CORDES D’INSTRUMENTS.
CORDES D’INSTRUMENTS.
n’est pus un défaut pour lu qualité de la résistance,mais il est nuisible à la qualité du son ; car il n’est passuffisant qu’une corde résiste à la tension voulue, c’estsans doute sa première qualité, mais il faut aussiqu’elle soit moelleuse et qu’elle vibre convenablementpour donner des sons agréables; ces deux qualités, ré-sistance et pureté de son, sont donc indispensables pouravoir une bonne corde. Encore une troisième qualité,c’est la justesse des quintes pour les instruments àdoigts ; nous en parlerons plus bas.
Nous venons de dire qu’une tension de 7 kilos 1/2était suffisante pour une chanterelle; mais si elle nepouvait résister que tout juste à cette puissance, elle se-rait susceptible de casser promptement à cause desvariations hygrométriques. L’expérience a démontréqu’il fallait qu’une corde pût résister presque au doublede sa tension ordinaire, pour se maintenir plusieursjours sur un instrument dont on fait usage, et on con-çoit sans peine que toutes les fois qu’on met la corde envibration elle augmente de tension. On sera donc surd’avoir des chanterelles de bonne qualité si elles peu-vent résister à une tension de 43 kilos: mais si ellespassent ce chiffre, elles perdent alors eu qualitéde son.Cela se comprend facilement, car toutes les foÎ6 qu’unechanterelle sera plus résistante qu’une autre de memegrosseur, c’est qu’elle aura plus de densité et ellesera plus lourde, et par conséquent sa vibration plusdifficile ; c’est là ce qui rend les bonnes chanterelles sirares pour la musique vocale, car lorsqu’il s’agit dejouer la contredanse les chanterelles ne sauraient ja-mais être assez résistantes. Il en est de meme à l’égardde la seconde et de la troisième , comme elles ne doi-vent pas subir une tension pins forte que celle de lachanterelle, il faut qu’elles soient fabriquées avec desboyaux moins résistants : c’est ce qui avait lieu dans lesfabriques de Naples en fabriquant celles-ci dans les pre-miers mois de l’année. Mais en France on a une grandesupériorité pour la fabrication des grosses cordes, on ytue très peu d’agneaux et seulement lorsqu’ils sont trèsjeunes. Une fois la Saint-Jean arrivée les agneauxpayent le même droit que les moutons, et alors on cessed’en tuer ; mais ce n’est pas la seule cause qui em-pêche de tuer des agneaux, vu qu’en France on faitbeaucoup d’élèves en castrat, la qualité des laines per-mettant d’en tirer un assez bon profit ; aussi tue-t-ondes moutons toute l’année en France . Les boyaux y sontgénéralement assez gros et permettent de fabriquer dessecondes (!) à trois fils, et on obtient par là les deuxqualités: la résistance et le son. La grosseur d’un in-testin n’en fait pas la force ; il y a autant de résistancedans un petit que dans un gros. Cela explique pourquoiles chanterelles à trois fils sont meilleures que celles àdeux, et explique encore comment les deuxièmes à troisfils sont meilleures que celles à six.
Maintenant nous parlerons de la justesse de3 quintes,et c’est encore là une des plus grandes difficultés de fa-brique.
Ce qu’on entend par boyaux comprend les trois in-testins grêles, le duodénum, le jéjunum et l’ilion ; cestrois intestins n’en font qu’un, mais qui n’est pas de lamême grosseur dans route sa longueur, le petit boutest du coté du duodénum et Je gros du côté de l’ilion ;d’où il résulte qu’en faisant une corde à trois fils, ellesera toujours un peu plus grosse d’un côté que de1 autre, et c’est de cette inégalité de grosseur que ré-sultent de mauvaises quintes. Cet inconvénient n'existepas dans ies instruments qui ne sont pas doigtés,comme la harpe, aussi ces cordes sont-elles plus fa-
(0 U y a plusieurs départements eu France qui foiirnis-bCnt de très petits moulons, et principalement dans les en-mous de Lyon -; aussi dans celle vijlu n’y làbrique-t-on quedt-ij.cbajileielies a Z fils.
eiles à fabriquer que celles de violon. En résumé, unecorde doit avoir plusieurs qualités pour être parfaite.
