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CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS. CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS .

les choses ne tournèrent pas ainsi, et l’enseignementpratique fut bientôt sacrifié à l’enseignement théorique,qui est certainement d’une haute importance, mais qui,pour les travailleurs, pour les ouvriers, est d’une utilitémoins directe que le premier. Nous ne sommes pas deceux qui affectent un superbe dédain pour fart ora-toire ; nous pensons que dans beaucoup de circonstan-ces, la parole est un grand moyen de civilisation, depropagation des bonnes idées, de perfectionnement mo-ral; mais nous sommes obligés de convenir avec beau-coup de bons esprits, qu’on a un peu abusé de ce moyen,tout divin soit-il, et cela depuis 1814 surtout. Il fallaitnu Conservatoire beaucoup faire et peu parler; c’esttout le contraire qui a eu lieu depuis cette époque; cen’est point avec des paroles seulement qu’on enseigneun art, un métier; c’estsurtout par l’action, par l’exem-ple : cela est vrai pour les arts et métiers ; cela estmême vrai souvent pour les sciences : il faut des ma-nipulations au chimiste, il faut à l’astronome des nuitspassées à observer; il faut au médecin l’anatomie, laclinique. Si l’on en excepte la classe de dessin linéaire,on accorda bien peu de chose à la pratique, on donnabeaucoup à la parole ; on institua des chaires, confiées àdes hommes sans doute très éloquents; mais l’opiniond’hommes savants a été que c’étaient des ateliers qu’ilfallait plutôt instituer; parce que, disaient-ils, dans lesarts et métiers, c’est faire, c’est produire, qui doit êtrele but; or, on ne fait pas en parlant ; mais on fait enfaisant. Ce n’est ni le bon vouloir, ni l'argent, il fautrendre cette justice, qui ont manqué; on a fait tout cequ’on pouvait; mais dans ce qu’on a fait, ce qu’on de-vait faire n’a malheureusement pas été fait. Notre con-science nous contraint à le dire, l’oxccs de la parole afait tort au Conservatoire .

Comme on augmentait sans cesse les collections demachines, de modèles d’instruments, sans qu’une hautesagacité présidât toujours infailliblement aux choix,il y eut bientôt encombrement, confusion ; et sans par-tager le blâme déversé par des esprits chagrins, encliusà une critique trop amère, nous devons convenir que lavisite de cet imposant établissement est devenue pourbeaucoup de gens, ou une promenade pure et simple,dans un lieu renfermant des objets dignes d’exciter lacuriosité, ou un casse-tête affreux pour celui qui veutretirer de sa visite ou d’utiles enseignements sur l’indus-trie en général, ou une instruction solide dans unebranche spéciale. La grande majorité des modèles re-présentent des instruments vieillis, dépassés, abandon-nés par la pratique- qui marche toujours; et l’indus-trie nationale ne pouvant plus retirer aucun profit dutemps passé à leur étude, le but de l’institution se trou-vait manqué, et de toutes parts on réclama contre cetétat de choses.

En -1837 ou 1838, le ministère lui-même reconnutque l’industrie nationale ne pouvait retirer aucun avan-tage de l’institution du Conservatoire des arts et métiers ,et une commission fut autorisée de rechercher les moyenspropres à utiliser au profit de notre industrie Vinstitutiondu Conservatoire des arts et métiers . Cette commissionétait composée de dix-lmit personnes, portant, pour laplupart, des noms justement célèbres; mais malheu-reusement presque tous étaient des hommes de cabinet,des employés, des professeurs ; il ne s’y trouva que peud'hommes praticiens, deux ou trois, et encore de cespraticiens qui s’occupent plus de l’ensemble que desdétails, plus de théorie que de pratique. Aussi, le ré-sultat des travaux, consciencieux d’ailleurs de cettecommission, fut-il la création de nouvelles chaires hajouter aux chaires déjà existantes, l’ouverture de nou-veaux cours c’était continuer, amplifier, ce qui existaitavant. L’institution du Conservatoire des arts et mé-tiers sera-t-elle par ce moyen utilisée au profit de l’in-dustrie nationa':? L’avenir répondra.

