HIST. DES TERRES AUSTRALES. Liv. XVII. Chap. XII. u?
canon pour les effrayer, & ]e boulet passa fort près deux. A mesure qu’onS ectionrangcoit la côte, on apperçu t encore un grand nombre de personnes assises HI.fous les arbres, ce qui obligea à faire tirer un troisième coup de canon pourles intimider davantage. Comme Dampier avoit besoin d’eau & de bois, Nouvelleil crut devoir imprimer quelque terreur aux habitans, qui étoient fort nom- Hollandebreux, & qu’il avoit de justes raisons de soupçonner de perfidie. Ilallamouil-ler vis-à-vis de fembouchure d’une petite Riviere, & envoya à deux re- 11 *prises fes Chaloupes pour faire aiguade. Informe que les Insulaires avoientquantité de cochons, d’yames & d’autres bonnes racines., il envoya quel*ques-uns de fes gens à terre pour négocier avec eux ; mais quoiqu’ils admi-rassent les haches & les couteaux, ils ne voulurent faire aucun troc , nidonner autre chose que des noix de cocos. Ils montoient fur les arbrespour les cueillir, & aussitôt qu’ils les avoient données aux Anglois, ils leurfaisoient signe de se retirer. Ayant renvoyé fes Chaloupes pour pêcher &pour faire du bois, trente ou quarante Naturels du Pays, hommes & fem-mes , vinrent à passer par cet endroit , & témoignèrent d’abord quelquecrainte ; mais les Anglois leur ayant fait des signes d’amitié, ils continuè-rent tranquillement leur chemin. Les hommes avoient des plumes de diver-ses couleurs autour de la tête, & des lances à la main ; mais les femmes n’a-voient pas le moindre ornement, ni autre chose pour couvrir leur nuditéque de petites branches vertes devant & derriere, passées dans un cordon quileur fervoit de ceinture. Elles portoient de grandes corbeilles de yames furla tête. Dampier ajoute qu’il a toujours remarqué chez ces Nations sau-vages , que les femmes portent les fardeaux & font l’ouvfage le plus pénible,pendant que les hommes marchent les premiers fans aucune autre chargeque leurs armes & ìeurs ornemens (a).
Tout d’un coup & fans qu’on en fût la raison, les Insulaires parurent pluscraintifs, cueillirent toutes les noix de cocos, & mirent leurs cochons à l’é-cart. Les Anglois allerent à leurs maisons, & leur demanderont par signesce qn’ils en avoient fait : ils leur montrèrent du doigt quelques maisons aubout de la Baye, & ils imitèrent en même tems le cri de ces animaux, auffi-bien que celui des chevres ; Tailleurs, pour représenter qu’il y en avoit dedifférentes tailles, ils tenoient la main à diverses hauteurs de la terre. Dam-pier alla lui-même à terre avec ce qu’il crut de plus propre à plaire aux Na-turels , & à les engager à traiter de bonne amitié ; mais il les trouva rem-plis de crainte, & fort disposés à la trahison. II ne vit qu’un petit gar-çon & deux hommes, dont l’un, sollicité par quelques signes, vint à côté dela Chaloupe. On lui donna un couteau, un chapelet de verre, & une bou-teille ; là-dessus il donna à entendre qu’il alloit à un village voisin chercherdes cocos, mais il ne revint point. Dampier alla lui-même à leurs maisons,
& les trouva si misérables, que les portes ne tenoient qu’à un morceaud’osier. II parcourut trois de leurs villages abandonnés des habitans, &il prit quelques petits filets. 11 permit ensuite à fes gens, fur leurs prés-entés instances, d’aller à la Baye où les Naturels avoient conduit leurs
O) Dampier, 1 . c. p. 1x2-115;Xx 2
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