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CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIERS . CONSERVATOIRE DES ARTS ET METIERS.

traits déliés et compliqués d’un dessin de mécanique, nevoit que des traits confus qui fatiguent son œi.l sansparler à sa pensée. Les gravures valent mieux que lesdescriptions pour les hommes incultes, mais ne sont en-core qu’un moyen bien insuffisant. C'est ce qui fait queles ouvrages, même les mieux faits, publiés pour les ou-vriers n’ont jamais produit tous les résultats qu’on étaiten droit d’attendre : les ouvriers ne les ont point lus.

« Les cours, les leçons orales, semblent, au premieraperçu, devoir produire de meilleurs effets : ici, la pen-sée se transmet par un agent dont les ouvriers ontl’habitude de 6e servir, la parole. Toute la force de leurentendement n’est pas absorbée par une opération in-termédiaire , la lecture. Elle se porte entière sur ce quedit le professeur; mais le langage des auditeurs n’estpas le même que celui du professeur qui leur parle : il estbien plus pauvre; beaucoup d’expressions sont ouïes pourla première fois ; ces auditeurs ne sont pas habitués auxlongues périodes, aux inversions; la conception est lentechez eux, ils ont besoin pour comprendre des longsrepos de leur dialogue, pendant lesquels leur espritélabore les phrases perçues; et cependant, au cours, lediscours du professeur s’écoule rapidement, incessam-ment ; les idées se succèdent rapides et fugitives, etassez souvent ils n’ont pas eu le temps de bien com-prendre celle qui fait la base, le point de départ de ladémonstration. Comment en suivraient-ils les corollai-res?_Les leçons orales, elles-mêmes, ne produisent

donc qu’un effet très limité.

« D'une autre part, les cours publics ont cet inconvé-nient grave, qu'ils ne s’appliquent et ne peuvent s’ap-pliquer, en effet, qu’aux théories, qu’aux préceptes; etque, par conséquent, ils s’adressent plus spécialement àceux cpii doivent commander qu’à ceux qui doiventexécuter : ils parlent aux maîtres et non aux ouvriers,ils tendent à former des manufacturiers, des ingénieurs,des directeurs de travaux ; mais nous sommes riches dece côté : ce sont les bons ouvriers qui nous manquent,elles cours ne sont point aptes à les produire. Vaine-ment a-t-on matérialisé l’enseignement de quelquesbranches, en faisant suivre la manipulation de l’expéri-mentation, lorsqu’elles ont été nécessaires à la démons-tration, dans les cours de chimie et de physique; ceslouables essais n’ont pas produit le bien qu’on en atten-dait. Ces cours ont servi à rectifier un peu les idées desdemi-savants; ils n’ont pas élevé au rang de demi-sa-vant celui qui ne savait rien : ils n’ont été d’aucun avan-tage pour l’ouvrier.

« Quant à la bibliothèque du Conservatoire , nousnous abstiendrons d’en parler, pour n'en point tropparler; nous avons établi plus liant que la lecture nepeut suffire seule à instruire les ouvriers ; nous n’en di-rons pas davantage à ce sujet.

« Ainsi donc, aucun des moyens employés, l’expo-sition des machines, les publications imprimées et gra-vées, les leçons orales, n'a produit l’effet désiré, la pro-duction en grand nombre des bons oa\ ri ers.

« Il faut donc chercher ailleurs que dans ce qui a étéfait jusqu’à présent les moyens à'ùtiliscr au profit de♦wtre industrie l'institution du Conservatoire des arts etmétiers .

<* Nous venons d’établir que ce sont les bons ouvriersqui nous manquent ; mais par ce mot ouvriers, on nedoit pas entendre seulement les journaliers ; l’artisanqui travaille seul, ou qui se fait aider dans son labeurpar un ou plusieurs ouvriers, est dans le même cas queces derniers : car, ce maître, c’est un ouvrier qui a ou-vert boutique ou chantier, et qui paye patente. Sortides rangs des journaliers, il n’a pas plus de savoir queles journaliers : il a seulement, lorsqu’il est plus âgé,plus d’expérience, on pourrait dire plus de routine.

