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Tome second.
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298 LIVRE XI.

de se dissoudre ; tout se mêla et se confondit.

Dans ce dernier degré de faiblesse et deconfusion , et comme on approchait de Bori-zof, on entendit devant soi de grands cris.Quelques-uns y coururent, croyant à une at-taque. C’était l’armée de Victor, que Witt-genstein avait poussée mollement jusque surle côté droit de notre route. Elle y attendaitle passage de Napoléon . Toute entière encoreet toute vive, elle revoyait son empereur,qu’elle recevait avec ces acclamations d’usage,depuis long-temps oubliées.

Elle ignorait nos désastres : on les avait ca-chés soigneusement, même à ses chefs. Aussi,quand, au lieu de cette grande colonne con-quérante de Moscou , elle n’aperçut derrièreNapoléon qu’une traînée de'spectres couvertsde lambeaux, de pelisses de femmes , de mor-ceaux de tapis, ou de sales manteaux roussiset troués par les feux ,et dont les pieds étaientenveloppés de haillons de toute espèce, elledemeura consternée. Elle regardait avec effroidéfiler ces malheureux soldats décharnés, levisage terreux et hérissé d’une barbe hideuse,sans armes , sans honte , marchant confusé-ment , la tête basse, les yeux fixés vers laterre, et en silence, comme un troupeau decaptifs.

Ce qui l’étonnait le plus, c’était la vue decette quantité de colonels et de généraux épars ,isolés , qui ne s’occupaient plus que d’eux-mê-