J 72 LIVRE IX.
contré les traces du désordre dans lequel étaienttombés les corps qui le précédaient; il n'avaitpu les effacer. Jusque-là , il s’était résigné àlaisser à l’ennemi des bagages ; mais il avaitrougi de honte, à la vue des premiers canonsabandonnés devant Dorogobouje.
Ce maréchal s’y était arrêté. Là, après unenuit horrible , où la neige , le vent et la fa-mine avaient chassé des feux la plupart de sessoldats , l’aurore qu’on attend toujours si im-patiemment au bivouac, lui avait amené latempête, l’ennemi et le spectacle d’une défec-tion presque générale. En vain lui-même ve-nait de combattre à la tête de ce qui lui restaitde soldats et d’officiers; il se voyait obligé de re-culer précipitamment jusque derrière le Dnie-per , c’est de quoi il faisait avertir l’empereur.
Il voulait qu'il sût tout. Son aide-de-camp,le colonel Dalbignac , devait lui dire « que dès» Malo-Iaroslavetz , le premier mouvement de» retraite, pour des soldats qui n’avaient ja-» mais reculé, avait décontenancé l’armée;» que l’affaire de Viazma l’avait ébranlée , eta qu’enfln ce déluge de neige, et le redouble-» ment de froid qu’il annonçait, en achevait» la désorganisation.
» Qu’une multitude d’officiers ayant tout» perdu, pelotons, bataillons, régiments, di-» visions même , s'ajoutaient aux masses ei—» rantes. On les voyait par troupes de géné-» raux, de colonels et d'officiers de tous grades,