CONSERVATOIRE DK S ARTS ET MÉTIERS. CONSERVATOIRE DES ARTS ET METIERS.
« Les écoles d’arts et métiers, si elles sont dirigéespar des hommes pratiques, seront de riches pépinières debons ouvriers, d’ouvriers instruits; mais ce n’est pasici le cas de nous occuper du bien qu’elles pourrontproduire, nous devons nous appliquer seulement à faireressortir à vos yeux quelle part importante le Conser-vatoire des arts et métiers peut réclamer dans l’instruc-tion industrielle, c’est-à-dire, dans la production desbons ouvriers; éléments radicaux de toute fabrica-tion. »
« Ainsi donc, pour que le Conservatoire des arts etmétiers puisse être utilisé ou profit de l'industrie na-tionale , il faut qu’il devienne une école industrielle quidote la France de ce qui lui manque, d’ouvriers in-struits, de bons ouvriers. Récapitulons ce qu’on a fait :voyons ensuite ce qui est à faire pour atteindre ce but. »
« Avant toutes choses, établissons bien clairementce qu’on entend par un bon ouvrier. Un bon ouvrier estl’homme intelligent, instruit, rangé, qui fait vite etbien. Ainsi, deux conditions essentielles : l’une morale,l’intelligence, la science, la bonne conduite : l’autretoute physique, faire vite et bien. Qu'a fait le Conser-vatoire des arts et métiers pour que ces deux conditionssoient remplies?
« L'intelligence, c’est un don particulier de la na-ture. Le Conservatoire des arts et métiers , non plusqu’aucune autre institution, ne pourra jamais doter de ceprésent celui qui ne l’aura pas reçu de ses pères; mais,heureusement, comme nous l’avons dit, l’intelligenceest chose commune en France .
« La science , les leçons, les cours, la parole des pro-fesseurs, l’exhibition des modèles, la publication im-primée et gravée des modèles, pourront la donner enpartie.
« La bonne conduite, c’est aux efforts des particuliers,c'est aux bons livres, tels que ceux qui ont été publiéspar M. Bergery de Metz , à donner aux ouvriers des ha-bitudes d’ordre, à en faire des hommes rangés; cettemission ne peut être celle des professeurs du Conserva-toire ; ils ne font pas des sermons, mais des leçons.
« Donc, relativement à ]n condition morale, leConser-vatoire, organisé comme il l’est, ne peut donner que lascience, ou du moins, partie de la science.
« Quant à la condition physique , donner les moyensde faire vite et bien, le Conservatoire , organisé commeil l’est, ne paraît nullement propre à la remplir.
« Quels ont été, en effet, les moyens employés pourque ces deux conditions se trouvassent suffisamment ?Ce fut, 1° l’exposition hebdomadaire des machines em-ployées dans toutes les parties des arts et métiers; 2° des-cours de dessin de ces mêmes machines, et d’autrescours, savamment appropriés à toutes les intelligencessur les théories mécaniques, chimiques, physiques, etsur l’économie industrielle.
« Ces moyens ont-ils été suffisants pour produire debons ouvriers, et en grand nombre? Non, ont dit lesmanufacturiers, les chefs d’usines, les directeurs d’ate-liers : Non, a dit le gouvernement, puisqu’il a nomméune commission chargée de rechercher les moyens d’u-tiliser au profit de notre industrie l’institution du Con-servatoire des arts et métiers .
« Pourquoi ces moyens ont-ils été insuffisants? Laréponse pourrait être brève; mais peu claire. Il convientdonc d’entrer dans les détails quelle comporte.
« L’exposition des modèles des machines ne peutsuffire, parce qu’elle ne dit point à l'ouvrier ce qu’il im-porte surtout de lui dire : Quels ont été le mode, lesmoyens d’exécution employés pour la confection dechaque machine, combien elle a dû coûter, en combiende temps elle a dû être faite... Quand un industriel,maître, contre-maître, ou simple ouvrier, voit une ma-chine à travers un vitrage, ou, même quand il peuttourner autour, peut-il se rendre raison de la somme de
force motrice qu'il faudra dépenser pour la faire fonc -tionner? Peut-il sc figurer quelle sera son allure? peut-ilsavoir quelle sera la qualité ou la quantité de ces pro-duits? l’affirmative est bien difficile à croire. Peut-il,lorsqu’il suit la longue file des machines exposées, qui,toutes, par des moyens divers, sont destinées à remplirla meme fonction, à donner les mêmes produits, discer-ner celle qui, seule, mérite de fixer son attention ? Celaest encore bien difficile à concevoir.
