HIST. DES 'TERRES AUSTRALES. Lit. XVII. Chap. XII. 333
de M. de Vaugondy, qui est à la tête de Y Histoire des Navigations aux SectionTerres Australes, au-lieu que dans ia Carte de M. Buache , elle est mífe au nt-trente-unieme degré de Latitude & au deux-cens-soixante-dix-huitieme deLongitude, ce qui fait près de huit-cens lieues de différence en Longitude. Nouvel; eL’Iíle est d’environ seize lieues de circuit. On envoya le plus petit Vais- Hollandeseau pour sonder & reconnoître la côte ; il rapporta que fille paroiffoit très-fertile, & qu’il falloit quelle fût habitée, puisqu’on y avoit vu de la fumée “en divers endroits. Quand l’Efcadre fut environ à deux milles du rivage,un des habitans vint au devant des Hollandois dans un Canot ; on lui lit li-gne d’aller à bord du Vaisseau-Amiral, où il fut bien reçu. On lui donnad’abord un morceau de toile pour fe couvrir, car il étoit tout nud ; on luioffrit du corail & d’autres bagatelles, qu’il accepta avec beaucoup de joie.
Il avoit le corps peint de toutes fortes de figures, le teint brun, les oreil-les extrêmememnt longues ; il étoit assez grand, fort & robuste , d’unephisionomie heureuse, gai, vif & agréable dans ses gestes, & quand il par-loir. On lui donna un verre de vin, mais au-lieu de le boire il fe le jet-ta aux yeux, soit qu’il s’imaginât qu’on avoit dessein del’empoisonner, soitqu’accoutumé à boire de seau l’odeur du vin lui déplut. On rhabilla ensuite& on lui mit un chapeau, mais on voyoit bien qu’il n’étoit point à son aise.
On lui donna aussi à manger, mais il ne fut se servir ni de cueiller, ni defourchette, ni de couteau. Après qu’il eut bien mangé on ordonna aux Musi-ciens de jouer de plusieurs instrumens ; la simphonie lui donna beaucoup degaieté, & chaque fois qu’on le prit par la main, il fe mit à sauter & à dan-ser. On le renvoya ensuite avec les petits présens qu’on lui avoit fait, pourattirer les autres Insulaires. Mais il parut quitter les Hollandais à regret ,
& commença à crier de toute fa force. Odorroga ! Odorroga ! On crut qu’enfaiíànt ces cris il imploroit son Dieu, car on vit quantité d’Idoles fur lescôtes. Roggevecn étant entré au Sud-Est dans le Golphe, plusieurs milliersdes Insulaires s’y rendirent. Quelques - uns apportèrent des poules & desracines; plusieurs vinrent à bord & y furent bien traités; ils vinrent auss enfouie voir les Vaisseaux de plus près. Ils allumèrent des feux aux pieds deleurs Idoles pour y faire des offrandes, vraisemblablement dans le desseind’implorer leur protection contre des Etrangers, dont f arrivée imprévue leseffrayoit ; car ceux qui étoient assez hardis pour venir à bord donnoient des •marqhes de crainte, qui faifoient voir qu’ils cherchoient à fe concilier lesEuropéens plus par un principe de frayeur que par amitié, ou par un prin-cipe d’hofpitalité. Le lendemain de grand matin on les vit prosternés devantleurs Idoles, & ils avoient allumé plusieurs feux, servant apparemment d’ho-locaustcs du matin. , . , . ,
Comme les Hollandois fe preparoient a descendre a terre, 1 Insulaire qu’ilsavoient reçu deux jours auparavant, vint une seconde fois, accompagné deplusieurs autres, apportant une grande quantité de provisions que fillefournit. 11 y avoit parmi eux un homme tout blanc , qui portoit despendans d’oreille ronds & blancs, fort gros; il avoit Pair extrêmementdévot, ce qui fit juger que c’étoit un de leurs Prêtres. Pendant ce com-merce d’amitié, un des Insulaires qui étoit dans son Canot, fut tué d’un
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