HIST. DES TERRES AUSTRALES. Liv. XVII. Chap. XII. 3^
„ lieu, il ne faudroit pas gêner l’Amiral 011 Chef d’Efcadre, mais lui don- Section„ ner plein pouvoir de faire ce qu’il trouve le plus à propos, & abandon- iv.
„ ner toute l’entreprise à sa prudence. On a remarqué qu’un Chef étant„ borné, a souvent négligé les meilleures occasions du monde de faire un Zgn 0 f s r ',1 bon coup. Dans les desseins les mieux concertés étant impossible de s’assurer fusa da*„ absolument du succès, il n’oferoit rien prendre fur lui L’Auteur du TerresJournal a raison de proposer cette derniere maxime, car il fut témoin du Australesdésordre que causerent les instructions trop limitées de Roggeveen, qui fut ^ c ’forcé par-là de retourner à Batavia dans le teins qu’il auroít pu commencer ^ ' " n ^de faire avec succès des découvertes avantageuses (a).
Peut-être que chaque Puissance attend que Fune ou Fautre entreprennecette conquête & y réussisse, afin quêtant instruite de la maniéré dont ondoit s’y prendre, elle puisse Fimiter, & y établir aussi à moins de fraix faDomination ou son Commerce. Mais il y a de l’apparence que la Puissancequi auroit fait la premiere cette conquête, y souffriroit aussi peu d’autresNations, que les Espagnols en souffrent au Pérou, les Portugais au Brésil,les François dans le Canada , les Anglois en Virginie , & les Hollandoisaux Isles Molucques. La premiere découverte ou conquête d’un Pays in-connu donne à celui qui Fa faite un droit incontestable d’une possession lé-gitime , & en ce cas-là une telle Puissance deviendroit la premiere Puis-sance maritime du Monde.
Quant à ce qui nous regarde en particulier, peut-être que la plus gran- nifficultéde difficulté qu’il y auroit dans l’envoi d’une Escadre à la Terre de van Die- d’ívoir'u-men pour faire les recherches nécessaires avant que d’entreprendre des neEtablissemens, ce seroit d’avoir une Relation exacte & impartiale de l’expé- tior \ exac ‘dition , quand elle seroit faite : Fintérêt particulier se trouve si souvent en borner m.concurrence avec le Bien public, qu’il n’est pas aisé d’avoir des lumièresbien sûres, lorsque tant de gens sont intéressés à y mettre obstacle. Le Com-merce de la Russie, & le Voyage du Capitaine Mìddîeton pour’la décou-verte d’un passage au Nord-Oucst, en font des preuves. Ce dernier abou-tit à une dispute fort vive, pour savoir si le passage étoit découvert 011 non,celui qu’on prétendoit avoir fait la découverte, soutenant la négative. Onpourroit cependant surmonter cette difficulté, en prenant la sage précautionde n’envoyer que des gens habiles & intégrés, qui à leur retour fussent obli-gés d’assermenter leur Journal. II faudroit aussi obliger les principaux Offi-ciers , dépendans du Chef, de tenir leurs Journaux à part, fans que leurSupérieur eût droit d’en prendre connoissance ; & ensuite les publier touspar autorité publique, afin que tout le monde eût la liberté de les exami-ner,, de proposer les objections, ou de confirmer certaines circonstancespar la Raison, l’Expérience & FIHistoire ; en un mot de faire une criti-que exacte de chaque Journal, afin que le Public eût les informations lesplus claires qu’il seroit possible. On verroit bientôt par-là, s’il conviendroitde pousser Fentreprise ou de Fabandonner ; la Philosophie viendroit à l’ap-' pui de l’Expérience, & celle-ci de Fautre côté seroit soutenue par l’Expé-rience.
(a) Hist. des Navig. aux Terres Aust. T. II. p. 254, llarrh T. I. Sect. 20.
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