258 LIVRE VI.
s’efforcait d'entraîner ainsi dans ses illusions,les autres et lui-même.
D’ailleurs , il ne laissa pas le temps de l’in-terrompre. Quant à la-faiblesse et à la désor-ganisation de l’armée ennemie , personne n’ycroyait ; mais que lui répondre ? il citait desrenseignements positifs : c’étaient ceux qu’a-vait envoyés Lauriston ; on les avait altérés ,en croyant les rectifier ; car l’évaluation desforces russes par Lauriston, ministredeFranceen Russie , était exacte ; mais d’après d’autresrenseignements moins sûrs , et qui plaisaientdavantage , on l’avait diminuée d’un tiers.
Après une heure d’entretien, l’empereur,regardant les hauteurs de la rive droite pres-que abandonnées par l’ennemi, finit en s’é-criant : « que les Russes étaient des femmes, et» qu’ils s’avouaientvaincus. ail cherchait à per-suader que ces peuples , parleur contact avecl’Europe , avaient perdu de leur valeur rude etsauvage. Mais leurs guerres précédentes lesavaient instruits , et ils en étaient à ce point ,oùles nations ont encore toutes les vertus pri-mitives , et déjà des vertus acquises.
Enfin il remonta à cheval. Ce fut alors quele grand-maréchal fit observer à l’un de nous :•t que si Barclay avait eu tant de tort de refu-» ser la bataille , l’empereur ne mettrait pas» tant d’importance à vouloir nous le persua-» der. a A quelques pas de là uu officier, na-guère envoyé au prince de Schwartzemberg ,