« A Metz, à Paris, à Lyon, à Rouen , et dans quelquesautres centres d’activité industrielle, en cherchant bien,

ou pourrait toutefois rencontrer peut-être, peut-être l desouvriers intelligents, instruits; mais partout ailleurs lesrecherches pourront être vaines. Ce n’est pas que nousprétendions jeter du blâme sur les ouvriers des petiteslocalités. Cette pensée est bien éloignée de notre es-prit; nous savons pertinemment que dans les petiteslocalités, on rencontre en bien plus grand nombre quedans les grandes villes des hommes de bonne moralité,grands travailleurs, très adroits, très ingénieux, etd'autant plus ingénieux, qu'ils sont contraints, réduitsà leurs propres forces, d’embrasser plusieurs genres defabrication, et do réunir en eux les talents d’ouvriers di-vers: mais isolés, séquestrés, pour ainsi dire, ils nepeuvent jouir des découvertes faites par les aînés de l’in-dustrie, et prendre leur part des lumières répanduespar la communication des travailleurs entre eux, nisuivre les progrès des masses, qui, de leur nature, mar-chent toujours en avant. Ainsi nous pouvons affirmer,sans que les ouvriers isolés en plussent prendre ombrage,que, hors les grands centres d’activité industrielle, onpourra peut-être trouver un ingénieur, un architecte,mais que les ouvriers manqueront. Les plans serontbons, mais l’exécution mauvaise, et tellement chèrequ'il y aura souvent profit, lorsque cola sera possible,à faire venir de fort loin, de l’étranger même, quel quesoit le coût des transports, les mécaniques, ou autresobjets, qui auraient pu être confectionnés sur les lieux,si de bons ouvriers s’y fussent rencontrés. Chez nous,tout ce qui est fabrique, manufacture, usine, grand ate-lier, a fait des pas en avant, tandis que la boutique, lepetit atelier sont restes ce qu’ils étaient il y a trente ans.Et comme il y a dix mille boutiques pour une fabrique,et comme certaines fabrications, la serrurerie, la me-nuiserie, la maréclialcric, l'horlogerie courante, la re-liure, la ciselure, et beaucoup d'autres qui forment lamajorité des fabrications resteront boutiques ; c’est doncvers l’amélioration do la boutique qu’il convient de di-riger tous les efforts.

« Si l’on nous demande ce qui manque à la bouti-que, nous répondrons : des moyens d’exécution prompteet sûre, un outillage plus parfait, des méthodes de fairevite et bien, afin que l’ouvrier, pour le même prix, aug-mente la somme de ses produits, afin que ces produitsaugmentés soient en même temps plus parfaits, afin quel’aisance et le bien-être de l’ouvrier se trouvent aug-mentés dans la même proportion

« C’est l’outillage qui doit appeler d’abord toutel’attention; car le pioverbe dit : Les bons outils font iamoitié de la besogne. Or, jusqu’ici, cette partie radicalede toute fabrication manuelle a été, pour son perfec-tionnement, livrée à l’aveugle hasard; ce sont ordinai-rement les quincailliers et les marchands d’outils, quiseuls, dans leur intérêt privé qui n’a pas toujours étéd'accord avec le progrès, ont fait le peu de bien qui s’estmanifesté depuis une vingtaine d’années ; c’est le mar-chand qui très souvent a fait connaître à l'ouvrier l’ou-til qui était le plus propre à faciliter son travail, à aug-menter la masse de ses produits, et conséquemment lamasse de ses profits. C'est par son admirable outillageque l’Angleterre règne sur le monde industriel : c’estpar ses méthodes de faire vite et bien, et à bon marché,qu’elle écarte notre concurrence sur les marchés étrangers.

a Ces moyens d’exécution, cet outillage perfectionne,ccs méthodes de faire vite et bien, est-il au pouvoir del’institution du Conservatoire des arts et métiers de lesprovoquer, de les propager, de les faire connaître par-tout?... Nous pensons que cela lui est non seulementpossible, mais facile, et si on nous demande par quelsmoyens, nous répondrons : Par 1 établissement, dans lesein du Conservatoire des arts et métiers , de nombreuxateliers-modèles, qui seraient pour la majeure partie desmétiers et professions de véritables et utiles écoles in-