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LIVRE X.donner une retraite , qui bientôt va devenirimpossible. Saint-Cyr s'y refuse ; il sent queles cinquante mille Russes qui sont devant luisous les armes, et comme en arrêt, n'atten-dent que son premier mouvement rétrogradepour s’élancer sur lui, et il demeure immo-bile , profitant de leur inconcevable stagna-tion , et espérant encore que la nuit envelop-pera Polotsk de son ombre avant que Steinheilparaisse.
Depuis , on l’a entendu dire que jamais uneplus grande anxiété n’agita son esprit. Millefois , dans ces trois heures d’attente, on le vitconsulter l’heure et regarder le soleil, commes’il eût pu hâter sa marche.
Enfin , quand Steinheil n’était plus qu’à unedemi-heure de Polotsk , quand il n'avait plusque quelques faibles efforts à faire pour paraî-tre dans la plaine, pour atteindre le pont decette ville, et fermer à Saint-Cyr cette seuleissue par laquelle il pouvait échapper à Witt-genstein , il s’arrêta. Bientôt une brume épais-se , que les Français reçurent comme une fa-veur du ciel, devança la nuit et déroba lestrois armées à la vue l’une de l’autre.
Saint-Cyr n’attendait que cet instant. Déjàsa nombreuse artillerie traversait en silence larivière, ses divisions allaient la suivre et dé-rober leur retraite, quand les soldats de Le-grand , soit habitude, soit regret d’abandon-ner à l’ennemi leur camp intact, y mirent le