DÉSINFECTION.
DÉSINFECTION.
Ce mélange peut être introduit dans les fosses soit enpoudre sèche, soit délayé dans de l’eau. A notre avis, ilest préférable de l’employer à l’état de dissolution, pourla partie soluble bien entendu, car une portion plus oumoins forte de cette poudre pourrait arriver au fond dela fosse avant d’être dissoute, et dès lors l’effet ne seraitplus aussi efficace. Dans les habitations à plusieurs éta-ges, comme les maisons de Paris , il sera bon d’intro-duire les substances dissoutes ou délayées par l’ouver-ture du conduit, menant à la fosse, située à l’étagesupérieur, de sorte que le préservatif agira sur les liqui-des et les substances qui séjournent dans le conduit etdont la décomposition pourrait très bien répandre uneodeur forte et désagréable.
Voici une expérience que nous avons faite nous-mêmes pour nous rendre compte de l’efficacité du sul-fate de fer comme désinfectant des urines et matièresfécales, depuis que cette question occupe les espritsplus que jamais, c’est-à-dire depuis quelques mois.
Le 2 octobre 1844, à de l'urine de ; 18 heures au pluset provenant de divers individus, nous ajoutâmes unedissolution de sulfate de fer à 27 degrés Baumé dansla proportion de 1 /20", et le mélange fut abandonné à latempérature d’un appartement chauffé à 12 ou 15 de-grés. Le 1 I décembre, aucune odeur ne s’exhalait dumélange, tandis que la même urine seule placée dansles mêmes conditions répandait au bout de 6 jours uneodeur insupportable.
La décomposition de l’urée en carbonate d’ammo-niaque s’était effectuée, car en plaçant dans le mélangede la chaux vive, et agitant à froid, l’odeur d’ammo-niaque était très forte.
Voilà une expérience de laboratoire, d’autres plusimportantes, plus pratiques, si nous pouvons nous ex-primer ainsi, ont été faites; nous en parlerons tout àl’heure.
D’après un mémoire sur les antiseptiques, présentéau concours de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon en -1767, il est constant que bien anté-rieurement avant cette époque on avait indiqué le sul-fate de fer comme antiseptique.
Ainsi il paraîtrait d’après cette considération quel’emploi du sulfate de fer pour la désinfection des fos-ses d’aisance est dans le domaine public ; mais il ne suf-lisait pas d’indiquer le moyen, il fallait surtout l’appli-quer, aussi citerons-nous avec plaisir et éloge les nomsdes chimistes qui se sont occupés d’une manière sé-rieuse et profitable à l’intérêt général de cette applica-tion très peu attrayante. D’abord M. Siret, pharmacienà Meaux ; des expériences ont été faites par lui sous lecontrôle d’une commission de l’Académie des sciences composée de MM. Boussingault , Vayen et Gasparin.D’après ces expériences couronnées de succès, il faut enemployant la poudre de M. Siret (poudre composée desulfate de fer, de sulfate de chaux, de houille, de gou-dron, de charbon de bois et de chaux vive), 15 à 18grammes pour désinfecter, comme aussi pour prévenirla putréfaction des matières fétides émanant des déjec-tions d’un individu par jour (1). M. Siret porte à 1/2centime par jour le coût de cette quantité de sa poudredésinfectante. Nous savons qu’une Compagnie s’estcréée tout récemment à Paris pour entreprendre, parabonnement à tant par tête de chaque habitant, ladésinfection préventive des fosses d’aisance de la capi-tale. Il est évident que tout le succès dépendra de larégularité avec laquelle on introduira chaque jour dansla fosse la quantité prescrite de poudre antiseptique.
Après M. Siret, que nous pensons être le premier en
O) On peut admettre que les excréments solides et liqui-des d’un lionime sont, par jour, de trois quarts de kilog.,soit de 282 kilog. par an, et qu’ils contiennent 5 pour centd’azote
date dans cette application, nous citerons MM. Suquet etKraft, de Paris , puisM. Schattenmann, le directeur del’administration des mines de Bouxvillers, bien connudans le monde industriel par ses travaux d’applications.
