66 LIVRE II.
» d’octobre jusqu’au premier de juin; que,» hors du court intervalle compris entre ces» deux époques, une armée engagée dans ces» déserts de boue ou de glace, y pouvait pé-« rir toute entière et sans gloire ! » Et ils ajou-taient : « que la Lithuanie était déjà l’Asie » plus encore que l’Espagne n’était l’Afriquè ;» et l’armée française , comme exilée de la» France par une guerre perpétuelle, voulait» du moins rester européenne.
» Enfin, quand on serait en présence de» l’ennemi dans ces déserts , par quels motifs» différens chaque armée serait-elle animée ?» Pour les Russes , la patrie, l'indépendance,a tous les intérêts privés et publics, jusqu’aux» vœux secrets de nos alliés ! Pour nous, et» contre tant d’obstacles, la gloire toute seule,» même sans la cupidité , que l’affreuse pau-ii vreté de ces climats ne pourrait tenter.
» Et quel but pour tant de travaux ? Les» Français ne se-reconnaissaient déjà plus aui> milieu d’une patrie qu’aucune frontière na-» turelle ne limitait plus, et tant y devenait» grande la diversité des mœurs, des figures eta des langages. » A ce propos, le plus âgé de cesgrands officiers 1 ajouta : «qu’on ne s’étendait» pas ainsi sans s'affaiblir ; que c’était perdreii la Fiance dans l’Europe , car enfin quand» la France serait l’Europe , il n’y aurait plus