« Dans ce palais de merveilles, dans ce labyrinthe deféeries, quelle que soit la précision de son indicateur,et la complaisance à toute épreuve des préposés, pour-ra-t-il arriver juste à la rencontre de l’objet qu’il cher-che, qu’il vient chercher de très loin peut-être? En vain,fermera-t-il les yeux pour n’être point distrait à chaqueinstant, pour n’être point sollicité de s’arrêter à chaquepas, afin de réserver son attention entière et forte pourla spécialité qui l’amène dans le sanctuaire des arts;bien rarement il aura la chance de rencontrer cet objetdésiré ; ou bien, lorsqu’il l’aura rencontré, il ne pourras'en faire qu’une idée bien imparfaite qui s’effacera deson esprit avant qu’il soit rentré chez lui.
« Par ces considérations et par bien d’autres encorequ’il serait trop long de rapporter, les salles du Conser-vatoire sont remplies, aux jours d’ouverture, par cemême public, voyeur infatigable qui remplit les sallesdu cabinet d’histoire naturelle, les galeries de tableaux,celles des antiques, des médailles, les bibliothèques, etc.C’est un muséum que les oisifs et les touristes ont in-scrit sur leur carnet, qu’ils se croient dans l’obligationde visiter en voyant Paris . L’industriel, l’ouvrier, quipensent y trouver des lumières, n’en rapportent quedes maux de tête intenses.
« Mais la publication gravée, accompagnée d’untexte explicatif, qui reproduit les modèles principaux,n’est-elle pas une compensation à la fatigue produitepar l’agglomération de ces modèles? Pour les chefs demanufacture, pour les ingénieurs; oui, sans doute :pour les ouvriers, non.
« Pour qu’un homme puisse s’instruire au moyen dela communication, écrite ou imprimée, de la pensée, ilfaut que ce moyen lui soit depuis longtemps familier : ilfaut qu’il lise sans peine, sans travail, sans que cetteopération des yeux et de l’entendement le fatigue, etsans qu’elle exige de lui aucune contention d’esprit. 11faut que, dès l’enfance, ou du moins, depuis longuesannées, il ait fait un emploi fréquent de ce moyen detransmission, d’échange des idées. Celui dont toute luforce intellectuelle est absorbée par l’action clle-mêmodéliré, qui dépensera à l’accomplissement de cette ac-tion toute la force de son cerveau, celui-là ne retireraaucun profit de la lecture : et de même qu’une machinemal combinée absorbe toute la force motrice disponiblepour être mise en mouvement et n'en transmet que peuou.point pour l’effet utile ; de même, l'homme inculte,encore bien qu'il sache lire, s’il n’a pas fait de cet avan-tage un usage presque journalier, est incapable de rienapprendre par la lecture. C’est ce qui fait que nos ou •vriers n’aiment point lire, et ne lisent point, si ce n’estdes ouvrages futiles qui ne demandent aucune conten-tion d’esprit. Une lecture sérieuse est une fatigue poureux, et une fatigue sans résultat profitable.
« Les planches qui représentent les machines, pour-raient, jusqu’à un certain point, parer à cet inconvénient :quand on met, non seulement entre les mains des ou-vriers, mais même entre celles de personnes plus hautplacées dans l’échelle intellectuelle un livre accompa-gné de figures, c’est toujours aux figures qu’on s'adresse, d’abord, pour prendre une idée sommaire dol’ouvrage; mais encore, ici, il faut un long apprentissage, une habitude, un usage fréquent, pour se livreravec fruit à cette espèce de lecture, surtout lorsqu’il s'a-git de dessins de machines : souvent l'ouvrier* dans le*