40 LIVRE I.
Il se contenta de l’exiler en Amérique , sousle titre de ministre de la république. Mais lafortune aida Bernadotte , déjà à Rochefort, àretarder son embarquement jusqu’à ce que laguerre avec l’Angleterre eût éclaté. Alors ilrefuse de partir, et Napoléon ne peut plus l’ycontraindre.
Ainsi toutes leurs relations étaient hai-neuses : cette animadversion ne fît qu’augmen-ter. Bientôt on entendit Napoléon reprocherà Bernadotte son envieuse et perfide inactionpendant la bataille d’Auerstaedt ; son ordredu jour de Wagram , dans lequel il s’attribuaitl’honneur de la victoire. Il lui reprochait soncaractère plus ambitieux que patriote , et peut-êtrela séduction de ses manières, toutes chosesdangereuses à un pouvoir naissant ; et cepen-dant, grades, titres, décorations, il lui avaittout prodigué : mais celui-ci, toujours ingrat,semblait ne les avoir acceptés que de la jus-tice , ou dubesoin qu’on avait de lui. Ces griefsétaient fondés.
De son côté Bernadotte , abusant de la dou-ceur et des ménagemens de l'empereur, s’at-tirait de plus en plus son mécontentement,que son ambition appelait inimitié. Il deman-dait par quel motif Napoléon l’avait placé àWagram dans une si dangereuse et si fausseposition ; pourquoi le rapport de cette victoirelui avait été si désavantageux ; à quoi devait-il attribuer ce soin jaloux d’affaiblir son éloge