CHAPITRE VIII. 555
Rassuré pour quelques moments , une in-quiétude contraire le ressaisit. Le dénuement,de ses soldats l’épouvante. Comment, faibleset affamés , soutiendront-ils un long et ter-rible choc? Dans ce danger il considère sagarde comme son unique ressource ; il semblequ'elle lui réponde des deux armées. Il faitvenir Bcssières, celui de ses maréchaux à quiil se fie le plus pour la commander ; il veutsavoir si rien ne manque à cette réserve d’é-lite : plusieurs fois il le rappelle , et renou-velle ses pressantes questions. Il veut qu’ondistribue à ces vieux soldats pour trois joursde biscuit et de riz , pris sur leurs fourgonsde réserve ; enfin, craignant de ne pas êtreobéi , il se relève, et lui-même demande auxgrenadiers de garde à l’entrée de sa tente ,s'ils ont reçu ces vivres. Satisfait de leur ré-ponse , il rentre et s’assoupit.
Mais bientôt il appelle encore ; son aide-de-camp le trouve la tête appuyée sur sesmains ; il semble , à l'entendre , qu'il réflé-chit sur les vanités de la gloire. « Qu’est - ce» que la guerre ? Un métier de barbares , où» tout l’art consiste à être le plus fort sur un» point donné ! » 11 se plaint ensuite de l’in-constance de la fortune , qu’il commence ,dit-il, à éprouver. Paraissant alors revenir àdes pensées plus rassurantes , il rappelle cequi lui a été dit sur la lenteur et l’incurie doKutusof, et s’étonne qu’on ne lui ait pas pré-