CACHEMIRE.
CACHEMIRE.
forme plus avantageuse. Une des qualités les plus précieu-ses de ces câbles est de résister aux efforts latéraux aussibien que dans le sens de la longueur. Nous citerons,comme exemple, des services qu’ils peuvent rendre, levaisseau anglais le Henri , qui. envoyé en Espagne ,chargé de munitions de guerre, pendant la guerre de laPéninsule, fut surpris sur la côte nord d’Espagne , parun ouragan terrible et forcé de chercher asile dans lahaie de Biscaye , sur un fond semé d’écueils, au milieudesquels il jeta l’ancre; il était pourvu, heureusementpour lui, d’un câble à la Brunton, de 140'" de longueur,(pii tint bon pendant les trois jours que dura la tempête.On remarqua plus tard que les anneaux inférieurs ducâble s’étaient polis dans tous les sens parle frottementsur les rochers. Evidemment, dans cette circonstance,tout câble en chanvre eût été rapidement coupé.
Enfin, comme dans certains cas, il peut devenir in-dispensable de diviser le câble, on réunit les mailles decinq métrés en cinq mètres au moyen de forts boulons,qu’il suffit de chasser pour désassembler les tronçonsqui composent le câble, et que l’on peut ensuite réuniravec la même facilité.
CACAO ( voyez chocolat).
CACHEMIRE (châles de). Nous sommes redevablesà l’Orient de plusieurs de nos plus brillantes industriesmanufacturières, et parmi les plus heureux empruntsque nous lui ayons faits, la fabrication des châles peut :être placée en première ligne. Avant la campagne d’E-gypte , le châle-cachemire n’était connu chez nous quede quelques privilégiés qui. avaient entretenu des rela-tions avec l’Inde : il fut révélé au piondc commercial parl’envoi que fit à Paris , d’un châle oriental, le général enchef de l’armée d’Egypte . La sensation qu’il produisit futimmense ; la nouveauté du travail, la douceur de la ma-tière, l’iiarmonie des couleurs, l’étrangeté même dudessin furent l’objet de l'admiration générale. Un deces hommes qui savent deviner et préparer l’avenird’une industrie, M. Bellangcr, conçut de suite tout ceque l’imitation d’un si beau produit pouvait offrir dedéveloppement au travail, et de prospérité pour son pays.Il se mit à l’œuvre avec ardeur, s'appliqua avec uneactivité infatigable à décomposer le tissu oriental, etparvint à créer, par le procédé même employé dansl’Inde , un châle parfaitement semblable à son modèle.Et pourtant, métiers, matière, ouvriers, tout lui man-quait; la machine de l’immortel Jacquart n’existaitpas encore. M. Bcllanger eut le mérite de faire monterle premier métier à la tire; il inventa un harnais àgrandes coulisses, et composa son armure en établissantla lisse de rabat et de liage. Le châle-cachemirc fran-çais fut donc créé, et il faut se reporter à cette époquepour se faire une idée du mouvement industriel qui semanifesta tout d’un coup. La filature de la laine ne futpoint sourde à l’appel qui lui était fait; bientôt, elle putlivrer à 34 et 36 fr. une qualité qui s’était payée jus-que-là 72 et 80 fr. le kilogr.
Accordons ici un juste tribut d’éloges à M. Ternaux ,dont le nom se rattache aux découvertes les plus utiles,et qui contribua puissamment au développement et auprogrès de cette nouvelle industrie. Il importa de l’é-tranger la matière même du cachemire, qui consistedans le duvet cotonneux qui entoure la racine du poil dela-chèvre du Thibet . Cette précieuse matière vient enEurope par la voie de Casan, capitale d’un gouverne-ment de l’empire russe, sur les bords du Volga . Elle estnaturellement grise, mais elle se blanchit aisément ausoleil. Son prix, danscesdernièresannées, étaitde 17 fr.le kilogr. La perte dans le nettoyage, le cardage et lefilage, est d’environ un tiers de son poids. 11 est descachemires fabriqués en France dont les fils sont dun” '130 pour la chaîne, et du n° 228 pour la trame.
