6o LIVRE IL
II n’appréciait pourtant que trop bien toutesles difficultés de son entreprise. Ce fut là peut-être , ce qui lui attira le reproche de s'êtreservi d'un moyen qu’il avait repoussé dans laguerre d’Autriche , et dont, en 1793, le cé-lèbre Pitt avait donné l’exemple.
Vers la fin de 1811 , le préfet de police deParis apprit, dit-on, qu’un imprimeur con-trefaisait secrètement des billets de banquerusses ; il l’envoie saisir ; celui - ci résiste ,mais enfin sa maison est forcée, et il est con-duit devant le magistrat, qu’il étonne par sonassurance, et plus encore en se réclamant duministre de la police. Cet imprimeur fut re-lâché sur-le-champ; on a même ajouté qu’ilcontinua sa contrefaçon, et que, dès nos pre-miers pas en Lithuanie , nous répandîmes lebruit qu’à Vilna nous nous étions emparés deplusieurs millions de billets de banque rus-ses , dans les caisses de l’armée ennemie.
Quelle qu’ait été l’origine de cette faussemonnaie, Napoléon ne la vit qu’avec uneextrême répugnance : on ignore même s’il sedécida à en faire usage ; du moins est-il cer-tain qu’aux jours de notre retraite, et quandnous abandonnâmes Vilna , la plupart de cesbillets s’y retrouvèrent intacts, et furent brû-lés par ses ordres.