CROISEMENT.
CROISEMENT.
* nécessité nu secours de la nature qui se dégraderait
à l’infini, et donner à nos cavales des étalons étran-o gers et à nos elles aux, s’il est possible, des juments« étrangères. »
En faveur de cette opinion, on invoque la dégené-ration des belles races domestiques qu’on importe pouraméliorer les races indigènes ; on invoque égalementl’abalnrdissement de l’espèce humaine dans les con-trées pauvres et isolées, où les familles peu nombreusesse reproduisent sans alliances étrangères, et l’état flo-rissant des populations dans les localités où le com-merce entretient un mélange continuel entre différentspeuples.
Nous ferons d’abord remarquer que le crétinismedes populations isolées peut très bien s’expliquer parl'influence de la misère, de la consanguinité et de ladisposition géologique des lieux; et ensuite que beau-coup de races domestiques s’entretiennent et s’amé-liorent même sans croisements, quand on leur donneles soins convenables. La conclusion pratique qui dé-coule des faits observés, ce n’est donc pas la nécessitéde croiser sans cesse les races pour les maintenir ensanté, c'est de mélanger soigneusement les famillespour éviter les conséquences de la consanguinité, et den’entreprendre des croisements que lorsqu’on est con-vaincu que les produits trouveront dans le pays les con-ditions nécessaires à leur conservation.
Pour démontrer que les espèces organisées, aban-données a elles-mêmes, tendent toujours à dégénérer,on a rappelé aussi la nécessité où l’on est de renouvelersans cesse les semences pour certaines récoltes. C’estvrai ; piais notons que les plantes dont la dégénéres-cence est plus rapide que celle des animaux, parceque, fixées au sol, elles sont complètement soumisesaux influences climatériques, ne perdent cependantleurs qualités que si elles sont cultivées dans des cir-constances différentes de celles dans lesquelles ont prisnabsunce les variétés auxquelles elles appartiennent ;ce qui confirme encore nos conclusions sur l’impor-tance de choisir des races qui trouvent dans le paysdes conditions favorables à leur conservation et à leurcomplet développement.
Nous n’avons pas besoin d’insister sur les avantagesdes croisements : améliorer rapidement les animaux,importer les qualités des races étrangères sans faire desdépenses considérables, créer dos races nouvelles plusparfaites même que les races améliorantes, en réunis-sant aux qualités des animaux indigènes celles des racesétrangères, l’aptitude au travail do nos bœufs aux for-mes de la race Durham, la laine fine de nos moutonsà la précocité des moutons anglais , l’ampleur de noschevaux à la vigueur du cheval de course, la taille denos porcs à l’épaisseur des races porcines perfection-nées; enfin obtenir des métis, si l’on pousse assez loinles croisements, qui réunissent à toutes les qualités dutype améliorateur la faculté de résister au climat.
Ajoutons : par le croisement des espèces seulementon peut produire le mu/e/, si précieux comme bêre desomme pour les pays chauds, et des o/«nux, des pois- jsons, des huîtres, etc., aussi remarquables par la quan-tité que par les qualités de la Viande.
règles du croisement des RACES. Nous ne par-lerons pas ici de l’importance de bien déterminer lesaméliorations que les animaux du pays sont suscepti-bles d’acquérir, ni de la nécessité de choisir une racerégénératrice dont les qualités soient compatibles avecles conditions hygiéniques, avec les ressources du pays.Vouloir introduire, meme pour les croiser, de fortsmoutons précoces sur les landes de la Sologne ou du]>crry, des chevaux carrossiers sur les pelouses du Can-tal ou les landes des Basses-Fyrénées, des chevauxlégers dans les marais de la Vendée ou dans les fermesde la Flandre pour les nourrir avec le foin du pays,
c'C't s’exposer a «les mécomptes à peu près certains.
1° Nous donnons comme première condition de suc-cès, la nécessité de bien appareiller les deux races croi-sées.
On ne devra jamais, quand on tiendra k avoir desanimaux à formes régulières, bien proportionnées,chercher à réunir deux races qui different beaucoupl’une de l’autre par l’ensemble de la conformation : onne croisera pas le cheval arabe ou le cheval de courseavec la grosse jument cauchoise, ou flamande, ou bre-tonne, propre au gros trait. C'est à tort qu’on a dit :Le cheval noble, anglais ou arabe, donne d’excellentsproduits avec toutes nos poulinières, avec les plus mas-sives. Les fauteurs de cette doctrine, professée depuislongues années, ont fait beaucoup de mal à nos éle •veurs ; ils sont cause qu’on a rempli quelques-unes denos provinces d’animaux décousus, sans valeur, à jam-bes grêles, à tête lourde, à croupe charnue.
Toutefois l’accouplement d’un cheval fin avec unegrosse jument serait moins irrationnel que celui d’unfort cheval avec une jument légère. Ce croisement, con-traire aux règles de l’appareillemcnt des individuscomme à celles du croisement des races, donnerait desproduits mal conformés, à côte resserrée, à poitrineétroite, à flanc long; il arriverait même souvent queles mères mettraient bas avec difficulté et qu’elles nepourraient pas ensuite allaiter convenablement leursproduits.
Ce serait en vnin que, pour transformer nos fortesraces chevalines en races légères, nous essayerions deles allier à des races sveltes ;quc nous voudrions donnerdu corps et de la taille à nos petites races par l’emploide types amélioratcurs de forte stature ; nous n’obtien-drions dans les deux cas, et surtout dans le dernier,que des produits manqués.
Mais on pourra réunir les contrastes lorsque les dif-férences, quoique considérables, seront locales. Il nepeut y avoir qu’avantage à obtenir alors des produitsintermédiaires. Un étalon à encolure trop courte nepeut qu’améliorer les produits d’une jument qui a lamême région trop longue. Il ne saurait y avoir aucuninconvénient, quant à la conformation des produits,à donner à nos vaches flamandes, dont la poitrine estétroite, le taureau Durham , dont la côte est ronde etle poitrail bien ouvert; le cheval arabe ou anglais ,à tête carrée, à chanfrein épais, ne peut que produireun excellent effet sur la race normande, à tête longuoet à chanfrein busqué. Eu un mot, toutes les fois quel’on voudra corriger les formes d’une région du corps,il faut chercher à croiser des individus qui contrastentpar la conformation de cette région.
On ne craindra pas non plus d’allier des races dif-férant beaucoup par la constitution et le tempérament.A des juments molles, sans énergie, il ne peut qu : 0troavantageux de donner des étalons vifs, pleins dardent ;un taureau ne saurait trop avoir les caractères «lesraces laitières, si du reste il réunissait les autres qua-lités qu’on désire dans la race qu’on veut améliorer.
Il ne pourrait y avoirdes inconvéniemsàpratiqucrcescroisements, que si le tempérament, la constitution, lesqualités de la race améliorée ne convenaient pas aupays. Il serait irrationnel de donner uuc race précoce,molle, d’un engraissement prompt, à des vaches dontles produits devraient être entretenus sous des climatsrigoureux, prendre leur Nourriture sur des terres peufertiles et être utilisés pendant longtemps comme ani-maux de travail.
Dans l’espèce chevaline, où l’on tient surtout à hirégularité des formes, il faut opérer graduellement latransformation des races communes. C’est le seul moyenI de tenter l’amélioration de ces races sans s’exposer à' des pertes plus ou moins considérables.