DEPUIS JE N GPU Z KHAN. Liv. Ils. Ciiap. II. 2,61paroles, encore n’étoit-ce que tout bas, & pour répondre à quelques ques- Sectionlions que lui firent les Ambassadeurs ; il ne laissa pas de tourner les yeux 1L .de divers côtés , & de regarder attentivement tantôt Pun tantôt 1 autre,
< 5 t même de sourire quelquefois. II n’y avoic dans ce Temple ou Pagode g oi s .aucune statue, comme dans les autres ; on y voyoit feulement des figures »» - - -de Divinités peintes fur les murailles. Us virent dans une chambre un enfantde sept ou huit ans, vêtu & ains comme Khutûktu , qui avoit à ses côtésune lampe allumée , qui étoit apparemment destiné à être son successeur.
Quand les Ambassadeurs prirent congé du prétendu Dieu, il demeura astis,
& ne leur fit pas la moindre civilité (a).
Le Khûtûktû dès Kalkas ne releve point du Daìay Lama du Tibet, quoi* {-e Khû-qu’il fût originairement son Subdélégué chez eux & chez les Eluths ; mais J^tii dfSdès qu’il eut une sois tâté de la douceur du commandement spirituel, il v8S ’ne voulut plus dépendre du Daìay Lama , ce qui arriva vers fan 1680 ; ilménagea cette aífaire avec tant d’adresse, qu’il n’est presque plus questiondu Daìay Lama chez les Kalkas, qui regardent leur Fo vivant, commeDieu & austì immortel que le peut être celui du Tibet. La Cour de laChine a eu beaucoup de part à cette Apothéose de nouvelle fabrique,pour brouiller les Kalkas & les Eluths ; parcequ’on trouva que tant que le$deux Nations demeureroient attachées à un même Chef spirituel, il feroittoujours porté par son propre intérêt à les raccommoder ensemble (b).
Dans cette vue l’Empereur Kang-hì la sollicitation du Khûtûktû, secouruten 1688 les Kalkas contre Kaldan Pojuktu, Khan des Eluths. Mais avantque les troupes Chinoises fussent arrivées Kaldan eut le tems de faire degrands ravages dans le Pays des Kalkas , & entre autres il détruisit le ma-gnifique Pagode, que le Khûtûktû avoit fait construire près de la rivierede Tula, de briques jaunes vernissées.
Ce Fo vivant, qui fut un des principaux Auteurs de la guerre par fa Lieu de faCruauté & son injustice, se nommoic Chemitzun Tamba Khûtûktû, & étoit résidence.frère de Tushetu Khan des Kalkas. Après que son Temple eut été détruit,
& qu’on eut repoussé Kaldan à l’aide des troupes de l’Empereur , il se re-tira fous des tentes fur les bords d’Iben Lira , petite riviere qui fe jettedans le Selinga. Comme la vénération que les Kalkas avoient pour lui at-tiroit une foule de Peuples dans cet endroit, on auroit dit que c’étoit unegrande ville faite de tentes, le fracas y étant plus grand qu’en aucun en-droit de cette partie de la Tartarie. Les Rustìens & d’autres Nations yviennent pour faire commerce , & on y voyoit des Bonzes de l’Indostandu Pegu, du Tibet & de la Chine en grand nombre & de tout rang (c).
Le P. Gerbillon vit ce Khûtûktû en 1691 , dans une audience qu’il eut del’Empereur Kang-hi , qui obligea ce prétendu Dieu de lui rendre homma-ge. C’étoit un gros homme de taille médiocre, qui avoic, disoit-on, plusde cinquante ans, & cependant il avoit le ceint fort vermeil & fort frais;il étoit gros & gras, & c’est le seul Kalka en qui l’Auteur ait remarqué
(a) DuHalde, T. IV. p. 123-125. CO Du Halle, T. IV. p. 29, 30.
(D Abuhhazi Khan, p. 182.
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