CHAPEAUX.
CHAPEAUX.
Les peaux' étant bien également et suffisammentmouillées, on les réunit par paires, poils contre poils, eton les porte h l’étuve où on les sèche le plus rapidementpossible. On mouille ensuite ces peaux du côté de lachair avec une éponge imbibée d’eau de chaux fort éten-due, on les accole deux à deux du coté mouillé, on lesempile en tas que l’on charge de pierres, et on laisse re-poser en cet état pendant douze à vingt heures. Lapeau étant alors assouplie, on arrache le poil ou on ljcoupe avec un couteau tranchant très vif, ce qui se faitsouvent sur les peaux de castor et de lapin, afin délais-ser dans la peau la bulbe des poils.
Tous les poils coupés sont mis à part suivant leurs ,variétés. Les poils de castor sont les plus estimés pour la Ifabrication des chapeaux fins ; vient ensuite le lièvre,où l’on distingue plusieurs qualités de poils : celui dudos, qui est le meilleur, puis celui de la gorge, et enfincelui du ventre* Le lapin sert à la chapellerie commune.Enfin, pour faciliter le feutrage ou ajoute toujours,comme nous l’avons dit, une certaine quantité de lained’agneau, de chameau ou de vigogne. En général, pourles chapeaux les plus fins, on forme la chaîne ou fonddu feutre avec un 1 /4 de laine de vigogne rouge, à la-quelle on ajoute ensuite- 3/4 de poil de castor, ou pouren tenir lieu, autant en poil d’arête de lièvre ; si l’on di-minue les proportions de ce dernier, ou qu’on y substi-tue du poil de chameau ou du poil de lapin, et en outreque l’on remplace la vigogne par de la laine plus gros-sière, le feutre perdra de plus en plus de sa finesse.
Les hunes et poils étant pesés, on leur donne deux outrois tours de cardes pour les bien diviser, puis on lespasse à Yarçonncur ; cet ouvrier doit son nom à l'arçon,instrument composé d’un are fixé au plancher par sonmilieu, et dont les extrémités sont réunies par une cordefortement tendue, que l’on peut faire vibrer au moyend’un fuseau ou coche terminée par un bouton. Les poils,placés en tas sur une claie d’osier très serrée, sont tra-versés par cette corde, qui, mise en vibration, les agiteet les mélange intimement. Lorsque le mélange est faiton vogue l’étoffe, c’est-à-dire, qu’au moyen d’un brusquearçonnage, les poils, enlevés à une certaine hauteur,retombent sur la claie dans un grand état de raréfac-tion ; on vogue encore une seconde fois afin de formerune couche égale de poils, et l’on procède au bastissageou premier degré de feutrage.
La quantité de poils nécessaire à la confection d’unchapeau, est divisée en plusieurs lots ou capade s. En ensupposant deux, ce qui est le eas le plus ordinaire, voicicomment on agit : on humecte la feu-trière, forte toileque l’on étend’sur une table, et ou y place la premièrecapade, on applique dessus une feuille de papier mouillé,puis la seconde capade, et on replie la feutrière. Alorson plie et replie dans tous les sens, on humecte de tempsen temps, pour empêcher l’adhérence du poil à la toile,et on continue jusqu’à ce que les deux capades, déjàassez consistantes pour ne point s’étendre, soient pour-tant encore assez molles pour être réunies en un seulfeutre par l’opération suivante, qui consiste à les re-mettre en feutrière, à les unir par les bordures au moyende marches et remarches successives, et à en former unesorte de cône creux que l’on a soin d'ouvrir fréquem-ment pour décrocher et changer les plis. On entretientla moiteur et la souplesse au moyen d’aspersions fré-quemment répétées. Des feuilles de papier interposéesempêchent l’adhérence là où elle ne doit point avoirlien, et lorsqu’il se présente des endroits faibles, on lesfortifie avec une pièce d'étoupage ou morceau d’une capade destiné à cet usage.
La pièce suffisamment feutrée, et ayant déjà la formed’un bonnet, est portée à la foule dont le travail la rendplus étoffée et plus ferme. La foule représentée en perspective fig. 399, est un atelier composé de huit bancsinclinés B, C, rangés autour d’une chaudière A, remplie
u’eau acidulée par de l’acide sulfurique ou du tartre etmaintenue à une température d’environ 80“ C. Chaqueouvrier y plonge son feutre qu’il retire presque ausMtôt,
le place sur son banc ou il s’égoutte, le presse d'abordavec un rouleau de bois, l’arrose d’eau froide, puis con-tinue pendant deux à quatre heures à le presser ou fou-ler en tous sens, tantôt en dessus, tantôt en dessous,premièrement avec les mains nues, puis vers la fin dol’opération avec les mains garnies de manicles ou se-melles de cuir ; c’est à ce moment aussi qu’il commenceà brosser l’étoffe, ce qui enlève le jarre et lui donne dulustre.
Le feutre étant foulé, on le dresse en le plaçant surune forme dont on le force a prendre le contour en lepressant fortement avec les mains, et en ramenant tou-jours l’étoffe du centre à la circonférence ; opération quel’on facilite en maintenant l’etoffe bien mouillée d’eauchaude. On forme Ica bords on attachant l'étoffe sur lebas de la forme avec une forte ficelle, en relevant lesbords avec soin, et les tirant en long ot en large. Onlaisse sécher le chapeau, puis on le polit à la pierreponce, ensuite avec de la peau de chien, et quand il estbien uni on lui donne quelques coups d’un carrelet trèsdoux, enfin on l’éjarreen arrachant avec des pinces lesjarres qui paraissent au-dessus du feutre; en cet étaton le porte à l’atelier de teinture. Le bain qui sert à lateinture, se prépare avec 1,000 parties d’eau, 25 partiesde bois de campêche, 2 de gomme du pays, et 4 de noixde galle concassée; on fait bouillir pendant 2 heures etdemie en agitant de temps en temps le mélange, et onajoute 7 parties de vert-dc-gvis et 12 parties de sulfatede fer. Aussitôt après, on dispose les chapeaux dans lebain, par couches, en plaçant la première sur la tête, laseconde sur la forme, etc.; on couvre le tout avec desplanches que l’on charge de poids. Au bout d’une heureet demie les chapeaux ont reçu la première chaude; onles retire, on les égoutte et on les expose à l’air pourfaire passer le fer au maximum d’oxydation : c’est cequ’on appelle donner l'évent. On donne ainsi aux cha-peaux trois chaudes et trois évents, et l’on a soin d'ajou-ter à la dernière 3 parties de vert-de-gris et 4 parties desulfate de fer, dans le bain. Pour abréger l’opération onse sert en Angleterre de nitrate de fer, et en France d'acétate ou de pyrolignite de fer. Enfin le teinturierfait bouillir les chapeaux dans de l’eau de source, pourles dégorger, les étire pour effacer les plis , relève lespoils à l’aide du carrelet, et fait sécher à l’étuvc ; puisil brosse à sec, lustre en brossant de nouveau à l’eaufroide, remet à l’étuvc pendant une heure, et livre enfin àl'anprêteur.
L’apprêt est composé de gemme arabique ou d'unmélange de colle-forte et de gomme du pays. Le cha-peau est placé dans le trou d’une table et ne pose quepar les bords. L’ouvrier trempe une brosse dans l’apprêt,en imprègne la surface inférieure du bord sans atteindre