CHAPITRE IX. 353
La nuit du 28 au 29 vint augmenter toutesces calamités. Son obscurité ne déroba pas auxcanons des Russes leurs victimes. Sur cetteneige qui couvrait tout, le cours du fleuve,cette masse toute noire d'hommes, de chevaux,de voitures , et les clameurs qui en sortaient,servirent aux artilleurs ennemis à diriger leurscoups.
Vers neuf heures du soir, il y eut un sur-croît de désolation , quand Victor commençasa retraite , et que ses divisions se présentè-rent et s’ouvrirent une horrible tranchée aumilieu de ces malheureux , que jusque-là ellesavaient défendus Cependant une arrière-gardeayant été laissée à Studzianka , la multitude ,engourdie par le froid, ou trop attachée à sesbagages , se refusa à profiter de cette dernièrenuit pour passer sur la rive opposée. On mitinutilement le feu aux voitures pour en arra-cher ces infortunés. Le jour seul put les ramener tous à la fois , et trop tard , à l’entrée dupont qu’ils assiégèrent de nouveau. Il étaithuit heures et demie du matin, lorsqu’enfinEblé, voyant les Russes s’approcher, y mit lefeu.
Le désastre était arrivé à son dernier terme.Une multitude de voitures, de canons , plu-sieurs milliers d’hommes, des femmes et quel-ques enfants furent abandonnés sur la rive en-nemie. On les vit errer par troupes désoléessur les bords du fleuve. Les uns s’y jetèrent à