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CHARRUE.

CHARRUE.

terre avec son groin, dont la forme a été imitée danscelle du soc de la charrue. Mais il est probable qu’a-vant d’adopter cet instrument, qui appartient déjà àune culture améliorée, on a dû se servir, pour entr’ou-vrir la terre, d’un pieu, d’une branche de bois crochue,durcie au feu, ou d’un caillou, d’un os ajusté en formede pic. Plus tard, lorsque l'homme eut dompté le che-val et le bœuf, on adapta au soc un manche pourrendre sa direction plus facile et un crochet ajusté demanière à faire tirer ces animaux. Puis quand on sub-stitua le fer au bois ou à la pierre, invention que lesGrecs attribuent à Cérès, le travail du laboureur futsingulièrement perfectionné. Ce premier type des in-struments de la grande culture se trouve encore, avecde légères modifications, dans l’Inde, en Egypte , chezles Arabes, en Espagne, et meme en France . C’estYarairc des premiers âges.

Les Grecs distinguaient deux espèces d’araires, l’unesimple, l’autre composée : l’araire simple consistait enune seule pièce de bois recourbée. L’extrémité qui pé-nétrait dans la terre formait le sep : l’autre se relevaiten forme de crochet, auquel on attelait un bœuf ou unâne.

La flèche et les manches qu’on y ajouta formèrentl'araire composée. Hésiode conseille à son frère Persès d’avoir les deux espèces d’araires, et d’employer lelaurier ou l’orme pour le timon et le chêne vert pour lemanche.

L’araire soulève la terre plutôt qu’elle ne la retourne.Pour obvier à cet inconvénient, on y ajouta des ver-soirs ou oreilles, employés principalement pour formel-les sillous et recouvrir la semence. Telle est encoreaujourd’huf l’araire du midi delà France , l’instrumentle plus simple et le plus facile à manier, dans une cer-taine nature de terre, mais cependant un des plus diili-ciles à bien construire, à cause meme de sa simplicité,pour que les efforts de traction produisent le plus grandeffet utile possible.

Pline attribue aux habitants do la Gaule cisalpinel'invention de la charme à roues ou à avant-train. LesRomains y ajoutèrent un coutre , ou couteau, pour cou-per la terre en avant du soc et en faciliter l’action.

En résumé, les divers objets qu’on se propose dansl'emploi de lu charme, dit M. de Morogucs (dans leDictionnaire d’Agriculture), c’est-à-dire de couper, di-viser, retourner et ameublir la terre, sont mieux etplus complètement atteints par la houe et la bêche ;mais ces deux instruments, en raison de la lenteur dutravail qu’on en obtient, no sauraient convenir à l’ex-ploitation d’étendues tant soit peu considérables deterrain, et ne peuvent être employés que dans le jardi-nage et dans la petite culture. Un pays d’une vastesuperficie et couvert d’une population nombreuse veutêtre, dans son ensemble, cultivé par des moyens à lafois plus rapides et plus économiques; c'est ce doublebut que la charrue doit remplir. Mais la charrue attein-dra d’autant mieux ce but, et pourra être regardéecomme d’autant meilleure que son travail approcheradavantage de celui des deux instruments qu’elle sup-plée, la houe et la bêche.

La charrue doit à la fois trancher la terre horizonta-lement et verticalement, et la renverser soit à droite,soit à gauche, soit des deux côtés à la fois, en la faisanttourner sur son axe, pour qu’elle soit à portée del’action de la herse qui doit la briser et la pulvériserentièrement. Ces divers effets s’obtiennent au moyeudu coutre qui coupe verticalement, du soc qui tranchehorizontalement, et du versoir ou oreille qui renverse.Nous traiterons plus loin, en détail, de chacune de cesparties constituantes de la charrue.

La diversité des terrains et l'imagination des culti-vateurs ont donné naissance à une grande quantité decharrues, qui diffèrent entre elles par des détails assez

importants, et dont l’usage a plus ou moins démontr*l'opportunité. Nous parlerons tout à l'heure de celle quinous semble la mieux raisonnée, et dont l’apparition aoccasionné une véritable révolution dans la culture.Disons d’abord quelles sont pour une charrue les con-ditions de bonté, posées en principe par la Sociétécentrale d’Agriculture, dans son programme pour h.perfectionnement des charrues :

■1“ Que le laboureur 11 ’ait pas besoin d’aide, c’est-à-dire qu'il conduise en même temps le soc et Faite-lage ,

-* Que la charrue soit simple et composée des seulespièces nécessaires;

3“ Que l’attelage qui tire soit du plus petit nombre-possible de bêtes ;

4“ Que le soc soit plat et tranchant, tout autre figurerecevant des résistances vicieuses ;

o" Que l’oreille (ou les oreilles de la charrue, si elleen a deux) soit disposée de manière qu’elle nettoie parfaitement le fond de la raie et range les terres sur 1<-côté ;

O” Que le labour soit, en même temps, d’une profon-deur convenable et le plus étroit possible ;

7° Que la charrue obéisse avec précision, dans tou*scs mouvements, à celui qui la conduit;

8" Qu’elle ne fasse que ce qui est nécessaire, car cequi ne l’est pas est nuisible.

A ces conditions générales, Thaër, dont le nom est siconnu en agriculture, ajoute les suivantes :

Que la charrue n’exige pas une trop grande adressede la part du laboureur, et ne lui occasionne pas untravail trop pénible ; qu’elle ne soit pas très coûteuse:qu’elle soit durable et peu sujette à se détraquer ; enfinqu’elle puisse être réglée sans peiuc, de manière à la-bourer plus ou moins profondément et à détacher destranches tïe la largeur la plus convenable, et que cesdispositions soient indépendantes de l’action du laboureur, soit parce qu’on ne peut pas toujours s’eu fier àlui. soit parce que les bêtes de somme ont plus de peinelorsque le laboureur est en lutte contre la tendance na-turelle de la charrue.

Nous avons dit que les parties essentielles d’unecharrue étaient le soc, le versoir et le coutre ; à celles-làil faut ajouter le sep, Yâge ou là haie, le régulateur et lemanche.

Le soc. — Le soc destiné à détacher la bande deterre, concurremment avec le coutre et à la soulever euavant du versoir, varie à l’infini d’aspect et de dimen-sions. On peut cependant ranger tous les socs en deuxgrandes divisions : les socs ayant la forme d’un fer delance, tranchant des deux côtés, et les socs à une seuleaile, terminés du côté qui en est privé par une liguedroite alignée avec le corps de la charrue. Les premierssont indispensables pour les charrues à double versoirou à tourne-oreille ; les seconds s’appliquent aux char-rues à versoir fixe. Le soc se compose de deux parties,l’aile et la souche. La bande qui forme et qui avoisine lapointe et le tranchant s’use seule dans le travail, etcomprend ce que M. Mathieu de Doinbasle nomme lamatière à user La proportion entre ces deux parties peutvarier considérablement. En Belgique , sur un soc de9 à 12 kilogrammes, il n’y a guère que un ou un ki-logramme et demi de matière à user, proportion défa-vorable, car le soc est d'autant meilleur sous le rapportde la dépense de renouvellement que la souche est enpoids dans une moindre proportion avec la matière àuser. Dans la charrue, dernier modèle de Roville, le socne pèse plus que 5 kilogrammes, sur lesquels la matièreà user est de t kilogramme.

Tour attacher le soc an sep, on se soit d’une douillei ou ensochure, ou mieux, suivant la méthode ameri-I caine, on fixe le soe à la partie antérieure et inférieure! du corps de la charrue par deux boulons a écrous, que