COLORATION DKS BOIS.
COLORATION DKS BOIS.
exactes. Des bois ainsi préparés sont d’ur. très bonusage; ils lie travaillent plus.
Nous nous sommes à dessein renfermés dans les gé-néralités. Assurément tous les bois ne se comportentpoint de même pendant le temps de la dessiccation ;Tonne, le hêtre et certains arbres fruitiers peuvent êtretraités avec moins de ménagements ; mais il en est d'au-tres aussi pour lesquels il faudra redoubler d’attention ;on conçoit qu’il faudrait passer en revue chaque espècede bois, et cette revue nous entraînerait beaucoup troploin; les préceptes généraux que nous avons énoncés,appliqués avec sagacité et prudence, suffiront dans lapresque totalité des cas. Nous allons maintenant nousoccuper de la coloration de ces mêmes bois.
Coloration. Les bois chers, les bois exotiques ont ra-rement besoin d’être colorés artificiellement ; leurs ri-ches nuances sont un présent de la nature, et ce n’estguère que pour imiter ces nuances sur nos bois indigè-nes que nos ouvriers ont recours aux couleurs factices.Nous n’entendons nullement parler dans cet article dospeintures opaques, quelle que soit la couleur employéepour enduire les bois, surtout ceux qui sont exposésdehors aux intempéries des saisons, et dont on les re-couvre plus dans un intérêt de conservation, que dansl’intention de les embellir. Cet art est compris danscelui du peintre en bâtiments, dont les brosses recou-vrent indifféremment le bois, le fer, le plâtre. Ce quenous entendons par coloration des bois c’est l’art d’a-jouter des tons plus vifs à la teinte naturelle de ces bois,tout en conservant les caprices de leur veinage, de tellesorte que le connaisseur puisse toujours dire, malgrénotre coloration : voilà du frêne, voici de l’orme, de l’é-rable, etc.
On connaît deux modes de teintures qui n’ont point cha-cun un nom distinct, mais qui n’en sont pas moins deschoses absolument différentes. Le premier et le plus an-ciennement connu, ie moins intéressant de nos jours,est celui qui consiste à donner à certains bois une teinteuniforme, verte, bleue, rose, rouge, jaune, et autres.Les bois ainsi teints servaient dans la marqueterie,dans l’ébénisterie du temps ; on produisait par la décou-pure des pièces, leur placage, leur agencement symé-trique, l’opposition des teintes, des effets fort piquants,des rayures agréables, des dessins variés qui n’étaientcertes pas dépourvus d’agrément, et qui exigeaient del’ouvrier chargé de leur exécution beaucoup de goût etd’habileté. La mode, cette souveraine absolue et capri-cieuse, n’a plus voulu les découpures coloriées : il afallu subir sa loi ; mais comme elle est sujette à varier,à retourner en arrière, à reprendre ce qu’elle a pro-scrit, nous devons dire par quels moyens on donne auxbois ccs teintes plates qui faisaient l’ornement des meu-bles de nos pères. Déjà maintenant on en est revenu àla mosaïque riche, aux découpures ; on n’emploie en-core que les bois blancs ou foncés, dans leur cou-leur naturelle, l’ivoire, la nacre, l’écaille, la baleine, leenivre, l’argent. On fait mieux et plus beau qu’on nefaisait jadis ; mais aussi le prix est plus élevé, et si cegoût persiste, il faudra bien en revenir aux bois teintspour satisfaire aux demandes des consommateurs peufortunés.
Les bois, si l’on en excepte les bois tendres et po-reux, et le poirier cultivé, ne sont jamais entièrementpénétrés par la couleur, lorsqu’ils sont débités en mor-ceaux d’une certaine épaisseur. Avant de les teindre,on doit donc les réduire en planches de l’épaisseur d’unfort placage, c’est-à-dire de deux millimètres environ.Amenés à cette épaisseur restreinte, les bois prenant lacouleur en dessus et en dessous en seront facilementtraversés, et la teinte n’en sera pas variable, si le rabotou le grattoir en enlève plus dans un endroit que dansl’autre, comme cela a lieu lorsque le-bois n’est que su-perficiellement coloré.
