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FILTRATION*.

>•> 01110 . cette proportion s’élève quelquefois jusquùAinsi, celui qui boirait dans sa journée trois litresd’eau de Seine non filtrée, à l'époque des plus fortescrues, chargerait son estomac d'un gramme et demi dematières terreuses. Quel pourrait être, à la longue,l'effet de ces matières sur la santé V la question, vive-ment controversé, a laissé les médecins et les ingénieurshydrauliciens fort divisés d'opinions. Faute d'expérien-ces exactes, on s’est déterminé, de part et d’autre,d’après des systèmes arretés d’avance. On 11 e nous trou-vera certainement pas trop sévère dans notre jugement,si nous ajoutons qu un des partisans déclarés des eauxtroubles, se fondait sur cette prétendue observationque les animaux, (pie les troupeaux surtout, ne com-mencent à se desaltérer dans les mares qu’ils rencon-trentsur leur chemin, qu’après en avoir fortement agitéla vase avec leurs pieds. Au surplus, toute considéra-tion de salubrité mise de côté, il est certainement fortdésagréable de boire de l’eau chargée de limon. »

La ville de Toulouse a été la première, en France , àdonner l’exemple du progrès, en fondant, en 1823,le premier établissement pour la distribution publiquedes eaux clarifiées pour les besoins de toute la ville.

F 11 1836, M. Confier a établi, à Bordeaux , un ap-pareil de filtrage pour les eaux de la Garonne .

La ville de Paris possède aussi depuis quelques an-nées trois systèmes de filtrage, d’apres les procédés deMM. Smith, Henri Fonvielle et Souchon ; mais Tou-louse, Bordeaux et Paris sont encore aujourd’hui lesseules grandes villes de France qui possèdent des éta-blissements de filtration en grand, et l'on cherche lesmoyens de les étendre.

Etablissement des fontàmes publiques. Les appareilsconstruits à Toulouse méritent une attention toute par-ticulière, car c’est dans cette ville qu ‘011 a résolu pourla première fois, en France , le problème de la liltrationen grand dans toute son étendue ; aussi allons-nous,d’après M. D’Aubuisson, en donner une description dé-taillée.

M. Abadie, dans son premier projet, en 1821, celuioù il établissait ses machines sur le bord du canal deTouny, avait entouré leurs puisards d’une circonvalla-tion de sable et de gravier contenue dans des cases demaçonnerie, et pensait que les eaux du canal, en tra-versant cette masse filtrante, y déposeraient leurs sale-tés, ci arriveraient claires à ses pompes. Par une dispo-sition ingénieuse, qui était permise par les localités, ilpouvait faire traverser, mais en sens contraire, cettemasse par les eaux de la rivière ; et le faisant lorsqu’ellesétaient claires, il espérait nettoyer les sables et sans dé-placement.

A ce mode naturel de clarification, M. Yirebcnt pro-posa de substituer celui dont 011 fait usage, depuis plu-sieurs années, dans les appareils qui fournissaient auxhabitants presque toute l’eau potable. Ici l’eau s’épuraiten traversant horizontalement une mare de sable,comme dans le projet de M. Abadie, non du haut en bas,comme dans les fontaines filtrantes, mais de bas enhaut et à plusieurs reprises.

Mais l’expérience faite, il en résulta que lorsqueles eaux de la Garonne sont très sales, on ne peut lespurifier complètement qu’en les faisant passer successi-vement à travers quatre couches de graviers de sable,ayant quatre pieds d’épaisseur chacune, et qu’un mètrecarré de ces couches, placées les unes sur les autres, 11 eclarifie que 20 mètres cubes en vingt-quatre heures ouun pouce-d’eau de fontainier. D’après ces résultats, quifurent exposés en détail dans le rapport de M. Magues,l’Académie de Toulouse conclut à ce que les moyensprésentés par MM. Abadie et Yirebent n’étaient passuffisants pour clarifier 200 pouces d’eau.