Ce moyen de désinfection permanente et préventivel’emporte évidemment sur la désinfection au momentde la vidange, pnisqu’avec lui on fait disparaître l’o-deur incommode et repoussante qui infecte si souvent lesappartements de la capitale, et aussi parce que la désin-fection, au moment de la vidange, présente des diffi-cultés dans la mise en pratique; en effet, le brassagedes matières, et surtout des matières solides qui sedéposent et se lient fortement au fond des fosses ouelles forment une masse compacte, est très difficile surde grandes quantités de matières; or ce brassage, im-possible quand les fosses sont closes, est indispensablepour arriver à la désinfection. Cependant, rigoureuse-ment parlant, la désinfection au moment de la vidange,est praticable et devra être pratiquée, lorsque le pro-cédé de préservation n’aura pas été employé à la désinfection au moment de la vidange.
Quand on opère au moment de la vidange, il fautemployer du sulfate de fer bien neutre, car l’excès d’a-cide qui se trouve dans le sulfate de fer du commerce,suffirait pour donner lieu à un dégagement d’acides hy-dro-sulfurique et carbonique, provenant de la décompo-sition de l’hydro-sulfateet du carbonate d’ammoniaque.Or l’acide hydro-sulfurique est le plus délétère des gazqui se dégagent.
La richesse des matières fécales en ammoniaque étantvariable, la quantité du sulfate de fer à employer doitvarier aussi; mais ordinairement, d’après M Schat-tenmann, 2 à 3 kil. suffisent pour saturer 100 litres dematières putréfiées. On peut facilement reconnaître lasaturation en mettant une goutte de la liqueur sur unefeuille de papier blanc, et en y passant le bout d’unebarbe de plume trempé dans une dissolution de prussiatcde potasse rouge, car dès qu’il y a excès de sulfate defer il se forme clu bleu de Prusse , et c’est un signe cer-tain que la matière est saturée et qu’il y a excès de sulfatede fer. La liqueur désinfectante est versée dans la fossed’aisance par l’ouverture qui sert à la vider, puis onremue avec un ringard, formé d’une perche au bout delaquelle on lixe une planche d’environ 50 centimètresde longueur et de 20 centimètres de largeur.
M. Schattenmann recommande avec raison de ne pasjeter dans les fosses d’aisance des débris de végétaux,de viandes et de poissons dont la putréfaction engendreune odeur particulière très infecte, qui pourrait bienn’étre pas neutralisée par les sels métalliques.
La désinfection des fosses d’aisance par le sulfate defer ou autres sels métalliques a, outre le but direct quiest très important au point de vue de l’hygiène et dela salubrité publique, l’avantage indirect, mais d’unehaute utilité, de conserver intacte et dans toute sa va-leur comme engrais, la partie ammoniacale qui y est con-tenue. En effet les sels ammoniacaux contenus dans leseau-r-ramies des fosses d’aisance sont très volatils, desorte qu’il se dégagent facilement par évaporation, soitlorsqu’on jette ces liquides sur la terre comme engrais,soit lorsqu’on les conserve dans des citernes ou bassinsplus on moins découverts avant de les employer. Le sul-fate d’ammoniaque au contraire est fixe, de sorte qu’onpeut, sans exagération, avancer que l’on augmente lavaleur de l’engrais qu’on peut conserver indéfiniment.
Les déjections humaines, urines et matières solides,par la variété de sels qu’elles contiennent, et surtoutpar l’ammoniaque et autres substances azotées, commeaussi par les phosphates qui s’y trouvent, constituentune. source abondante d’engrais, qu'on n’a pas jusqu’iciexploitée avec toute l’attention désirable. Dans plusieurscontrées, on n’en tire qu’un parti incomplet, puisqu’on nefixe pas les sels ammoniacaux volatils ; dans d’autres,