Sectioh
II.
Voyage deKeelingís?autres Ex-séditions.
Réputa-tion qu'ilse sait à laCour /luMogol.
Ambassadedu Cheva-lier Thoin.Roe, à laCour duMogol.
zi6 HISTOIRE DE LA COMPAGNIE ANGLOISE
mis fi rudement, qVie trois des Galions furent chairs fur les fables, où l'G-siander, un des Vaisseaux Anglois continua à les battre avec tant de furie,que personne n’ofoit paroître fur le pont, ni aux embrasures. La maréeayant remis les Galions à flot l’après-midi, les Portugais recommencèrent lecombat, mais avec aussi peu de succès que le matin, &àlafinilsfurentobli-gés de fe retirer honteusement avec perte de douze-cens hommes. SardarChaune, un des premiers Seigneurs de la Cour du Mogol, qui vit le combatde dessus le rivage, fut fl charmé de la bravoure de l’Amiral Anglois, qu vle fit inviter, le régala magnifiquement, & lui fit de beaux préfens.
La Flotte Portugaise, après s'être radoubée & rafraîchie, revint à Sura-te dans le dessein de combattre les Anglois en mer, & de les enlever. Sar-dar Chaune en eut beaucoup de chagrin, & fit tous ses efforts pour engagéBest à fe sauver par une prompte fuite ; mais ce Capitaine répondit toujoursque la crainte du nombre ne le feroit jamais manquer à son devoir, & qu uétoit résolu de le remplir nonobstant tous les dangers. 11 attaqua donc l eSPortugais une seconde fois, & en quatre heures de tems il les chassa hor sde vue, en présence de milliers de gens du Pays, qui’ étoient accourus eUfoule fur le bord de la mer pour voir un combat aussi extraordinaire &inégal. La réputation du Héros Anglois vola bientôt jufqu’à la Cour duMogol, dont il s’attira l’admiration & l’estime , pareeque jufqu’alors cePrince avoit cru que les Portugais n’avoient pas leurs pareils fur mer potsl’habileté & la valeur. Le brave Capitaine, après avoir profité delà vict° rre, autant qu’il lui fut possible, pour l’avantage du Comptoir Anglois, &voile pour Achen , où il obtint du Roi la ratification & le renouvellement dupremier Traité fait avec les Anglois (*). Delà il passa à fille de Java, où uprit une riche cargaison, après quoi il partit pour l’Angleterre, & arriva fu fla Rivière an mois de Juillet de fan 1614 (u). ,
Le Chevalier Thomas Smythe , Gouverneur de la Compagnie, futchargpde représenter au Roi qu’il feroit non seulement avantageux pour les ût'faires de la Compagnie, mais très-honorable pour la Nation, d’envoyer l1 'ne Personne de distinction à la Cour du Grand-Mogol, revêtu du caract er .^d’Ambassadeur, au-lieu d’un Agent que la Compagnie y avoit. On juge 01que cela donneroit du poids aux demandes qu’on feroit, & assortiraitf orgueil & le faste des Orientaux. Le Chevalier Thomas Roe fut donc noî* 1 'mé Ambassadeur, & le Capitaine Kecling, ou, selon d’autresHistoriens,^Capitaine Nicolas D omit on , eut ordre de le transporter aux Indes avec q u *Ltre beaux vaisseaux ; il arriva heureusement au lieu de sa destination ,,
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(«) Pitrchas, Vol. I.
■ (*) Le Roi A'Achen pria fortement lìefì de le recommander au Roi d'Angleterr£>
de lui dire de sa part, qu’il feroit charmé d'avoir deux femmes de son pays; car y a yídit-il, si j’ai un fils de l’une ou de l’autre, je le ferai Roi de l'riamcm & de tout I e ‘ Ld’où vous tirez votre poivre. Cela feroit d’un avantage infini pour vous, P arvous n’auviez qu’à vous adresser à votre Roi Anglois, fans demander mon consente^pour cette marchandise (1).
(1) Barris Collect. p. IZ7,