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A-F.
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OLORATIOX DES BOIS

COLORATION DES BOIS.

On a toujours pensé que l’on parviendrait à rendreles bois inaltérables, si l’on pouvait faire pénétrer dansleurs pores certaines substances dont l’effet serait decombattre les causes de détérioration qui hâtent plus oumoins leur décomposition. Pour obvier à l’inconvénientdes vers, on voulait les saturer de sels ou de composésmétalliques ; pour s’opposer à la gerce on s’eflorçait de»eur faire absorber de l’huile ou des résines, etc., etc.,pour les dégager de la sève et des autres parties extrac-tives sujettes à la fermentation on les plongeait dansl’eau; mais on n’arrivait jamais qu’à des résultats trèspou satisfaisants, parce qu’une idée très simple n’étaitencore venue à personne. Cette idée, M. Boucherie l’aconçue; rien de plus vulgaire cependant : Faire entrerpar un bout et sortir par l'autre. Quand on voulait faireentrer dans le bois du sel marin on plongeait le boisdans l’eau de mer. Qu’arrivait-il? l’eau faisait effortpar les deux bouts, mais il ne s’établissait pas de cou-rant, l’eau n’entrait pas, et la sève loin d’ètre chassée,restait emprisonnée dans le bois, et ne se dissolvait quepetit à petit, et après un temps si long que le bois lui-même était altéré par son séjour dans l’eau prolongébien au-delà de ce qu'il aurait fallu. Cette idée de fairepasser un liquide quelconque à travers le bois, comme àtravers un tuyau, n’est même pas venue de suite audocteur à qui nous le devons. C’est en anatomiste qu’ila d’abord opéré, c’est sur la nature vivante qu’il a faitses premiers et heureux essais. Il a fait opérer à des ar-bres sur pied, des liquides divers introduits dans letronc, et ses liquides se sont répandus dans tous lescanaux, et sont montés jusqu’aux derniers rameaux,jusque dans les feuilles, et ont pu déposer dans les fi-bres du bois les parties colorantes auxquelles elles ser-vaient de véhiculé. Mais notre mission n’est pas de suivrepas à pus l’historique de cette belle découverte, nos lec-teurs connaissent les rapports faits aux académies etaux sociétés savantes ; ils ont vu des échantillons admi-rablement bien colorés exposés à tous les regards dansles solennités de l’industrie nationale; nous devons seule-ment nous livrer à l’appréciation de ces faits, pour cequi concerne l’objet qui nous occupe, la conservation etla coloration des bois.

Relativement à la conservation, nous pensons que laquestion ne pourra être jugée en dernier ressort quepour l’avenir : c’est au temps seul qu’il faut s’en rap-porter. On présume bien que le moyen sera bon ; maison ne peut encore que présumer : toutes les probabilitéssont en faveur de la découverte de M. Boucherie : maisce ne sont toujours que des probabilités. Quant à laprompte dessiccation qui permet d’employer le bois trèspeu de temps après l’abattage sans qu'il se gondole ouse tourmente, c’est un fait qui semble acquis, et qui estde la plus haute importance.

Relativement à la coloration . la question est résolue,le temps ici n’a que faire : la lumière pourra bien affai-blir certaines teintes ; mais d’autres résisteront, et aucundoute n’est permis sur la réussite. Cette méthode permet defaire ce qu’on n’avait jamais fait, et de faire mieux cequ’on faisait. Il ne reste plus qu’a multiplier les essais :c’est ce que nous avons cru devoir faire, et nous invitonsles personnes qui seront à même d’en faire autant detravailler aussi de leur côté; à force de tenter sur dessubstances diverses, en suivant la route ouverte parM. Boucherie, on arrivera infailliblement à trouver debelles et bonnes choses. Le principe sera certainementfécondé, la base étant solide, l’édifice ne peut manquerde s’élever.

