CROISEMENT.
CROISEMENT.
Bretagne, de la Flandre, de la Franche-Comté , cher-chons d'abord par de bons appareiliements et par dessoins judicieux à créer des individus plus légers, moins•cmrrmns que la race du pays. Il se trouve dans toutesnos races des sujets un peu plus parfaits qui peuventêtre utilement employés pour imprimer un commen-cement d’amélioration. Quand nous aurons rendu lesformes plus dégagées, créé des juments moins mas-sives, nous aurons recours aux étalons de» bons her-bages de la Normandie, de la plaine de Chartres ou desherbages du Perche.
Après avoir obtenu, par ces moyens préliminaires,des juments à épaules longues et obliques, à croupehorizontale, on pourrait utiliser avec sécurité les bonsétalons carrossiers quart de sang ou demi-sang anglais ,en donnant la préférence a ceux qui ressembleraientassez aux femelles, pour qu’on n’ait pas à craindredes produits décousus.
Cette marche lente, la plus convenable pour l’espècechevaline, a rarement été suivie. En voulant arriverau but du premier coup, on a trop souvent créé deschevaux sans valeur, tantôt restés à la charge des pro-ducteurs, tantôt admis dans la cavalerie, où ils ontété signalés pour leur conformation défectueuse et leurmauvais service.
Une fois que des essais d’amélioration par croise-ment ont été commencés, il est de l’intérêt des éle-veurs de les continuer, lors même que les premiers ré-sultats laisseraient à désirer, si le croisement estrationnel, si l’on a lieu d’espérer que les métis serontd’un entretien facile et se vendront plus avantageuse-ment que les individus de la race indigène. Nous vou-drions prémunir contre les conséquences d’un premieressai peu avantageux. Nous avons souvent vu renon-cer, dans les croisements, a la race régénératice quel’on avait choisie, au moment où l’emploi en auraitété avantageux, pour revenir aux animaux pur sangdu pays, ou pour prendre une autre race étran-gère.
Des métisses, quoique défectueuses, couvertes pardes mâles de la race améliorante, donnent des produitsqui leur sont supérieurs, d’abord parce qu'il y a moinsde différence entre les reproducteurs, qu’ils sont mieuxappareillés, puisque les mâles et les femelles ont dumême sang; ensuite parce que les individus métis,n’ayant pas en général une grande aptitude à trans-mettre leurs caractères aux descendants, influent peusur les produits de la conception. Les qualités de larace régénératrice se gravent mieux dans les produitsau deuxième, au troisième croisement qu’au premier.
Dans tous les croisements, on ne doit pas cepen-dant revenir à chaque génération à la race croisante.U peut être préférable de faire reproduire les métis dudeuxième, du troisième degré, rarement du premier,par eux-mêmes, pendant une ou deux générations. Onfixe ainsi les caractères de la race, qui se forme touten la surveillant et en lui imprimant la faculté de ré-sister aux influences du climat; car il y a trois chosesà craindre dans les opérations par métissage : le re-tour vers les défauts de la race indigène, l’inaptitudedes métis à supporter le climat, et quelquefois la res-semblance trop grande de ces métis avec le type amé-liorateur.
Dans certains cas, il no suffit pas d’arrêter le croi-sement en faisant reproduire les-métis sur eux-mêmes;il peut être utile de leur imprimer une marche rétro-grade vers la race qu'on améliore. C’est ainsi que dansje croisement de nos chevaux avec les chevaux der..ce, il est quelquefois nécessaire de donner à desju-ments métisses, dans lesquelles certains caractères ducheval de course, la légèreté par exemple, sont tropmarqués, des mâles de la race commune ou d’un de-jrréde métissage moins avancé qu’elles mêmes.
Ces croisements alternatifs de tout temps pratiqués,mais bien souvent sans méthode, peuvent être utile-ment mis en usage, car presque toujours on désires’approprier certains caractères des reproducteurs qu'onimporte et en éviter d’autres. C’est en alternant et enchoisissant bien les reproducteurs, qu'on peut arriverà s’approprier les qualités d’une race et à éviter scs dé-fauts.
Ainsi, en croisant les brebis mérinos et le bélierDisliley, nous pouvons arriver à une race intermédiairequi se rapprocherait de la souche maternelle par la li-nesse de son lainage et sa toison fermée, et de la racepaternelle par les formes, la précocité, l’aptitude àprendre la graisse et la longueur de la laine. Mais ilserait difficile d’arriver directement au but : il fautbien étudier, suivre les croisés, et empêcher la race deprendre d’une manière trop prononcée le caractère del’un des types primitifs, en employant soit un Disldev,soit un mérinos ou un métis, qui se rapprocheraitbeaucoup de l’une ou de l’autre de ces races, selon queles nouveaux produits tendraient à se rapprocher tropfortement du type à laine longue ou du type à lainecourte. De même, dans la race chevaline, on peuts’approprier l’énergie, la force, certaines formes ducheval de course, *ans perdre le corsage qui distinguenos races ; dans l’espèce bovine, on peut emprunter àla race Durham ses formes, sa précocité, sans perdrel’agilité, l’aptitude au travail, ou l’activité des ma-melles que possèdent quelques races françaises.
La nécessité de bien appareiller les reproducteurs estmoins rigoureuse dans le croisement des espèces. Quandon veut pr)duire des mulets, on recherche meme lesjuments qui diffèrent le plus des ânes par leur confor-mation. La jument à corps massif, à croupe charnue,à cuisses épaisses, à garrot élevé, à pieds amples, estcelle qui convient le mieux. Ses formes neutralisent,dans le produit, celles de l’âne, dont le corps est léger,la croupe étroite, la cuisse mince, le pied resserré et legarrot bas. Mais il arrive constamment que le mulet,si remarquable par ses qualités, sa force, sa sobriété,présente, dans sa conformation, des défectuosités quenous ne souffririons pas dans le cheval.
2° Comme deuxième règle du croisement des races,nous plaçons Y importation des mâles préférablement auxfemelles. Dans l'espèce chevaline, par exemple, un éta-lon peut donner par an de vingt-cinq à quarante pou-lains, tandis qu’il faudrait de quarante à soixante ju-ments pour produire le même résultat; car parmi lesfemelles livrées au mâle, plusieurs ne sont pas fécondées,d’autres avortent ou donnent naissance à des poulainsmorts, ou mal conformés,. ou trop faibles pour êtreélevés. Ces accidents sont même plus fréquents sur lesfemelles nouvellement importées que sur celles du pays.
A l’économie produite par l’achat d’un étalon, aulieu de cinquante ou de soixante juments, il faut ajou-ter celle qui résulte du voyage, qui est d’une grandeimportance si les reproducteurs sont tirés d’un payséloigné.
Il faut noter aussi que les femelles herbivores em-ployées à la reproduction sont plus difficiles à accli-mater que les mâles. Pendant la gestation et l’allaite-ment, elles réclament le pâturage et sont plus fortementinfluencées par le climat, que les étalons tenus à l’écurieet soumis à un régime convenable. En outre, l'état deplénitude, la mise bas, l’allaitement, le sevrage, occa-sionnent des indispositions plus ou moins graves quirendent les femelles plus sensibles à l’influence desagents atmosphériques.
Mais c’est en nous fondant surtout sur des considé-rations économiques que nous disons : Il ne convientpas d’importer des femelles pour croiser les races dupays. Car nous sommes loin de contester Finfluencoexercée par les mères sur le produit de la conception,