La résistance, la qualité du son, la justesse desquintes pour les instruments doigtés, la transparence etla blancheur.
Nous allons maintenant indiquer comment on peutarriver à remplir toutes ces conditions par les moyen»de fabrique.
La fabrication en France est bien supérieure à celled’Italie , parce qu’on a cru longtemps que la supérioritéde ces dernières dépendait des procédés de fabrication ;c’cst pourquoi on s’est livré à de nombreuses expé-riences, et le plus mauvais fabricant de France aujour-d’hui travaille mieux que le meilleur fabricant d’Italie ,qui n’a aucun effort à faire pour obtenir de bons pro-duits lorsqu’il est dans la saison favorable, tandis qu’enFrance il faut un homme très exercé, et surtout à Paris où Von abat des moutons de tous les pays.
Les boyaux sont achetés des bouchers, et ce sont lesouvriers de la fabrique qui ouvrent eux-mêmes les mou-tons et retirent les boyaux tout chauds afin de les dé-barrasser des matières fécales. Tant que le boyau con-serve la chaleur de l’animal les matières fécales sontsans action sur lui, mais une fois qu’il est froid elles réa-gissent sur les membranes (1), et non seulement elle lescolorent plus ou moins fortement, mais encore elles lescorrodentau pointden’avoir plus de résistance dans lesplaces qui en sont imprégnées, c’est pourquoi il est dorigueur de vider les boyaux lorsqu’ils sont encorechauds ; lorsqu'ils sont vidés, l’ouvrier les met en liasse,et c’est dans cot état qu’ils sont apportés à la fabrique:on les attache alors pur paquets de 40, puis on les mettremper dans une rivière courante : 12 heures sont suf-fisantes. Lorsqu’on n’est pas à proximité d’une rivière,on les met tremper dans des cuviers à l’eau de puits,mais il est alors nécessaire de mettre un peu do carbo-nate de soude dans les eaux pour les adoucir; la pro-portion est d’environ 2 gram. par litre. Après cettemacération, les boyaux sont raclés sur une planche, una un, à l’aide d’une canne faite avec du roseau ; ce ra-clage a pour but de séparer la membrane muqueuse etla péritoniale, séchées qu’elles sont par l’effort du rft-. elage ; le boyau est alors réduit à 1 /20 e de son volume,car il ne reste que la membrane musculaire et unepartie de la cellulaire. Les boyaux sont ensuite placésdans des terrines par 40, on y verse dessus environ 2 li-tres d’eau de potasse marquant 2“ du pèse-sel (2) ; lesboyaux sont ensuite pris un à un et passés sous le dé,de manière à extraire le restant de la membrane cellu-laire, et tous les filaments qui n’auraient pas été en-traînés par l’action du raclage. Dans cette opérationles boyaux sont pris de gauche et passés dans une ter-rine à droite, qui contient également de l’eau de po-tasse, on répète cette opération trois fois, de 2 heuresen 2 heures, et le même jour. Ces boyaux sont passéssous le dé une quatrième fois à sec. On entend par pas-ser à sec lorsqu’on ne met pas d’eau de potasse dans laterrine de droite, puis on replace la terrine de droite àla gauche, et on repasse au dé une cinquième fois dansde l’eau de potasse marquant 3°, et enfin le lendemainet les jours suivants on continue de tirer à sce, puis àl’eau, matin et soir, ayant soin d’augmenter la forced’un degré à chaque passage jusqu’à ce qu’on ait atteintK)" du pèse-sel, ou environ 4° et 4/2 de l’aréomètrede Baume ; les boyaux sont alors suffisamment net-
(1) Les intestins sont composes de trois membranes trèsdistinctes, la muqueuse, la musculaire et la péritoniale, etune quatrième qui n’est pas susceptible de se séparer, o:qui se désigne sous le nom de cellulaire.
(2) Le pèse-sel dont nous voulons parler est construit c.ela'même manière que l’aréomètre de Baume, seulementchaque degré île l’arcomètre do .Baume est divisé eu 10 dan»le pèse-sel.