Mais comme un simple particulier possède rarementces grands moyens d’actions dont les établissements pu-blics peuvent disposer, comme il serait possible qu’unami du progrès dési-ât répéter les expériences, plutôtdans l'intention de se rendre utile aux industriels enagrandissant le cercle de leurs connaissances et de leurs

ressources, que dans celle de faire par lui-même, et àson prolit l’application des procédés que le hasard aurapu lui faire rencontrer : nous devons simplifier sa beso-gne en lui faisant part des moyens que nous avons em-ployés pour faire passer les liquides à travers les bois»et aussi lui dire à quelles préparations nous avons enrecours, aiiu qu’il ne perde pas un temps précieux àessayer de nouveau, ce que nous avons inutilement es-saye. Nous n’avons encore fait que peu de choses ;mais la connaissance de ce peu que nous avons fuitpourra être utile.

Nous devons prévenir d’abord le lecteur quo nousn’avons eu la possibilité d’agir que sur des bois d'undiamètre restreint ( 2 décimètres à 2 décimètres 1/2),et abattus six ou huit mois avant nos essais. L’inspec-tion des loupes fera reconnaître que ces sortes de boissont impropres à être soumis aux expériences. Dans lesloupes, le fil est tellement contrarié, mêlé, qu’il n’estguère possible d’imaginer que le liquide puisse en suivreles sinuosités ; et, cela fût-il possible, on ne pourrait en -core se flatter de réussir, puisque le fil revient presquetoujours sur ses pas, et ramènerait très souvent le li-quide à la surface de départ. D’ailleurs, ces extravn-sements de sève, ces superfétations ligneuses qu’onnomme loupes, forment un bois très serré, et d’une na-ture toute différente que le bois de l’arbre sur lequelelles végètent. On ne devra opérer que sur des bois àfil direct, ou à peu près direct. Le chêne se présented’abord ; mais, si l’on en excepte le chêne desVosges , dît chêne de Hollande, dont le grain est serré,le chêne n’est pas un bois d’un emploi commode en ébé-nisterie et au tour. Lut-il agréablement coloré, songrain grossier, ses pores ouverts et apparents, son filchanvreux, ne le feraient jamais beaucoup rechercher; lehêtre, le noyer, et surtout le noyer blanc, semblentattendre la couleur pour devenir des bois précieux: ilen est de même de l’alisier, le meilleur de tous les boisde tour, de l’érable, du platane, qui se travaillent sibien au rabot; et qui deviendront des bois recherchéssi on peut leur donner artificiellement ce que la natureleur a refusé : la couleur. L’est donc sur ces bois, <-tquelques autres semblables, que doivent être dirigés lesefforts des expérimentateurs.

On prendra un rondin bien sain, d’un bois nouvelle-ment abattu, scié carrément, par les deux bouts, et au-tant que possible encore recouvert de son écorce; on leposera dans une position verticale et on enroulera au-tour de l’un de ses bouts une large bande de cuir quidevra faire au moins deux fois le tour du rondin ; pourque cette bande s’applique bien parfaitement sur l’é-corce du bois, qui n’offre pas toujours un cercle régu-lier, on aura soin delà mouiller à l’avance, afin de lurendre très souple; puis, avec une bonne corde, on laserrera fortement sur le bois de manière à produire unétranglement. Si on a bien serré la corde, sur la peau,elle adhérera tellement à l’écorce que l’eau ne pourrapasser entre cette bande et le bois. Si quelque irrégula-rité dans l’écorce laissait un passage à l’eau, on bouche-rait cette issue, soit avec de l’argile grasse, soit avecde la cire, soit avec une cheville de bois ajustée. Toutela partie de la bande de cuir qui dépassera le bois for-mera une espèce de gobelet, dont le bois debout formerale fond. On posera alors ce rondin, soit dans une augeen pierre, soit dans un baquet, ou tout autre vase pou-vant contenir l’eau et supporter le poids de l’arbre, dansune situation verticale ou à peu près, puis on remplirad’eau le gobelet formé par l’excédant de la bande decuir. Une figure fera de suite comprendre ce que notredescription pourrait avoir d’obscur. Soit A (fig. 555),le morceau de bois dont on veut extraire la sève; onpourra le mettre debout contre un mur dans une cour,à l’ombre, et, si l’on ne lient pas à examiner les li-quides qui en seront extraits, le faire reposer sur le sol