PRÉFACE. Ix
Fait exprimer ainsi : Et fine me , me Pont us habet (a).Peu content d’avoir exposé son idée , 8c de savoirmise dans un beau jour, il la remanie encore , 8c laretourne en cent façons différentes. Hécube, aprèsia mort d’Achille, ne se contente pas de dire , N unequoque mî metuendus erat (b) : elle ajoute, Cinis ipfe fè-pulti in genus hoc favit, 8c puis encore , Tumulo quoquefenfimus hofiem. Si Virgile avoit mis dans la bouche dela même Hécube ces paroles, Nofiri orbator Achilles ,il s’en seroit tenu là; Ovide lui fait ajouter, Abacidœfœcunda fui ,* 8c encore après, Inferias hofii peperi : com-me si une pensée devenoit nouvelle , parce qu’elleest présentée au Lecteur avec des expressions diffé-rentes.
Des beautés 8c des défauts que je viens d’exposernaissent également les difficultés de la Traduction. IIest difficile de bien rendre Ovide dans ses beaux en-droits, 8c presque impossible de le faire goûter dansceux que je viens de critiquer. Nous ignorons si lesjeux de mots avoient de la grâce dans la LangueLatine, mais nous sçavons qu’il est bien rare qu’ilsen ayent dans la Langue Françoise. II y a apparenceque les Grecs 8c les Latins étoient peu choqués desrépétitions, puisqu’on en trouve très - fréquemmentdans leurs meilleurs Auteurs ; peut-être que l’abon-dance de leurs Langues, 8c les expressions qui ne leurmanquoient pas pour mettre de la variété dans les
( a ) Metam. Lib. XI, v, joi r (b) Lib, XIII, v, 503.
Tome I, b
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