Aujourd’hui, l’eau que les machines élèvent pour lesfontaines leur est fournie par les filtrations, qui s’opèrent

à l’aide des travaux exécutés par M. D’AubuLsondans le banc d’alluvion que la rivière a déposé, depuisune cinquantaine d’années, au pied du cours du Dillon,et qui est principalement composé de gravier et de sableentremêlés souvent de cailloux, et en quelques endroitsd’un limon vaseux.

11 s’était élevé quelques doutes sur l’efficacité desouvrages projetés ; les eaux des puits de Saint-Cyprien,lesquels provenaient aussi des filtrations de la Garonne ,sont louches, disait-on, lors des crues de la rivière. Ondut en conséquence procéder avec circonspection, et onse borna d’abord, en partant de la prise d’eau, a faireun fossé que l’on poussa jusqu’au point oii devait être lebassin destiné à recevoir le produit de la filtration. Ondonna au bassin la forme d’une ellipse, ayant la dimen-sion projetée : le fond, dont la superficie était de 260 m.carrés, fut établi à un mètre au dessus des très basseseaux de la rivière. Le niveau du seuil sur lequel l’eaupasse en sortant du filtre, correspond à 0"‘,77 du garono-mètre établi sur la Garonne , ou à 1"',23 au-dessous del’étiage. Nous donnons le 110 m de filtre aux excavations1 ou fosses dans lesquelles se rend la filtration, bienque ce nom appartienne proprement au massif de terraincompris entre les excavations et la rivière.

Plus tard, on prolongea le filtre dans le banc d’allu-vion jusqu’à lui donner 108 mètres, sur une largeurde 10 mètres au fond ; il avait ainsi 1,080 mètres canesde superficie.

Mais on n’obtint pas ce que l’on désirait, le terrainétant comme desséché par la première excavation.

Toute l’excavation fut entourée d'une forte diguequ’on éleva à 3“,60 au-dessus du terrain environnant,et à près de 6 mètres au-dessus des moyennes eaux derivière, et le mettant ainsi à l’abri des inondations ; lefiltre donna d’abord une fort bonne eau, mais, dès la se-conde année, une végétation de plantes aquatiquescommença à s’y établir et à altérer la qualité; de sesproduits. L’année suivante le mal empira : les rayonsdu soleil traversant sans obstacle une couche d’eauunie et parfaitement transparente, atteignaient le fonddans toute leur intensité ; ils y développaient une fortechaleur, laquelle était encore augmentée par l’effet etla réverbération des bords et des digues. Par suite, lavégétation y acquit une vigueur extrême , les diversmoyens employés pour la détruire furent sans effet.Des reptiles s’y joignirent. Les plantes et les animauxmoururent, et en se putréfiant dans l’eau tiède ils la ren-dirent très mauvaise. Des commissaires furent envoyéspar l’Académie des Sciences .

Ils trouvèrent que l'eau était très bonne en entrantdans le filtre, et vicieuse lorsqu’elle en sortait ; la fortechaleur et la lumière en furent à leurs yeux la causemanifeste; il fallait l’attaquer ; on 11 e le pouvait qu’encouvrant le filtre.

Sur cette idée que M. D’Aubuisson avait émise, lescommissaires proposèrent de remplir le fond du filtreavec des cailloux et de le combler.

En conséquence, ce fond fut nettoyé aussi bien quepossible. On établit ensuite dans sa largeur un petitaqueduc en briques, simplement superposées sans mor-tier, puis 011 remplit le bassin de gros cailloux bien la-vés jusqu’à la hauteur des moyennes eaux. De cettesorte, les filtrations qui pénétraient dans l’excavation,et étaient les mêmes qu’avant le remplissage, coulantdans les interstices des cailloux et des briques, ainsique dans l’aqueduc, se rendaient sans obstacle sensible,et par conséquent sans diminution de quantité, jusqu’àl’entrée de la conduite en fonte, tout comme si le bassinfût resté entièrement vide et découvert. Sur les groscailloux, on en étendit une couche de plus petits, puisune couche de gravier, et l'on finit par combler le creuxen abattant les digues ; dessus, on sema du gazon. L'an-cienne prairie, à la surface du banc d’alluvion, fut ainsi