SOLIMAN I. DIXIEME S ULTAN. 627
Se Gonzague , Viceroi de Sicile, étoit Général des Troupes de terre. On étoit sacrio»convenu que l’on remettroit aux Vénitiens toutes les conquêtes que l’on feroit ji.en Grece, dans les ííles & en Dalmatie. Barberoujse se mit en devoir de fai- &*pMtsre tête à ces forces, desorte qu’au commencement du Printems 11 fit voilefousscâ» 6 *avec cent-trente-huit Galères pour rifle de Candie , dans le dessein de fur- de T)oùkprendre la Canée. Gritti, qui en étoit Gouverneur, reçut les Turcs fl chau- & c .dement, & fit fur eux un fl terrible feu de son artillerie & de fa moufque-terie, que Barberoujsè fut obligé de fe retirer après avoir perdu beaucoupde monde, & en abandonnant outre cela mille hommes, qui furent auffitués. Tout ce qu’il put faire, fut de prendre la petite ville de Cécilie , &de-là il fit voile pour le Golphe d’Ambracie, qu’il fortifia contre la Flottedes Chrétiens, qui venoit d’arriver à Corfou. Le Général Gonzague vouloirqu’on prît terre & que l’on attaquât Prévefa, pareeque fi l’on prenoit cet-te place, onpourroit canonner la Flotte ennemie, & fermer la Baie. MaisDoria fut d’avis, que si l’on ne pouvoit engager Barberouse à en venir àune action, il falloit faire voile pour Lépante, s’en rendre maître, & ra-vager ensuite toutes les villes du Golphe de Corinthe. Cet avis fut suivi.
Quand la Flotte Chrétienne parut devant la Baie d’Ambracie, Barberoujseétant indéterminé fur le parti qu’il prendroit, un Eunuque de la Cour lereprit aigrement, comme s’il eût été coupable de lâcheté, & lui dit en fi-nissant , qu’il prît garde, qu’en voulant éviter une mort incertaine mais ho- s
notable, il ne s’exposât à une mort honteuse par les ordres du Sultan. Bar -beroujse fe tournant alors vers S ale k , un des principaux Corsaires, lui dit :il faut , à ce qu il me paraît , que nous bazardions me bataille avec beaucoupde désavantagé , de peur que nous ne périssions par les clameurs de ce de-mi-homme.
Faisant lever l’ancre , il sortit de la Baie , pour donner bataille au x II combatChrétiens ; ceux-ci, qui ne croyoient pas qu’il osât risquer le combat, ti- Doria.roient vers Leucade. Doria ayant avis du dessein de l’Amiral Turc, fit lesdispositions nécessaires pour le combattre. La Flotte ennemie étoit pré-cédée de vingt Galères légeres, fous le commandement de Dragut , fameuxCorsaire; les plus avancées porterent fur le grand Galion de Bondelmero ,mais ce Commandant fit un feu si vif quelles furent bien aises de s’éloi-gne.r. En attendant Doria , ne voulant pas combattre fans les Vaisseaux deguerre qui ne pouvoient avancer à cause du calme, régla son cours là-des-sus; & le rusé Turc changea auffi de mesures, & resta tranquille, de peurd’ètre enveloppé. Cependant, quelque tems avant le coucher du Soleil,ses deux ailes commencerent à attaquer en divers endroits les Chrétiens ;ils leur prirent deux Galères, & un Vaisseau de guerre Espagnol, en cou-lèrent deux autres à fond, & leur cauferent encore quelque autre domma-ge. Une tempêteVêtant élevée tout d’un coup, Doria fit voile pour Cor-fou avec tant de précipation, qu’il fembloit fuir plutôt que fe retirer, cequi lui attira bien du blâme. Et comme on éteignit les lumières à la poupedes Vaisseaux, Barberoujse s’en divertit, & disoit que Doria les avoit fait -éteindre pour cacher sa fuite.
Peu après il fe rendit avec la Flotte Turque à Paxos, Ifle qui est à qua- Prise de• Kkkk 2 tre