26 o HISTOIRE DES MOGOIS ET DES TARTARES
Section comme Dieu & le Souverain Maître du Ciel & de la Terre, mais aussili. qu’il communique fa Divinité à ses Serviteurs élus, qui officient en fa pla-R'iígion ce c j ans j es diverses parties de fa domination spirituelle. Ce font-là les Vi-íol« M ° n " caires ou Lieutenans du Dieu du Tibet -, appelles en Langue Mongoleg ° s ‘ Khûtâktû , dont il y en a plusieurs dans la grande Tartarie. Le Khûtûktíldes Mongols fait fa résidence à Khûkhú Hotûn , dont a parlé dans la des-cription de ce Pays ; il y vit avec beaucoup de splendeur , & y reçoit lesadorations des Mongols, qui y viennent en pèlerinage pour le visiter, avecautant de dévotion que les Catholiques-Romains vont à Rome.
Le Khû- Le Jésuite Gerbillon, qui en idgB accompagna les Ambassadeurs detiUtíi ie$ bi à Khíàhû Hotûn, y vit le Khûtûktû, qui étoit un jeune homme d’envi-Mongols. ron vingt-cinq ans. Car, quoique les Lamas disent qu’il ne meurt jamais,ils avouent qu’il difparoît quelquefois , & assurent que lorsque son ame sesépare de son corps , elle rentre immédiatement dans celle d’un jeune en-fant , que les Lamas reconnoissent : aussi les appelle-t-on communémentFushái ou le Fo viv mt (*), & on les adore comme des Dieux fur la Terre.Celui que le P. Gerbillon vit, avoit le visage fort long, & un physionomieassez platte. II étoit sur une estrade dans le fond du Temple, assis fur deuxgrands coussins, l’un de brocard & l’autre de satin jaune. II y avoit plu-sieurs lampes de chaque côté , dont une feule étoit allumée. Un grandmanteau de damas jaune lui couvroit le corps depuis la tête jusqu’auxpieds, en forte qu'on ne lui voyoic que la tête, qui étoit nue ; ses cheveuxétoient frisés , & son manteau étoit bordé d’une espece de galon de soiede différentes couleurs, large de trois ou quatre doigts, à peu près com-me le font les chapes des Prêtres, auxquelles le manteau de ce Lama neressembloit pas mal. Toute la civilité qu’il fit aux Ambassadeurs, fut de re-cevoir debout leurs respects, ou plutôt leurs adorations ; quand ils furent àcinq ou six pas de lui, ils jetteront d’abord leurs bonnets à terre, puis ilsfe prosterneront trois fois , frappant la terre du front ; ils allerent ensuitel’un après l’autre fe mettre à genoux à ses pieds ; il leur mit la main fur latête , & leur fit toucher son chapelet. Les Ambassadeurs fe retireront &l’adorerent une seconde fois, & puis le Dieu prétendu s’étant assis le pre-mier les Ambassadeurs prirent leurs places fur des estrades préparées dechaque côté. Les gens de leur fuite vinrent pareillement à l’adoration, &reçurent l’imposition des mains & du chapelet. On apporta alors du ThéTartare , & pendant que le prétendu immortel prit une coupe de porce-laine de dessus un piédestal d’argent, le P. Gerbillon remarqua qusii avoitles bras nuds jufqu’aux épaules, & qu’il n’avoit point d’autre habillementfous son manteau que des écharpes rouges & jaunes, dont son corps étoitenveloppé. Après qu’on eut desservi la collation , on s’entretint quelquetems; l’idole vivante garda fort bien fa gravité,- il ne dit que cinq cu six
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(*) En Chinois IIo-Fo: dans le Tibet on le nomme Lama Ronju; & suivant le JésuiteC rueber , les Chinois & les Taitares Rappellent Dieu le Pere. On le nomme auffi LamaLamalu , te Lama des Lamas, & Dalay Lama, ou le grand Lama, parce qu’il est com-me le Pape de ces Pays.