CHAPITRE Y. 5og
qu’Éhlé devait encore mettre huit heures àconstruire. Sans doute ils n’avaient attendule jour que pour mieux diriger leurs coups. Ilparut : nous vîmes des feux abandonnés , unerive déserte , et , sur les hauteurs , trentepièces d’artillerie en retraite. Un seul de leursboulets eût suffi pour anéantir l’unique plan-che de salut qu’on allait jeter pour joindre lesdeux rives ; mais cette artillerie se reployait àmesure que la nôtre se mettait en batterie.
Plus loin , on apercevait la queue d’unelongue colonne qui s’écoulait vers Borizofsans regarder derrière elle ; cependant, un régi-ment d’infanterie et douze canons restaient enprésence, mais sans prendre position, et l’onvoyait une horde de Cosaks errer sur la li-sière des bois : c’était l’arrière-garde de ladivision Tchaplitz , qui , forte de six millehommes , s'éloignait ainsi comme pour nouslivrer passage.
Les Français n’en osaient pas croire leursregards. Enfin , saisis de joie , ils battent desmains , ils en poussent des cris. Rapp et Ou-dinot entrent précipitamment chez l’empereur.« Sire , lui dirent-ils , l’ennemi vient de« lever son camp et de quitter sa position !
•— Cela n’est pas possible ! » répond l’em-pereur ; mais Ney et Murat accourent et con-firment ce rapport. Alors Napoléon s’élancehors de son quartier-général : il regarde , ilvoit encore les dernières files de la colonne