38î LIVRE Vil.
vaincre, ni une victoire, puisque son géniesuffisait de loin, sans même qu’il fît donnersa réserve. Tant que cette garde restait in-tacte , sa puissance réelle et sa puissance d’o-pinion restaient donc entières. Il semblaitqu'elle lui répondît de ses alliés comme deses ennemis; c’est pourquoi il prenait tantde soin d’instruire l’Europe de la conserva-tion de cette redoutable réserve ; et cependant, c’était à peine vingt mille hommes,dont près d’un tiers de nouvelles recrues.
Ces motifs étaient puissants , mais ils ne sa-tisfaisaient pas des hommes cpxi savaient qu’ontrouve toujours d’excellentes raisons pourcommettre les plus grandes fautes. Aussi tousdisaient : « qu’ils avaient vu le combat, ga-» gné dès le matin à la droite, s'arrêter où il» nous était favorable, pour se continuer suc-» cessivement de front et à force d’hommes,» comme dans l’enfance de l’art ! que c’était» une bataille sans ensemble, une victoire de» soldats plutôt que de général ! Pourquoi» donc tant de précipitation pourjoindre l’en-» nemi, avec une armée haletante, épuisée ,» affaiblie; et, quand enlirt on l’avait atteint,» négliger d’achever, pour rester, tout san-» glant et mutilé, au milieu d’un peuple fu-» rieux, dans d’immenses déserts, et à huit» cents lieues de ses ressources? »
On entendit alors Murat s'écrier : « que,» dans cette grande journée, il n’avait pas