M. Ternaux fit venir à grands frais des chèvres duThibet ; il essaya de les acclimater et de les propager
sur notre sol. Si ses efforts ne furent pas couronnésd’un plein succès, le commerce et la France entière nelui en tinrent pas moins compte, et la reconnaissancepublique donna aux nouveaux châles le nom de châlesTernaux , sous lequel ils ont été longtemps connus.
Dès 1782, un fabricant de Paris avait formé, àBo-lmin et à Frcsnoy, des établissements pour le travaildes gazes de soie. C’est dans ce pays que la fabricationvint d’abord recruter scs ouvriers, et elle s’étenditbientôt dans le département du Nord, de l’Ain et duPas-de-Calais . Il nous est impossible de constater lenombre immense de bras que Paris, que Lyon , queNîmes , et d'autres villes encore, occupent aujourd’huidans cette branche d'industrie ; car l’usage du châle estuniversel en France , et depuis la grande dame jusqu’àla grisette, il est le complément obligé de toute toiletteféminine. Pour répondre à un besoin si général et of-frir à toutes les fortunes les moyens de le satisfaire,nos fabriques se sont évertuées à employer de millemanières les duvets indiens, la laine, la soie, le coton,à varier les nuances et les formes du dessin, à recherchertoutes les combinaisons possibles du tissage Puis, l’im-pression est venue, avec l’enluminagc de ses brillantescouleurs, offrir aux fortunes modestes une imitation sé-duisante et économique des genres les plus riches.
Ce n’est pas qu’on ne puisse réussir complètementdans l’imitation du travail* indien ; mais c’est la questionéconomique qui reste encore à résoudre. Les châles del’Inde , en effet, sont fabriqués par des procédés extrê-mement lents et coûteux. En ne considérant que la na-ture du travail, une distinction sc présente de suite àfaire entre le châle fait au fuseau, à la manière in-diûfine, dit épouliné, et le châle broché au lancé, telqu’on. le fabrique en France . Cette distinction, dureste, est plutôt théorique que pratique ; le procédéoriental ne constitue pas une fabrication régulière cheznous. Chaque fabricant a fait sa pièce d’épreuve, maisil ne continue pas.
Dans les deux modes de fabrication, on monte lachaîne de la pièce, ainsi que cela se pratique générale-ment pour le métier à la Jacquart. Le tissage en imita-tion s’exécute avec autant de navettes qu’il y a de cou-leurs dans le dessin. Les navettes sont passées à traversla chaîne, dans l’ordre convetiaWc. Tous ces fils n’étantintroduits que par intervalles dans la trame, lorsque lacomposition du modèle l’exige, ils restent flottants surle dos de la pièce, et sont ensuite coupés, ce qui n’altèrceu rien la qualité du tissu, le feutrage empêchant les filsde s’échapper. Mais il y aune perte considérable d’é-toffe, laquelle est toute employée dans les tapis.
Le tissage en imitation des véritables cachemires dif-fère du précédent. Les fils destinés à former la tramesont non seulement égaux en nombre à celui des cou-leurs du modèle; mais, en outre, il y a autant de pe-tites navettes (semblables à celles dont se servent lesbrodeuses), remplies de ces fils, qu’il doit y avoir decouleurs répétées dans la largeur de la pièce; on conçoitsans peine que ce nombre soit très considérable, quandle modèle est un peu compliqué ou chargé de couleurs.Chacune de ces navettes passe seulement à travers lapartie de la fleur sur laquelle la couleur de son fil doitparaître, et elle revient ensuite sur elle-même après avoirtraversé le fil de la navette contiguë. De cet entrelace-ment réciproque de tous les fils des navettes, il résulteque, quoique la trame soit composée d’un grand nom-bre de fils différents, ils n’en constituent pas moins uneligne continue dans toute la largeur du tissu sur lequelle battant agit de la manière ordinaire. Ce qu’il y a deplus difficile dans la fabrication des cachemires, c’estd’éviter la confusion des navettes et de ne pas frapper lebattant avant que toutes n’aient rempli leurs fonctions.Une femme et deux aides suffisent pour la fabricationde châles de l"',2üà l u ',50 de large, lesquels deman-