44 LIVRE I.
Bernadotte sent d’ailleurs qu’il tient cettecouronne du hasard, qui l’a rapproché desSuédois, et qui leur a fait connaître les qua-lités de son caractère ; de la naissance de sonfils, qui assurait l’hérédité ; de l’adresse deses agents, qui, autorisés ou non, ont faitBriller aux yeux des Scandinaves quatorze mil-lions dont son élection enrichirait le trésorde l’état; enfin, de ses soins caressans, quilui ont gagné plusieurs Suédois naguère sesprisonniers. Mais pour Napoléon , que luidoit-il? Quelle fut sa réponse à la nouvelle del’offre de quelques Suédois, que lui-mêmeest venu lui annoncer ? « Je suis trop loin de» la Suède , a répliqué l’empereur des Fran-» çais , pour me mêler de ses affaires : ne» comptez pas sur mon appui. » Il est vraiqu’en même temps, soit nécessité, soit qu’ilredoutât l’election du duc d’Oldenbourg, soitenfin respect pour les volontés de la fortune,Napoléon ayant déclaré qu’il la laisserait endécider, Bernadotte avait été élu prince deSuède .
Alors le nouveau prince s’est rendu chezNapoléon . Celui-ci l’accueille franchement.« On vous offre donc la couronne de Suède ,» lui dit-il; je vous permets de l’accepter.» J’avais un autre désir, vouslesavez; maisen-» fin c’est votre épée qui vous fait roi, et vous» comprenez que ce n’est pas à moi à m’op-» poser à votre fortune. » Il lui découvre alors