon les règles de l’art et de l’hy-giène, et soumis à l’action d’un ventilateur.

V. —Nous terminerons en citant, comme un bon mo-dèle à imiter sous tous les rapports, l’établissement fondépar MM. Mesnier et C r , à Noisiel près Paris , et destinéà la pulvérisation en général, ainsi qu’à la fabricationen grand des chocolats, gruaux d’avoine et orges perlés(voir le Rapport fait à la Société d’encouragement,juillet 1832, page 243).

Cet établissement, suivant l’expression du rappor-teur, M. Amédée Durand, réunit l’application des prin-cipes hors . desquels il ne peut y avoir de succès en industrie ,puissance d’action et simplicité de moyens.

L’usine se divise en trois étages ; celui par lequel onentre renferme :

1° Un jeu de meules verticales en grès, agissant surun bassin en fonte de fer non tourné, mais suffisammentpoli pour que le lavage en soit facile et complet. Cetteopération se renouvelle à chaque changement de sub-stance. Los commissaires y ont vu préparer de la fa-rine de riz d’une blancheur éblouissante et supérieure,de leur avis unanime,- à celles qu’ils avaient vue jus-qu’à ce jour.

2° Un autre jeu de meules verticales en pierres, dontla circonférence est garnie en fonte et qui opèrent dans; un bassin en fonte comme le précédent. Cet appareilest employé pour les substances minérales et ré-sistantes.

3° Tous les appareils à piler, que des convenancesde localité ont forcé de concentrer dans cet étage. Laforme et l’action des pilons sont et devaient être variéscomme les différents genres de matières sur lesquellesils opèrent; mais une disposition leur est commune àtous, et elle a pour objet de rendre toute volatisationimpossible. I)c là résulte une économie dans la fabri-cation, et ce qui est bien plus important, une garantiepositive contre tout mélange ou altération des sub-stances les unes par les autres.

Yoici le nombre et la nature de ces appareils quedans l’usine on appelle pilerie :

1° Pilerie à poudre impalpable, composée de six pi-lons;

2° Pilerie à couteaux pour les matières filamen-teuses, telles que la réglisse et la salsepareille, etc.;

3° Pilerie à poudre commune, composée de douzepilons qui sont réunis par quatre dans chaque mortier;

4” Pilerie ayant sept pilons à base rétrécie pour lafarine de moutarde ;

5° Pilerie à pilons de bois et mortiers de marbrepour les substances que le fer altère ;

6 U Pilerie à gomme, comprenant deux pilons :

7° Dans un cabinet entièrement séparé et herméti-quement fermé, trois pilons sont exclusivement desti-nés aux substances vénéneuses qui sont traitées de ma-| niève à ne faire courir aucun danger aux ouvriers ;

[ S u Dans un cabinet placé clans la partie opposée des