On doit concevoir que les bois blancs sont seuls sus-ceptibles de recevoir les couleurs tendres, telles que lerose clair, le bleu-ciel, le jaune, le vert-pomme ; ainsidonc, les bois à choisir, dans ce cas, seront l’érable etses variétés, sycomore, platane et le mûrier. Le houx estrare, on le réserve pour le blanc uni ; le peuplier, lemarronnier d’Inde sont trop mous ; ils prennent ce-pendant bien la teinture ainsi que le bouleau ; mais ilssont rarement employés, si ce n’est le marronnier quis’emploie blanc et dans son état naturel. L’aulne, lefrêne, le noyer blanc, le cerisier, le hêtre, certains pom-miers, l’alisier jeune et autres bois blanchâtres pren-dront bien des teintes plus foncées, telles que le rouge,l’orangé, le vert, le bleu; enfin l’orme, le cormier, lenoyer d’Auvergne, le prunier, le buis, et autres boisprendront bien des teintes encore plus foncées; quant aunoir, il peut être employé sur toute espèce de bois.
On trouve dans tous les ouvrages qu’on a faits surTébénisterie une foule de recettes pour la teinture de*bois ; ces recettes mises en exécution avec attention etdiscernement donnent généralement toutes d’assez bonsrésultats; chaque ouvrier en adopte une qu’il vante àl’exclusion des autres; mais très souvent l’excellencede sa recette n’est due qu’à l’usage journalier qu’il enfait, or on finit par bien faire ce qu’on fait souvent etlongtemps. Ne pouvant rapporter ici toutes ces recettes,qui ne sont d’ailleurs plus guère employées, nous nouscontenterons d’en donner une seule pour chacune desprincipales teintes.
Avant de teindrelesbois, il faut les soumettre aune opé-ration préparatoire, qui consiste aies tromper dans unedissolution d’alun, ou bien dans un bain d’eau de chaux.Certaines couleurs cependant sont assez pénétrantes pourqu’il soit permis de se dispenser de cette préparation.Lorsqu’ensuite il s’agit de teindre, il y a deux manièresd’opérer : la cuve, et le pinceau ou l’éponge. Si les boisont peu de volume, on les met baigner dans la c.uve, ilsprennent alors plus facilement la teinture; mais s’ilssont trop grands pour pouvoir entrer dans une cuve,on a recours au pinceau ou à l’éponge : quand les boissont dans la cuve, il ne faut pas trop pousser le feu, ilfaut que le bain soit chaud, mais non pas absolumentbouillant. Si on teint avec l’éponge on le pinceau, lacouleur doit être tenue plus chaude, parce qu’appliquéesur le bois elle se refroidit toujours assez promptement.Certaines teintures se font à froid, alors on laisse le boistremper jusqu’à ce qu’il soit entièrement pénétré.
Couleur rouge. C’est la plus usitée; onia fait avecle rocou ; on le coupe par morceaux qu’on met dissoudredans l’eau bouillante, et l’on dorme plus ou moins decouches de cette teinture, selon que Ton vent que la cou-leur soit plus ou moins foncée ; le rocou donne une cou-leur rouge-orangée qui imite fort bien les couleurs na-turelles. La garance contient deux matières colorantes :l’une blonde, très soluble à l’eau, l’autre beaucoupmoins soluble, qui est d’un beau rouge. La garance nedoit point être portée jusqu’à l’ébullition, car à ce degréde chaleur sa couleur s’altère. Avant de teindre avec lagarance, il faut faire tremper le bois pendant quelquetemps, une heure ou deux, dans un bain d’acétate d’a-lumine, et on prépare la solution de garance en mettantun hectogramme de cette racine pulvérisée par litred’eau, plus ou moins, selon que l’on veut foncer la cou-leur. On peut, pour rendre la teinture encore plus écla-tante, y ajouter un peu d’étain dissous dans l’acidenitrique, avec les précautions qu’on doit prendre en fai-sant cette dissolution ; mais cette addition n’est pasd’une nécessité absolue et la couleur est suffisammentbelle sans étain. L'orcanette fournit une teinture trèsagréable et d’un facile emploi ; on en met dans de l’huilede lin chauffée modérément, et lorsque l’huile est bienrouge on l’étend sur ce bois. On en met plusieurs cou-ches si Ton veut une couleur plus foncée, on frotte en-