HIST. DES TERRÉS AUSTRALES. Liv. XVII. Chap. XII. 345où la côte court Nord - Est, à trois degre's vingt minutes de Latitude , Sjgctiom& à cc-nt-soixante-huit de Longitude ; il n’y trouva point de fond, quoi-qu’il n’y eût qu’un mille du rivage ; le bassin de cette Baye a plus de deuxmilles de circuit. En approchant du rivage, avant que d’y entrer,les Anglois Nouvellevirent d’abord une Pirogue, ensuite deux ou trois, & enfin plusieurs au- Hollandetrès qui vinrent des Bayes voisines. Quand il y en eut quarante-six en tout, & c '
Elles s’approchèrent assez pour que les Anglois & les Insulaires pussent voir.*
réciproquement leurs signes & ouïr le son des voix, quoiqu’ils ne s’enten-dissent point. Les Insulaires faisoient signe aux autres d’aller à terre, maisle mauvais tems les en empêcha. Les Naturels du Pays les suiyoient tou-jours dans leurs Pirogues; on leur montra des chapelets, des couteaux, dela verroterie pour les engager à venir à bord, mais sis n’y voulurent pointentendre, ni rien recevoir, desorte qu’on leur jetta quelques bagatelles ,qu’ils prirent, & il parut que cela leur faisoit plaisir. Ils se frappoient sou-vent le cœur avec la main droite, & ils tenoient en méme rems un grosbâton noir fur leurs têtes. Ce que les Anglois prirent pour un signe d’a-mitié, & ce qui les obligea à faire de-même. Lorsque ceux-ci couroientvers le rivage, les Insulaires sembloient en marquer de la joie, mais aussi-tôt qu’ils s’écartoient, ils fronçoient le sourcil,.en les suivant toujours &en leur montrant la terre avec le doigt. II y avoit environ deux-cens hom-mes dans les Pirogues, & il n’en paroissoit gueres moins de trois ou quatre-cens d’un bout de la Baye à l’autre; ce qui joint à l’incertitude de l’ancrageempêcha Dampier d’y relâcher ce soir-là. Comme il ignoroit le dessein desInsulaires, il avoit ordonné à ses gens d’être fous les armes, de peur desurprise. A la fin les Insulaires qui étoient dans les Pirogues , se mirent àleur lancer une grêle de pierres avec des machines qu’ils avoient, ce quifit donner à ce parage le nom de Baye des Frondeurs ; mais à fouie d’uncoup de canon qu’on tira fur eux, ils s’éloignerent au pl us vîte, fort éton-nés, & cesserent de jetter des pierres. Cependant ils se joignirent, pourconsulter peut-être sur ce qu’ils feroient ; du moins ils n’allerent pas d’a-bord vers le rivage, quoiqu’ií y en eût quelques-uns de tués ou de blessés;mais Dampier ne voulut pas tirer davantage, pour ne pas s’ôter le moyende lier commerce avec eux (a).
A l’Est de fille il y a un Cap, qui gît au cinquième degré deux minu- Cap de St.tes de Latitude du Sud, qu’on nomma le Cap Saint • George , & de-Ià le riva- George,ge tourne à f Ouest. Le Pays entre le Cap de Sainte Marie, & celui-ci esthaut, montueux & plein de bois, il y a Tailleurs quantité de pointes quiavancent en mer, & qui forment de jolies Bayes. Dans ce parage, il vintun o-rand homme noir dans un Canot, mais il ne voulut pas aborder. 11 fitles mêmes signes d’amitié que les autres; son langage parut différent, caril n’employa aucun des mêmes mots. Les Anglois n’apperçurenc ni fuméeni plantations proche de ce Cap. Trois autres Canots vinrent encore au-tour d’eux, dans l’un si y avoit quatre hommes, & deux dans chacun desautres; le premier s’approcha assez du Vaisseau, & ceux qui y étoient mon-tre-
(a) Dmnpier, p. 97-99.
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Tome VIII.