L’attention publique éveillée sur cette grande ques-tion proposée par le gouvernement à la commission ,plusieurs mémoires, fruits de méditations particulières,furent adressés au ministre, à l’effet d’aider les honora-bles membres dans leur travail. Que les idées proposéesdans ces mémoires fussent ou non réputées impratica-bles , l’intention de ceux qui les fournissaient étaitlouable, et bien que ces travaux n’aient pu être récom-pensés par la satisfaction qu’auraient éprouvée les au-teurs à voir leurs idées se faire jour ; peut-être les lec-teurs seront heureux de les retrouver ici. C’est cequi nous a déterminé à rendre public l’un de ces mé-moires. Les hommes spéciaux jugeront.

«.La question de liante importance qui

vous est soumise, pour la solution de laquelle le gou-vernement invoque l’appui de vos lumières et de votreexpérience, peut être envisagée sous plusieurs aspects.C’est, assurément, parce que cette vérité a tout d’abordfrappé les regards, que le ministre a cru devoir vousréunir en grand nombre, et qu’il a rassemblé en faisceau,dans la composition de la commission, toutes les hautescapacités dans chaque spécialité. L’industrie nationaleprofitera certainement des choix éclairés, et devra àvotre heureuse et patriotique intervention des enseigne-ments, des voies et moyens, qui lui imprimeront une sa-lutaire impulsion.

« Le Conservatoire des arts et métiers ne sauraitêtre considéré simplement comme de nobles archivesdans lesquelles les nationaux, et même les étrangers,peuvent à chaque instant, pour chaque profession, veniradmirer les efforts et les essais de nos pères laborieux ;il doit être de plus une école de brillant enseignementindustriel. La réputation méritée des professeurs, la li-béralité, la puissance de leur langage porteront sans *doute d’heureux fruits ; et les bonnes théories, les sainesdoctrines industrielles se répandront parmi nos ou-vriers.D’une autre part, au moyen d’une belle pu-

blication, de planches bien gravées, des modèles choisisse répandent dans tous les lieux où l’on travaille.

k 11 semble, au premier aperçu, que ces leçons, que cespublications, devaient suffire à tous les besoins de l’é-ducation industrielle; et, cependant, quelques personnespensent, et le gouvernement parait le reconnaître aussi,puisqu’il vous a réunis en commission, qu’il pourraitêtre ajouté encore quelque chose à ces moyens de per-fectionnement.

« Un besoin se fait sentir vivement en France , c’estcelui de bons ouvriers. Cette proposition paraîtra d’a-bord un paradoxe ; mais, en l’examinant attentivement,on reconnaîtra qu’elle est juste en tous points. Les ou-vriers français , il est pénible de le dire, mais nous de-vons avant tout dire la vérité, sont en arrière de ceuxde la Belgique, de la Suisse, de l’Allemagne ; nous neparlerons pas de l’Angleterre, elle est hors ligne, sasupériorité est incontestable etincontestée. Et, pourtant,la nature a doué l’ouvrier français de qualités qu’elle arefusées à l’anglais, au belge, à l’allemand , a toutesles autres nations ; elle lui a donné une imagination ar-dente, la facilité d’apprendre promptement, la sou-plesse, la soif de la gloire et de l’approbation ; elle afait, enfin, à l’ouvrier français , la plus précieuse deslargesses en lui donnant, plus qu’à tout autre, ce tact,ce sentiment du bon et du convenable, que nous appe-lons le goût. Heureuse faculté, qui seule, jusqu’à pré-sent, a soutenu sa réputation et l’a empêché d’être re-légué dans les derniers rangs des capacités européennes .Car on trouve en France beaucoup d’ouvriers habiles,adroits; mais peu, très peu qui soient instruits. Un in-génieur, un entrepreneur de grands travaux réaliseraplus aisément ses conceptions dans les pays dont nousvenons de parler que dans le centre de cette belleFrance qui a un renom si retentissant d intelligenceindustrielle.